L’affront des Frères étudiants
La démonstration de force à l’égard du régime faite par les
étudiants d’Al-Azhar a provoqué une vague d’indignation dans
la presse cette semaine.
« Un crime parfait dans les enceintes de l’Université d’Al-Azhar
», « La manifestation de force, un véritable affront aux
autorités », « L’armée des Frères », « Le message et les
menaces au régime sont bien arrivés », « Escalade injustifiée
et campagne d’incitation préméditée », « Attention, un
naufrage s’approche », « Le chemin vers un régime des Frères
», « Les Egyptiens sont inquiets et les responsables ne
bougent pas » ... Les titres de la presse dénonçant la
démonstration de force des étudiants d’Al-Azhar, dans
l’enceinte même de cette université la semaine dernière, font
peur.
« Ils commettent le crime et s’excusent ensuite ! », ajoute
l’éditorialiste Hamdi Rizq, dans le quotidien indépendant
Al-Masri Al-Yom, qui affirme qu’aucune excuse n’est valable
face à un crime qui vise à terroriser la société. « Cagoulés
et habillés en karatékas, le front ceint d’un bandeau, nous
sommes devant des milices parfaitement entraînées, prêtes à
tuer », conclut Rizq.
Le quotidien Al-Gomhouriya compare même la cinquantaine
d’étudiants en question à une « tumeur cancéreuse ». « Je ne
veux pas que la tragédie du Liban se répète dans mon pays et
que des milices y établissent un Etat au sein de l’Etat »,
annonce son éditorial. Il est vrai que la manifestation a
choqué par son aspect paramilitaire. Dans le quotidien Rose
Al-Youssef, Hazem Mounir affirme : « La sécurité pour faire
face à l’extrémisme, à la violence, seule ne suffit pas. Le
vrai défi commence et se termine sur le terrain des
intellectuels et des forces politiques ». Attention, « les
derniers événements montrent que le mouvement interdit des
Frères musulmans est entré dans une nouvelle phase politique,
prévoyant le début d’une révolte contre l’Etat ... il s’agit
de renverser le régime pour le remplacer par un Etat religieux
contre toute liberté d’expression et de pensée », avertit
Mounir sur un ton très grave.
Sous le titre « Le Hamas à l’Université d’Al-Azhar », le
chroniqueur Karam Gabr souligne : « Ce qui s’est passé a
démasqué le visage immonde des Frères, a découvert leur
vérité, et a montré combien ils mentent lorsqu’ils se disent
pacifistes, alors qu’ils ont un passé particulièrement noir ».
Dans le même contexte, l’hebdomadaire nassérien Al-Arabi
consacre plusieurs pages à ce qu’il appelle « la vérité et le
discours des milices ». « Qui a creusé le piège des Frères
musulmans ? », s’interroge en une le magazine hebdomadaire
Rose Al-Youssef qui y consacre un grand dossier de plus d’une
vingtaine de pages. « Pourquoi pendant tout ce temps les
Frères ont-ils trahi l’opinion publique en Egypte et à
l’étranger, tentant de la convaincre qu’ils forment un
mouvement pratiquant la démocratie sans violence ? Les
illusions sont enfin tombées », affirme Abdallah Kamal.
Comme beaucoup d’autres, le chroniqueur Abdallah Al-Sénnawi a
été tristement « choqué par les photos dont les significations
sont très alarmantes pour l’avenir politique de l’Egypte ». «
On ne peut nier que de tels événements sont un point
déterminant dans l’histoire de ce mouvement et ses relations
avec les autres mouvements politiques », estime Al-Sénnawi.
La responsabilité du régime
Les critiques contre le gouvernement ne manquent pas non plus.
Certains, comme Mohamad Aboul-Ghar, lient l’idée de la
progression des Frères à la corruption au sein du PND. « La
réalité est qu’à cause de la corruption, le PND s’est beaucoup
affaibli économiquement, politiquement et même culturellement.
Il semble que les Frères se rapprochent du pouvoir, car un PND
corrompu ne résistera pas longtemps », explique Aboul-Ghar,
dans Al-Arabi. C’est ce qui amène Waël Al-Ebrachi à
s’interroger dans l’hebdomadaire Sawt Al-Omma : « Pourquoi
ceux qui se sont étonnés des scènes à l’Université d’Al-Azhar
n’ont-ils pas été aussi surpris des attaques du régime contre
les juges, et des harcèlements dans les manifestations ?
Pourquoi personne n’a été en colère contre la corruption du
régime qui a tué des centaines de citoyens dans la catastrophe
du ferry Al-Salam ? Nous devons songer à punir non seulement
ces étudiants, mais surtout les responsables qui ont conduit
les véritables milices à la destruction du pays (...) Le PND a
créé de groupes de milices privées pour faire face aux
manifestants et pour la gestion des élections législatives ».
« La tempête des miliciens d’Al-Azhar accélère-t-elle le choc
entre l’Etat et les Frères ? », s’interroge l’hebdomadaire
Al-Osboue. Comment les Frères sont-ils arrivés là ? Magdi
Méhanna, dans Al-Masri Al-Yom, pense que « les politiques
bêtes appliquées par le PND et certains appareils d’Etat,
laissant les mains libres à la sécurité (baltaga, violence,
fraudes) pour monopoliser le travail du PND, sont les premiers
responsables de la scène à laquelle nous avons assisté à
l’Université d’Al-Azhar ».
L’hebdomadaire Al-Fagr trouve dans ces événements malheureux «
le point zéro d’un plan pour prendre le pouvoir ». L’Egypte à
la porte d’une nouvelle phase politique décisive.
Hoda Ghali