Le président de l’Assemblée du peuple,
Ahmed Fathi Sourour, évalue
les progrès du processus de démocratisation et évoque les
amendements constitutionnels prévus dans la session
parlementaire actuelle.
« Notre réforme constitutionnelle vise à renforcer l’aspect
parlementaire du régime »
Al-Ahram
Hebdo : L’actuelle session parlementaire est censée être celle
de la réforme constitutionnelle. Quelles sont les principales
tendances de ces réformes, notamment en ce qui concerne
l’amendement de l’article 76 relatif à l’élection du président
entre plusieurs candidats ?
Ahmed Fathi Sourour :
J’ai exposé les objectifs de la réforme constitutionnelle
annoncée dans le programme électoral du président Moubarak
devant l’Assemblée. Ces objectifs qui ont été bien accueillis
par la majorité consistent à renforcer le contrôle du
Parlement sur le budget national, à élargir les prérogatives
du Conseil des ministres, à adopter un système électoral
permettant une plus importante représentation des divers
partis politiques et des femmes au Parlement, à renforcer
l’indépendance de la justice, à assurer une certaine harmonie
entre les textes de la Constitution et la politique économique
en vigueur qui tend vers le libéralisme, sans pour autant
négliger la notion de la justice sociale, et à élaborer une
loi antiterroriste pour remplacer la loi d’urgence. Il s’agit
en outre de définir les limites des larges prérogatives que
garantit la Constitution au président de la République. Quant
à l’amendement de l’article 76, il ne figurait pas dans le
programme électoral. Cependant, de nombreux députés ont
réclamé cet amendement. D’ailleurs, le président Moubarak a
déclaré devant l’Assemblée du peuple et le Conseil consultatif
qu’il présenterait un texte en vue de l’amendement de cet
article dans le but de donner plus de chance aux partis de
l’opposition à présenter des candidats lors des prochaines
élections présidentielles.
— Les réformes prévues devront réaliser un plus grand
équilibre entre les pouvoirs exécutif et législatif. Comment
est-il possible de parvenir à un tel équilibre ?
— La Constitution égyptienne fut modelée suivant le modèle
français. Il s’agit d’un amalgame entre les régimes
parlementaire et présidentiel. Ce modèle est répandu dans les
pays de l’UE. Cependant, les Constitutions des pays qui l’ont
adopté n’appliquent pas tous le même niveau de répartition de
pouvoirs entre le président et le gouvernement. Cet équilibre
entre les deux pôles de l’exécutif est défini selon les
modalités de la désignation et du limogeage du premier
ministre et les prérogatives qui lui sont accordées. Notre
réforme constitutionnelle vise donc à élargir le champ de la
participation du gouvernement, ce qui, par la suite,
renforcera l’aspect parlementaire du régime étant donné que le
gouvernement est soumis au contrôle du Parlement.
— Défendez-vous le droit du Parlement à retirer la confiance
au gouvernement ?
— Sans doute, un Parlement qui ne peut pas retirer la
confiance au gouvernement a peu de valeur.
— L’opposition pense que ces réformes ne serviront que de
décor afin de conférer une légitimité au pouvoir héréditaire.
Qu’en pensez-vous ?
— L’opposition a le droit de dire ce qu’elle pense. Ce qui
importe cependant c’est la réalité et les faits. Rappelons que
l’opposition a refusé certains aspects du texte amendé de
l’article 76 de la Constitution, préférant omettre que cet
amendement a permis au peuple de choisir son président parmi
plusieurs candidats, un choix qui était jusque-là réservé aux
députés.
— Les déclarations du ministre de la Culture, Farouk Hosni,
sur le port du voile se sont imposées sur l’agenda de la
nouvelle session parlementaire dès son ouverture. Comment
expliquez-vous l’attitude des députés du parti au pouvoir qui
ont vivement critiqué le ministre ?
— Le comportement des députés du Parti National Démocrate (PND,
au pouvoir) était en harmonie avec l’opinion publique. Pour la
majorité des Egyptiens, ceux qui vivent dans les petits
villages aussi bien que les habitants des grandes villes, le
voile s’impose comme valeur culturelle et religieuse. Les
députés du PND ont agi ainsi par respect des sentiments de
leurs électeurs. Mais quand il est devenu clair que le
ministère de la Culture est loin d’adopter une politique
hostile aux femmes voilées, l’attitude des députés a changé.
Je crois que si le ministre de la Culture avait assisté à la
première séance de débats sur ce sujet, l’affaire aurait été
classée depuis bien longtemps.
— Certains ont vu dans le comportement des députés du PND une
sorte d’opportunisme politique, étant donné qu’ils ont essayé
de couper l’herbe sous les pieds des Frères musulmans. Qu’en
dites-vous ?
— Ce n’est pas vrai. Quelle que soit leur orientation, les
députés doivent exprimer l’opinion de leurs électeurs. La
question du voile est extrêmement sensible pour la majorité
des Egyptiens.
— Comme l’ont montré les dernières élections législatives,
l’argent reste un facteur déterminant dans le processus
électoral. Comment est-il possible de mettre un terme à ce
phénomène ?
— Des études sont actuellement menées afin de parvenir à un
système électoral exemplaire qui respecterait la volonté du
peuple loin de l’influence de l’argent et des intimidations.
— L’absentéisme des députés est devenu un phénomène
caractéristique du Parlement. Y aurait-il une solution ?
— L’absence des députés lors des sessions est un phénomène
auquel il faut absolument trouver une solution. C’est une
responsabilité que se partagent les députés concernés avec les
dirigeants de leurs partis politiques respectifs.
— Les Frères musulmans estiment que les élections pour choisir
les deux vice-présidents de l’Assemblée du peuple ont été
frauduleuses ...
— Des députés indépendants ont présenté quatre contestations
que j’ai envoyées à mon tour au comité chargé de surveiller
ces élections et qui compte parmi ses membres un représentant
de l’opposition. Le président du comité a présenté un rapport
rejetant ces accusations.
— Les députés islamistes vous accusent également de les priver
de leur droit d’avoir un porte-parole à l’instar des autres
partis politique.
— Le président agit selon le règlement intérieur de
l’Assemblée. Or, ce règlement ne reconnaît pas la présence de
blocs indépendants quelle que soit leur étiquette. Comment
donc me reprocher de respecter le règlement de l’Assemblée
dont je suis le président ?
— Seriez-vous favorable à la transformation des Frères
musulmans en parti politique, étant donné que ceux-ci
représentent un courant politique indéniable ?
— Rien n’empêche la création d’un parti regroupant ceux qu’on
appelle les « Frères musulmans », à condition qu’un tel parti
ne soit pas fondé sur une base religieuse.
— La monopolisation de la scène politique par le PND, pour
reprendre l’expression des critiques, est souvent nocive pour
la démocratie en Egypte. On se demande comment il peut y avoir
une vraie démocratie dans ces conditions ?
— L’hégémonie d’un parti politique ne se réalise qu’à travers
une présence politique. Cette présence n’est jamais le
résultat d’une décision administrative, mais c’est le résultat
d’une activité politique basée sur un programme précis et une
organisation déterminée. Maintenant, il se trouve que c’est à
l’opposition de renforcer sa présence politique. Et si elle y
réussit, personne ne le lui reprochera. Nous voulons une
véritable opposition afin de réaliser le pluralisme.
L’opposition doit travailler sérieusement afin de gagner la
confiance du peuple qui est le seul à avoir le droit de
choisir.
— Faut-il garder les élections sous contrôle judiciaire ou
plutôt confier cette mission à un comité électoral ?
— Une récente étude effectuée par l’Union parlementaire
internationale a démontré que la majorité des pays ont recours
à un organisme indépendant pour superviser les élections, ce
qui n’exclut pas le contrôle judiciaire. Je crois que le
meilleur modèle est celui appliqué en Inde. La Constitution
indienne stipule qu’un haut comité dont les membres jouissent
d’une entière indépendance se charge de la supervision des
élections durant toutes ses étapes .
Magda
Barsoum