Wadi Al-Rayan .
Ce réservoir de la biodiversité en plein désert est menacé par
les exploitations agricoles et piscicoles avoisinantes. Les
ONG coopèrent pour éviter le pire.
La réserve épuisée
Limiter
les méfaits de l’activité humaine et réaliser le développement
durable. Tel est le défi que se doit de relever Wadi Al-Rayan,
réserve naturelle relevant du gouvernorat du Fayoum, située à
environ 130 kilomètres au sud-ouest du Caire. Les responsables
et les Organisations Non Gouvernementales (ONG) s’attellent à
la tâche, devenue urgente.
Sur une superficie de 1 759 km2, le lieu était initialement
destiné à recevoir l’excédent du drainage agricole dans le
gouvernorat du Fayoum. Au fil des ans, une biodiversité s’est
formée, englobant animaux, oiseaux migrants et dunes de sable
autour de l’eau. C’est ce qui a poussé les autorités
égyptiennes, en 1984, à y construire deux villages (Khedhr et
Moïse) afin d’urbaniser le désert égyptien. Mais en 1989, Wadi
Al-Rayan a été déclarée réserve naturelle. Elle comprend la
Vallée des baleines (classée au patrimoine mondial de
l’humanité par l’Unesco depuis 2003), la région Al-Oyoune (les
sources), et deux lacs artificiels. Et les problèmes dont
souffre cette réserve naturelle résultent des activités des
villageois — agriculture et abus d’utilisation de l’eau —
ainsi que des bassins pour la pisciculture construits en 2000
par des entreprises privées, ce qui a mené à une baisse de 400
mètres cubes du volume de l’eau dans les lacs artificiels. A
quoi s’ajoute l’absence d’électricité et d’eau potable. Tout
cela pourrait conduire à une dégradation complète de la
biodiversité et de la nature si les ministères concernés
(Irrigation et Ressources hydrauliques, ainsi que
l’Agriculture et l’Environnement) ne prennent pas de mesures
concrètes. « Cette réserve attire de plus en plus de
visiteurs, alors il faut trouver des solutions immédiates aux
maux dont elle souffre », martèle Ziyad Abdel-Moneim,
propriétaire d’une cafétéria dans la réserve, au bord du
deuxième lac. Il s’agit donc de trouver un équilibre entre les
activités humaines et le respect de l’environnement.
La baisse du niveau de l’eau des lacs de Wadi Al-Rayan a
commencé il y a plus de trois ans. Et ce, à cause de
l’augmentation des terres arables aux alentours, dont la
surface s’élève désormais à 4 000 feddans (1 680 hectares), et
des activités piscicoles. « Pour ce qui est de l’eau qui se
jette dans les deux lacs artificiels, le ministère de
l’Irrigation cherche à élargir le canal conduisant l’eau du
drainage agricole. C’est la solution adéquate pour Wadi
Al-Rayan. Cette eau alimente aussi le lac Qaroun. Il est donc
question de partage de l’eau distribuée. Quant à la
pisciculture, ceux qui s’y dédient doivent respecter toutes
les mesures anti-pollution de l’eau. Il s’agit alors d’une
gestion complémentaire visant à conserver aux générations
avenir », annonce le ministre égyptien de l’Irrigation et des
Ressources hydrauliques, Mahmoud Abou-Zeid.
Non aux pesticides
Pour
ce qui est de l’agriculture, le problème se situe aux deux
villages de Wadi Al-Rayan, regroupant environ 8 000 personnes,
qui ont construit leur vie, et dont l’activité essentielle est
la culture d’olive et de dattes. « Il est alors difficile de
les évacuer après toutes ces années passées à Wadi Al-Rayan,
qui n’était pas, quand ils sont arrivés, déclaré réserve
naturelle. Il faut les sensibiliser pour éviter les nuisances
à la nature. D’où le rôle important joué par les ONG et les
ministères de l’Agriculture et de l’Environnement », affirme
Mohamad Howeihi, coordinateur du projet Produits écologiques
de la société locale, dirigé par l’Agence Egyptienne pour les
Affaires de l’Environnement (AEAE) et COSPE-Egypt (Corporation
for Development of Emerging Countries), une ONG italienne.
Car les ONG se sont lancées dans la culture biologique dans
cette région pour éviter le recours aux pesticides et engrais
chimiques. Le dernier arrêt ministériel n°716 pour l’an 2005 a
encouragé cette tendance. Celui-ci interdit toute utilisation
et circulation de certains pesticides agricoles afin d’éviter
la détérioration de ressources naturelles et protéger les
personnes. A ces fins, l’Association Fayoum pour le
développement des cultures biologiques a organisé, le 4
décembre dernier, une conférence en coopération avec la
faculté d’agronomie de l’Université du Fayoum, financée par le
Centre égyptien du soutien des ONG, pour développer et
accroître la superficie cultivée sans polluant susceptible de
mettre en danger l‘environnement, la vie des habitants, les
animaux et autres oiseaux migrants.
« Il existe aujourd’hui 6 000 feddans (2 520 ha) de culture
biologique dans tout le gouvernorat du Fayoum, selon les
chiffres 2005 du ministère de l’Agriculture. Wadi Al-Rayan en
contient 265 feddans (111 ha). L’objectif de notre conférence
est d’accroître ces chiffres », explique Mohamad Madani,
consultant agricole auprès de l’association italienne COSPE
qui coopère avec Fayoum pour le développement des cultures
biologiques dans un projet consacré au développement durable
de la vie rurale à Wadi Al-Rayan. Il s’agit en fait du projet
principal en cours dans la réserve. Sa troisième phase a
commencé la semaine dernière et se penche sur la
sensibilisation des habitants. Elle consiste à commercialiser
les produits artisanaux confectionnés par les femmes des deux
villages ainsi que les produits biologiques des paysans.
Toutes ces actions et engagements devraient être remplis afin
d’assurer la protection de Wadi Al-Rayan.
Racha
Hanafi