Al-Ahram Hebdo,Environnement | La réserve épuisée
  Président Salah Al-Ghamry
 
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 Semaine du 20 au 29 décembre 2006, numéro 641

 

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Environnement

Wadi Al-Rayan . Ce réservoir de la biodiversité en plein désert est menacé par les exploitations agricoles et piscicoles avoisinantes. Les ONG coopèrent pour éviter le pire.  

La réserve épuisée 

Limiter les méfaits de l’activité humaine et réaliser le développement durable. Tel est le défi que se doit de relever Wadi Al-Rayan, réserve naturelle relevant du gouvernorat du Fayoum, située à environ 130 kilomètres au sud-ouest du Caire. Les responsables et les Organisations Non Gouvernementales (ONG) s’attellent à la tâche, devenue urgente.

Sur une superficie de 1 759 km2, le lieu était initialement destiné à recevoir l’excédent du drainage agricole dans le gouvernorat du Fayoum. Au fil des ans, une biodiversité s’est formée, englobant animaux, oiseaux migrants et dunes de sable autour de l’eau. C’est ce qui a poussé les autorités égyptiennes, en 1984, à y construire deux villages (Khedhr et Moïse) afin d’urbaniser le désert égyptien. Mais en 1989, Wadi Al-Rayan a été déclarée réserve naturelle. Elle comprend la Vallée des baleines (classée au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco depuis 2003), la région Al-Oyoune (les sources), et deux lacs artificiels. Et les problèmes dont souffre cette réserve naturelle résultent des activités des villageois — agriculture et abus d’utilisation de l’eau — ainsi que des bassins pour la pisciculture construits en 2000 par des entreprises privées, ce qui a mené à une baisse de 400 mètres cubes du volume de l’eau dans les lacs artificiels. A quoi s’ajoute l’absence d’électricité et d’eau potable. Tout cela pourrait conduire à une dégradation complète de la biodiversité et de la nature si les ministères concernés (Irrigation et Ressources hydrauliques, ainsi que l’Agriculture et l’Environnement) ne prennent pas de mesures concrètes. « Cette réserve attire de plus en plus de visiteurs, alors il faut trouver des solutions immédiates aux maux dont elle souffre », martèle Ziyad Abdel-Moneim, propriétaire d’une cafétéria dans la réserve, au bord du deuxième lac. Il s’agit donc de trouver un équilibre entre les activités humaines et le respect de l’environnement.

La baisse du niveau de l’eau des lacs de Wadi Al-Rayan a commencé il y a plus de trois ans. Et ce, à cause de l’augmentation des terres arables aux alentours, dont la surface s’élève désormais à 4 000 feddans (1 680 hectares), et des activités piscicoles. « Pour ce qui est de l’eau qui se jette dans les deux lacs artificiels, le ministère de l’Irrigation cherche à élargir le canal conduisant l’eau du drainage agricole. C’est la solution adéquate pour Wadi Al-Rayan. Cette eau alimente aussi le lac Qaroun. Il est donc question de partage de l’eau distribuée. Quant à la pisciculture, ceux qui s’y dédient doivent respecter toutes les mesures anti-pollution de l’eau. Il s’agit alors d’une gestion complémentaire visant à conserver aux générations avenir », annonce le ministre égyptien de l’Irrigation et des Ressources hydrauliques, Mahmoud Abou-Zeid.

 

Non aux pesticides

Pour ce qui est de l’agriculture, le problème se situe aux deux villages de Wadi Al-Rayan, regroupant environ 8 000 personnes, qui ont construit leur vie, et dont l’activité essentielle est la culture d’olive et de dattes. « Il est alors difficile de les évacuer après toutes ces années passées à Wadi Al-Rayan, qui n’était pas, quand ils sont arrivés, déclaré réserve naturelle. Il faut les sensibiliser pour éviter les nuisances à la nature. D’où le rôle important joué par les ONG et les ministères de l’Agriculture et de l’Environnement », affirme Mohamad Howeihi, coordinateur du projet Produits écologiques de la société locale, dirigé par l’Agence Egyptienne pour les Affaires de l’Environnement (AEAE) et COSPE-Egypt (Corporation for Development of Emerging Countries), une ONG italienne.

Car les ONG se sont lancées dans la culture biologique dans cette région pour éviter le recours aux pesticides et engrais chimiques. Le dernier arrêt ministériel n°716 pour l’an 2005 a encouragé cette tendance. Celui-ci interdit toute utilisation et circulation de certains pesticides agricoles afin d’éviter la détérioration de ressources naturelles et protéger les personnes. A ces fins, l’Association Fayoum pour le développement des cultures biologiques a organisé, le 4 décembre dernier, une conférence en coopération avec la faculté d’agronomie de l’Université du Fayoum, financée par le Centre égyptien du soutien des ONG, pour développer et accroître la superficie cultivée sans polluant susceptible de mettre en danger l‘environnement, la vie des habitants, les animaux et autres oiseaux migrants.

« Il existe aujourd’hui 6 000 feddans (2 520 ha) de culture biologique dans tout le gouvernorat du Fayoum, selon les chiffres 2005 du ministère de l’Agriculture. Wadi Al-Rayan en contient 265 feddans (111 ha). L’objectif de notre conférence est d’accroître ces chiffres », explique Mohamad Madani, consultant agricole auprès de l’association italienne COSPE qui coopère avec Fayoum pour le développement des cultures biologiques dans un projet consacré au développement durable de la vie rurale à Wadi Al-Rayan. Il s’agit en fait du projet principal en cours dans la réserve. Sa troisième phase a commencé la semaine dernière et se penche sur la sensibilisation des habitants. Elle consiste à commercialiser les produits artisanaux confectionnés par les femmes des deux villages ainsi que les produits biologiques des paysans. Toutes ces actions et engagements devraient être remplis afin d’assurer la protection de Wadi Al-Rayan.

Racha Hanafi

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