Port d'Alexandrie.
Une étude récente de l’Académie arabe du transport maritime
met en doute l’efficacité du secteur privé à gérer les ports,
d’après l’expérience de 100 ports internationaux.
L’Egypte plus royaliste que le roi
Cette année, l’opinion publique américaine aussi bien que le
congrès se sont fermement opposés à
la concession de la gestion d’un nombre de ports américains à
l’entreprise internationale Dubai
Ports World. L’affaire a finalement été tranchée, il y a une
semaine, lorsque l’entreprise émiratie
a dû céder le droit de gestion à une autre entreprise, plus «
fiable » aux yeux des Américains. C’est ainsi que le bastion
du libéralisme a fait passer la question d’intérêt public,
voire de sécurité publique, au premier plan : plus question de
libéralisme. Cependant, en Egypte, l’Etat a déjà entrepris
plusieurs pas vis-à-vis de la privatisation de la gestion.
C’est une sorte de privatisation partielle, qui limite le rôle
de l’Etat, selon un processus nommé « Land Lord ». L’Etat
assume dans ce cas les coûts de la maintenance, l’extension
ainsi que l’installation et le développement de
l’infrastructure. L’expérience commence par Alexandrie, puis
sera généralisée dans le reste des ports publics du pays.
Est-ce le meilleur modèle à suivre ? La question est à l’ordre
du jour.
92 % des ports du monde délèguent leur gestion au secteur
public, et ce, selon une étude effectuée par Mohamad Ali,
président du département de transport international et de
logistique auprès de l’Académie arabe du transport maritime,
qui s’est appuyée sur l’expérience de 100 ports internationaux
répertoriés par l’Association internationale des ports. Il
s’agit d’assurer les entrées et les sorties maritimes, la
gestion du passage des navires, d’assurer la sécurité, et de
donner l’autorisation des travaux à l’enceinte du port.
L’étude donne l’exemple de la Grande-Bretagne qui, après avoir
entièrement cédé la tutelle de ses 3 ports à des entreprises
privées, dont le résultat fut un échec, essaye de les
récupérer dans son giron.
« Il n’y a aucun lien entre le degré d’ouverture économique
d’un pays et la privatisation de la gestion de ses ports »,
conclut la même étude.
Rien ne peut illustrer mieux cette conclusion que le cas de
Singapour, l’économie la plus ouverte au commerce, et qui
possède l’un des plus importants ports au monde. Ce port est
toujours géré par le secteur public, bien que le gouvernement
ait adopté une politique libérale.
Une panoplie d’alternatives de gestion des ports est
d’ailleurs examinée par l’étude en question. Cette dernière
préfère cependant l’expérience des pays du
Sud-Est de l’Asie. Il s’agit en
fait de laisser, dans les mains de l’Etat, la propriété des
terrains, le contrôle et la maintenance
des bassins des ports ainsi que la collecte des droits de
passage des navires. Le secteur privé s’occupe seulement des
travaux complémentaires, comme le fret, les services de
maintenance et de nettoyage et les services bancaires. L’Etat
joue également le rôle de régulateur qui surveille ces
activités privatisées, de nature monopolistique.
Un des autres engagements de l’Organisme du port était de
développer la fonction touristique du port d’Alexandrie.
Vision critiquée d’ailleurs par des experts indépendants. « Au
lieu de dépenser 700 millions de L.E.
dans ces travaux de modernisation et la beauté du port,
l’organisme aurait dû penser à approfondir les plateformes
afin de développer la capacité commerciale du port », lance un
expert de la prestigieuse Académie arabe du transport
maritime. Il note de plus que la modernisation n’a pas inclus
la création d’un arrière-port. « La présence de cet arrière
est indispensable à la création d’une zone industrielle,
nécessaire pour la transformation des matières premières ou
semi-manufacturées importées, qui
arrivent par le port, et qui ensuite sont exportées », suggère
la même source, interviewée par l’Hebdo sous couvert de
l’anonymat.
Quoi qu’il en soit, commerce ou tourisme, la gestion des deux
activités sera cédée par l’Etat et remise aux mains du secteur
privé. Pour ce qui est du commerce, une entreprise chinoise a
remporté l’autorisation de gérer l’un des quais. Une
transaction qui a suscité des réserves. En effet, selon un des
employés du port qui a requis l’anonymat, le loyer versé par
cette entreprise est très bas. « Pourquoi l’organisme a-t-il
dépensé 55 millions de L.E. pour
la modernisation d’un quai qu’il va remettre à une entreprise
chinoise ? Il aurait dû au moins laisser à l’entreprise
chinoise le soin de s’acquitter des frais de la modernisation.
D’autant plus que le loyer que paye cette entreprise ne
compense pas les dépenses ».
Selon une étude effectuée par le Centre de recherches et de
consultation du secteur maritime, si l’organisme avait
consacré le quai loué aux Chinois pour recevoir les navires
important du bois, il aurait réalisé plus de bénéfices. « Le
port a déjà connu plusieurs incendies à cause de l’arrivée de
ces navires sur n’importe quel quai. Si l’organisme avait
décidé de consacrer ce quai à ces navires, il aurait récolté
des bénéfices du loyer ainsi payé, et aurait également évité
tout risque d’incendie », renchérit cet employé qui travaille
à l’entreprise publique de stockage. Et d’ajouter que la
nouvelle administration n’a même pas
contribué à ajouter de nouvelles lignes maritimes. Au
contraire, elle aurait diminué les quotas des navires que
reçoivent les entreprises égyptiennes. « L’Organisme
du port devrait au moins obliger la nouvelle administration à
attirer de nouvelles lignes maritimes. Sinon, comment la
société chinoise se procurera-t-elle des navires ? Elle sera
contrainte de prendre une part des quotas destinés aux
entreprises égyptiennes. Le même scénario a eu lieu au port de
Sokhna, qui a dû se procurer des
navires du port d’Adabiya, qui a
fermé ses portes », regrette-t-il.
Névine
Kamel
Dahlia Réda