Al-Ahram Hebdo, Enquête | Le projet qui fait des vagues
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 20 au  29 décembre 2006, numéro 641

 

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Enquête

Port d’Alexandrie . Après trois ans de rénovation, le président Hosni Moubarak s’apprête à l’inaugurer en grande pompe. Le débat est lancé sur l’approche de la modernisation des ports adoptée par le gouvernement. L’Hebdo ouvre le dossier.

Le projet qui fait des vagues

Le port d’Alexandrie fait peau neuve. Sa modernisation, entamée en 2003, est inspirée du modèle du premier port privé dans le pays, Al-Sokhna, situé sur la mer Rouge, qui avait aussi été l’objet d’un vaste réaménagement. En dehors de l’infrastructure, remodelée, il s’agissait surtout d’appliquer un nouveau système de gestion, qui minimise le rôle de l’Etat. Le nom de ce système, « Land Lord », rappelle l’ère du féodalisme et consiste en la séparation des prérogatives : le droit de propriété reste dans les mains de l’Organisme du port (public), alors que la gestion est transférée au secteur privé, local ou étranger.

Le port de Damiette fut le premier à appliquer ce système. Le général Ibrahim Youssef, actuel directeur de l’Organisme du port d’Alexandrie, est celui qui avait modernisé le port de Damiette, numéro deux des ports égyptiens. « Les ports égyptiens appartiennent tous à la deuxième génération. C’est-à-dire des ports où les services présentés sont désuets et manuels, demandant beaucoup de temps et d’efforts. Les marchandises nécessitaient auparavant d’être stockées dans des dépôts jusqu’à leur fret. De nos jours, les containers sont équipés pour les conserver. Nos ports ne sont plus donc compatibles avec la nature des marchandises internationales, dont plus de 60 % sont stockées dans des containers. Même chose pour les infrastructures, les quais, les dépôts, les établissements. Ils ont tous été l’objet d’une restructuration », explique Ibrahim Youssef. Au fil des ans en effet, le volume du commerce mondial a été multiplié, la nature des marchandises internationales a changé. Les ports internationaux ont d’ores et déjà adhéré à la 5e génération. « Nous avons donc raté trois générations de modernisation », regrette Ibrahim Youssef. Et pour y entrer de plain-pied, le port d’Alexandrie, principal port d’Egypte par lequel transite plus de 80 % du commerce du pays, devrait donc assister à une révolution de modernisation et de réaménagement afin de rejoindre la tendance internationale.

Pour pouvoir s’adapter à cette mutation ambiante, l’organisme a créé tout un centre électronique qui contrôle et surveille les travaux du port, la sortie et la rentrée des navires, les quais, tout. Au lieu de passer de longs jours (qui peuvent aller à deux semaines) pour achever la paperasse relative au passage des marchandises, l’importateur pourra dorénavant mettre fin à ce fardeau en 2 ou 3 heures, en attendant dans un café jusqu’à ce que les employés du centre électronique lui signent les papiers nécessaires. Ce centre regroupe en fait des représentants de l’Organisme des douanes, de la Supervision des importations et exportations, des représentants du ministère de l’Intérieur ainsi qu’une dizaine d’autres représentants d’organismes nécessaires à la sortie des marchandises. Des caméras pour surveiller le mouvement des bateaux du port ont également été installées. Et c’est à travers ce centre que l’organisme a créé un réseau de connexion électronique entre le port d’Alexandrie et celui de Dékheila. A long terme, d’ici 2025, il s’agit de créer un nouveau port entre celui d’Alexandrie et celui de Dékheila, et de les relier, donnant ainsi naissance au plus grand port du Moyen-Orient.

Un employé du port rappelle cependant que ce nouveau système nécessite un effort énorme de formation et d’entraînement. « Ce sont des fonctionnaires qui ont passé une vingtaine, voire une trentaine d’années à travailler manuellement. Même après les stages de formation, ils éprouvent tous des difficultés à achever les travaux », déplore-t-il.

Avoir recours aux ordinateurs est un gros problème, le niveau d’informatisation de la société égyptienne étant encore peu élevé. Les importateurs se plaignent déjà de l’application de ce système dans les deux autres ports, Sokhna et Damiette. « Le système électronique nous a compliqué la tâche. La plupart du temps, les ordinateurs sont bloqués et on n’arrive plus à achever la paperasse en cours. Auparavant, la tâche était plus facile. En cas de problème, je pouvais me débrouiller », explique Khaled Noamane, commerçant venant de Damiette pour finir les papiers d’un cargo de boîtes en plastique au port de Sokhna. Comprendre par « me débrouiller » payer des pots-de-vin, comme l’explique un responsable du port.

 

 

Préciser les objectifs

Il souligne aussi que le président de l’Organisme du port aurait dû préciser les objectifs de ce port. Est-ce qu’il sera davantage orienté vers les travaux commerciaux ou vers le tourisme ? « Qu’il s’agisse du commerce ou du tourisme, les travaux de modernisation ne répondent à aucun », s’insurge-t-il. Il explique qu’en ce qui concerne le commerce, des éléments essentiels sont absents, comme la présence d’un arrière-port, la gestion du gouvernement. (Voir encadré).

Il semble cependant, d’après les travaux qui battent toujours leur plein, que l’aspect touristique du port est prévalent. L’organisme a choisi donc de construire un complexe touristique, qui coûte à lui seul, selon Sanaa Daoud, ingénieur auprès du port, quelque 60 millions de L.E. sur un coût total de modernisation qui atteint 700 millions de L.E. Ce complexe est formé de trois étages dont les deux premiers sont consacrés à recevoir les touristes entrant et quittant le port. Le complexe comprend également plus de 96 magasins de grandes marques et deux restaurants. Une gare ferroviaire a été construite pour lier le port au centre-ville. Un hôtel 5 étoiles ainsi qu’une marina pour les yachts seront également construits au cours de la deuxième phase d’extension. Selon le professeur de l’Académie arabe, il ne suffit pas seulement de créer un complexe touristique. Il s’agit en fait de créer un système complémentaire servant ce but. Des agences touristiques, des centres de services, une panoplie de moyens de transport, etc. Et ce n’est pas tout. Ce complexe touristique suscite un grand débat sur l’entreprise qui obtiendra son droit d’usage. Tout ce complexe, qui débutera ses activités début janvier 2007, sera géré par une société multinationale. Selon Ibrahim Youssef, cette entreprise sera choisie au cours des deux premières semaines de janvier. Mais pas à travers une adjudication, puisque l’Organisme du port refuse d’élaborer le cahier des charges de ce complexe. « Il s’agit d’un projet d’investissement, pas d’un projet de construction. L’élaboration de ce cahier nous coûterait au moins 500 millions de L.E. Trois entreprises se sont déjà présentées. Les 2 entreprises koweïtiennes Al-Khorafi et Al-Mostaqbal et une troisième entreprise de Doubaï. Nous discutons avec les 3 entreprises et on choisira la meilleure », se justifie Ibrahim Youssef. Des arguments qui ne convainquent pas les experts, qui assurent que pour pouvoir choisir la meilleure offre, l’organisme doit posséder entre ses mains un cahier des charges. « Cette attitude met en doute les intentions de l’organisme. On pourrait se dire qu’il connaissait déjà à l’avance le nom de l’entreprise qui remportera la transaction », conclut l’expert de l’Académie arabe du transport maritime.

Névine Kamel
Dahlia Réda

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Côté vitrine

Jusqu’en 2003, le port d’Alexandrie, qui date de l’ère d’Alexandre le Grand, souffrait d’un manque de maintenance et de modernisation. En se promenant dans l’enceinte du port, on ne croisait que des murs fissurés, des ouvriers qui, sur le dos, transportaient les marchandises, des rues non asphaltées. On y trouvait même des zones d’urbanisation sauvage. Aujourd’hui, il se rapproche plutôt des ports modernes comme on les connaît en Europe.

En 2002, l’Organisme du port a commencé par une vague de modernisation de son administration, ainsi que de ses locaux. Aujourd’hui, à quelques jours de l’inauguration, le changement est visible. La rue Al-Nasr, qui mène au port, a été asphaltée. Et visite du président oblige : les immeubles des deux côtés de cette rue ont été tous repeints en rose ...

Au bout de cette rue, se trouve l’entrée principale du port, la porte 10. Une entrée dont le réaménagement a coûté, à lui seul, 5 millions de L.E. Elle est actuellement consacrée à l’accueil des visiteurs et des touristes d’Alexandrie. Les 4 étages de vitres teintées et le granite lui donnent un aspect ultramoderne, avec une touche d’antiquité, l’effet des gravures pharaoniques qui la décorent. Pour la première fois, comme l’indique Moustapha Réfaat, directeur des relations publiques du port, des rues sont consacrées pour les touristes, d’autres pour les camions. Des quais pour recevoir les touristes, d’autres pour les marchandises. Même chose pour les entrées. Au lieu des 56 portes originelles, l’organisme a décidé de limiter le nombre de portes à 4, pour permettre un meilleur contrôle des travaux du port. Deux à double accès (entrée-sortie) pour les marchandises, une en cas d’urgence et la quatrième consacrée aux touristes. Contrairement au port ancienne version, les espaces verts ont été étendus, lui donnant une beauté exceptionnelle. A 200 mètres de l’entrée, un nouveau pont ajoute à la beauté du site. A droite, les grands containers sont entassés dans de grandes arènes équipées et modernisées.

Deux kilomètres plus loin, on trouve le tout nouvel immeuble du département de contrôle électronique, le cœur de la modernisation du port. Un grand immeuble géré tout entier par l’électronique. Des chambres entassées l’une à côté de l’autre et des employés penchés sur les ordinateurs pour finir les papiers des importateurs. D’autres devant les caméras pour surveiller le mouvement des navires et des camions au sein du port. Ce centre vise à mettre fin au traditionalisme qui dominait les travaux du port.

 




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