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Port d’Alexandrie .
Après trois ans de rénovation, le président Hosni Moubarak
s’apprête à l’inaugurer en grande pompe. Le débat est lancé
sur l’approche de la modernisation des ports adoptée par le
gouvernement. L’Hebdo ouvre le dossier.
Le projet qui fait des vagues
Le
port d’Alexandrie fait peau neuve. Sa modernisation, entamée
en 2003, est inspirée du modèle du premier port privé dans le
pays, Al-Sokhna, situé sur la mer Rouge, qui avait aussi été
l’objet d’un vaste réaménagement. En dehors de
l’infrastructure, remodelée, il s’agissait surtout d’appliquer
un nouveau système de gestion, qui minimise le rôle de l’Etat.
Le nom de ce système, « Land Lord », rappelle l’ère du
féodalisme et consiste en la séparation des prérogatives : le
droit de propriété reste dans les mains de l’Organisme du port
(public), alors que la gestion est transférée au secteur
privé, local ou étranger.
Le port de Damiette fut le premier à appliquer ce système. Le
général Ibrahim Youssef, actuel directeur de l’Organisme du
port d’Alexandrie, est celui qui avait modernisé le port de
Damiette, numéro deux des ports égyptiens. « Les ports
égyptiens appartiennent tous à la deuxième génération.
C’est-à-dire des ports où les services présentés sont désuets
et manuels, demandant beaucoup de temps et d’efforts. Les
marchandises nécessitaient auparavant d’être stockées dans des
dépôts jusqu’à leur fret. De nos jours, les containers sont
équipés pour les conserver. Nos ports ne sont plus donc
compatibles avec la nature des marchandises internationales,
dont plus de 60 % sont stockées dans des containers. Même
chose pour les infrastructures, les quais, les dépôts, les
établissements. Ils ont tous été l’objet d’une restructuration
», explique Ibrahim Youssef. Au fil des ans en effet, le
volume du commerce mondial a été multiplié, la nature des
marchandises internationales a changé. Les ports
internationaux ont d’ores et déjà adhéré à la 5e génération. «
Nous avons donc raté trois générations de modernisation »,
regrette Ibrahim Youssef. Et pour y entrer de plain-pied, le
port d’Alexandrie, principal port d’Egypte par lequel transite
plus de 80 % du commerce du pays, devrait donc assister à une
révolution de modernisation et de réaménagement afin de
rejoindre la tendance internationale.
Pour pouvoir s’adapter à cette mutation ambiante, l’organisme
a créé tout un centre électronique qui contrôle et surveille
les travaux du port, la sortie et la rentrée des navires, les
quais, tout. Au lieu de passer de longs jours (qui peuvent
aller à deux semaines) pour achever la paperasse relative au
passage des marchandises, l’importateur pourra dorénavant
mettre fin à ce fardeau en 2 ou 3 heures, en attendant dans un
café jusqu’à ce que les employés du centre électronique lui
signent les papiers nécessaires. Ce centre regroupe en fait
des représentants de l’Organisme des douanes, de la
Supervision des importations et exportations, des
représentants du ministère de l’Intérieur ainsi qu’une dizaine
d’autres représentants d’organismes nécessaires à la sortie
des marchandises. Des caméras pour surveiller le mouvement des
bateaux du port ont également été installées. Et c’est à
travers ce centre que l’organisme a créé un réseau de
connexion électronique entre le port d’Alexandrie et celui de
Dékheila. A long terme, d’ici 2025, il s’agit de créer un
nouveau port entre celui d’Alexandrie et celui de Dékheila, et
de les relier, donnant ainsi naissance au plus grand port du
Moyen-Orient.
Un employé du port rappelle cependant que ce nouveau système
nécessite un effort énorme de formation et d’entraînement. «
Ce sont des fonctionnaires qui ont passé une vingtaine, voire
une trentaine d’années à travailler manuellement. Même après
les stages de formation, ils éprouvent tous des difficultés à
achever les travaux », déplore-t-il.
Avoir recours aux ordinateurs est un gros problème, le niveau
d’informatisation de la société égyptienne étant encore peu
élevé. Les importateurs se plaignent déjà de l’application de
ce système dans les deux autres ports, Sokhna et Damiette. «
Le système électronique nous a compliqué la tâche. La plupart
du temps, les ordinateurs sont bloqués et on n’arrive plus à
achever la paperasse en cours. Auparavant, la tâche était plus
facile. En cas de problème, je pouvais me débrouiller »,
explique Khaled Noamane, commerçant venant de Damiette pour
finir les papiers d’un cargo de boîtes en plastique au port de
Sokhna. Comprendre par « me débrouiller » payer des
pots-de-vin, comme l’explique un responsable du port.
Préciser les objectifs
Il souligne aussi que le président de l’Organisme du port
aurait dû préciser les objectifs de ce port. Est-ce qu’il sera
davantage orienté vers les travaux commerciaux ou vers le
tourisme ? « Qu’il s’agisse du commerce ou du tourisme, les
travaux de modernisation ne répondent à aucun »,
s’insurge-t-il. Il explique qu’en ce qui concerne le commerce,
des éléments essentiels sont absents, comme la présence d’un
arrière-port, la gestion du gouvernement. (Voir encadré).
Il semble cependant, d’après les travaux qui battent toujours
leur plein, que l’aspect touristique du port est prévalent.
L’organisme a choisi donc de construire un complexe
touristique, qui coûte à lui seul, selon Sanaa Daoud,
ingénieur auprès du port, quelque 60 millions de L.E. sur un
coût total de modernisation qui atteint 700 millions de L.E.
Ce complexe est formé de trois étages dont les deux premiers
sont consacrés à recevoir les touristes entrant et quittant le
port. Le complexe comprend également plus de 96 magasins de
grandes marques et deux restaurants. Une gare ferroviaire a
été construite pour lier le port au centre-ville. Un hôtel 5
étoiles ainsi qu’une marina pour les yachts seront également
construits au cours de la deuxième phase d’extension. Selon le
professeur de l’Académie arabe, il ne suffit pas seulement de
créer un complexe touristique. Il s’agit en fait de créer un
système complémentaire servant ce but. Des agences
touristiques, des centres de services, une panoplie de moyens
de transport, etc. Et ce n’est pas tout. Ce complexe
touristique suscite un grand débat sur l’entreprise qui
obtiendra son droit d’usage. Tout ce complexe, qui débutera
ses activités début janvier 2007, sera géré par une société
multinationale. Selon Ibrahim Youssef, cette entreprise sera
choisie au cours des deux premières semaines de janvier. Mais
pas à travers une adjudication, puisque l’Organisme du port
refuse d’élaborer le cahier des charges de ce complexe. « Il
s’agit d’un projet d’investissement, pas d’un projet de
construction. L’élaboration de ce cahier nous coûterait au
moins 500 millions de L.E. Trois entreprises se sont déjà
présentées. Les 2 entreprises koweïtiennes Al-Khorafi et
Al-Mostaqbal et une troisième entreprise de Doubaï. Nous
discutons avec les 3 entreprises et on choisira la meilleure
», se justifie Ibrahim Youssef. Des arguments qui ne
convainquent pas les experts, qui assurent que pour pouvoir
choisir la meilleure offre, l’organisme doit posséder entre
ses mains un cahier des charges. « Cette attitude met en doute
les intentions de l’organisme. On pourrait se dire qu’il
connaissait déjà à l’avance le nom de l’entreprise qui
remportera la transaction », conclut l’expert de l’Académie
arabe du transport maritime.
Névine
Kamel
Dahlia Réda
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Côté vitrine
Jusqu’en 2003, le port d’Alexandrie, qui date de l’ère
d’Alexandre le Grand, souffrait d’un manque de maintenance et
de modernisation. En se promenant dans l’enceinte du port, on
ne croisait que des murs fissurés, des ouvriers qui, sur le
dos, transportaient les marchandises, des rues non asphaltées.
On y trouvait même des zones d’urbanisation sauvage.
Aujourd’hui, il se rapproche plutôt des ports modernes comme
on les connaît en Europe.
En 2002, l’Organisme du port a commencé par une vague de
modernisation de son administration, ainsi que de ses locaux.
Aujourd’hui, à quelques jours de l’inauguration, le changement
est visible. La rue Al-Nasr, qui mène au port, a été
asphaltée. Et visite du président oblige : les immeubles des
deux côtés de cette rue ont été tous repeints en rose ...
Au bout de cette rue, se trouve l’entrée principale du port,
la porte 10. Une entrée dont le réaménagement a coûté, à lui
seul, 5 millions de L.E. Elle est actuellement consacrée à
l’accueil des visiteurs et des touristes d’Alexandrie. Les 4
étages de vitres teintées et le granite lui donnent un aspect
ultramoderne, avec une touche d’antiquité, l’effet des
gravures pharaoniques qui la décorent. Pour la première fois,
comme l’indique Moustapha Réfaat, directeur des relations
publiques du port, des rues sont consacrées pour les
touristes, d’autres pour les camions. Des quais pour recevoir
les touristes, d’autres pour les marchandises. Même chose pour
les entrées. Au lieu des 56 portes originelles, l’organisme a
décidé de limiter le nombre de portes à 4, pour permettre un
meilleur contrôle des travaux du port. Deux à double accès
(entrée-sortie) pour les marchandises, une en cas d’urgence et
la quatrième consacrée aux touristes. Contrairement au port
ancienne version, les espaces verts ont été étendus, lui
donnant une beauté exceptionnelle. A 200 mètres de l’entrée,
un nouveau pont ajoute à la beauté du site. A droite, les
grands containers sont entassés dans de grandes arènes
équipées et modernisées.
Deux kilomètres plus loin, on trouve le tout nouvel immeuble
du département de contrôle électronique, le cœur de la
modernisation du port. Un grand immeuble géré tout entier par
l’électronique. Des chambres entassées l’une à côté de l’autre
et des employés penchés sur les ordinateurs pour finir les
papiers des importateurs. D’autres devant les caméras pour
surveiller le mouvement des navires et des camions au sein du
port. Ce centre vise à mettre fin au traditionalisme qui
dominait les travaux du port.
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