Al-Ahram Hebdo, Egypte | Circulez, y a rien à voir
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 Semaine du 20 au 29 décembre 2006, numéro 641

 

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Egypte

Urbanisme. Le parking à étages de la place Ramsès sera démoli. Cette décision du Conseil des ministres ne clôt cependant pas la polémique autour d’un bâtiment  qui a coûté 32 millions de L.E.  

Circulez, y a rien à voir 

La place Ramsès qui vient de faire ses adieux, il y a quelques mois à la statue du grand pharaon, doit se préparer à oublier un autre édifice, toutes proportions gardées. Il s’agit cette fois du parking multi-étages qui avait été annoncé en grande pompe aux automobilistes habitués de la place. Le parking de Ramsès sera donc rasé. Telle fut la décision du Conseil des ministres qui a tranché un débat opposant depuis des mois le ministère des Transports, à ceux de l’Environnement et de la Planification urbaine et au gouvernorat du Caire. L’histoire a commencé en mai dernier lorsque le Conseil des ministres a décidé de démolir le parking de la place Ramsès pour n’en garder que les étages souterrains. Cette décision a été basée sur le fait que ce projet n’a pas été soumis à des études urbaines approfondies notamment pour prévoir son impact sur l’amélioration de la circulation. Avant de prendre la décision de démolir ce bâtiment qui était en phase de finition, le Conseil des ministres a fait appel à huit maisons d’expertise qui ont toutes recommandé sa démolition.

En fait, ce garage a été construit en 2004 avec un coût de 32 millions de L.E, l’objectif étant de réaliser des gains pour l’Organisme des ponts et des routes dépendant du ministère des Transports. Sa démolition coûterait entre 2 à 6 millions de L.E., selon diverses estimations. 

La décision de démolir le parking de Ramsès a relancé le débat sur la faisabilité du projet. Les ministères concernés et les urbanistes y participent avec des avis différents, parfois diamétralement opposés. Hussein Békir, du Conseil des ministres, explique que ce projet allait à l’encontre de la décision prise en 2003 par le gouvernorat du Caire et qui interdit la construction dans la capitale de nouveaux parkings multi-étages qui « ne font qu’aggraver les embouteillages ». La tendance est plutôt d’augmenter les espaces verts. « La place Ramsès souffre déjà de plusieurs problèmes chroniques tels que la pollution, les embouteillages, sans compter la présence de la gare fréquentée quotidiennement par des milliers de citoyens, ainsi que les minibus et les microbus qui y déversent des flots de piétons toutes les heures. La construction d’un parking ne fera qu’aggraver la situation », explique Békir. Il ajoute en outre que ce parking n’obéit pas aux critères urbains selon lesquels chaque 200 véhicules doivent avoir leurs propres voies d’entrée et de sortie. Or, le parking de Ramsès ne contient qu’une seule voie d’entrée et de sortie pour les 800 véhicules qui représentent sa capacité totale, « ce qui se traduirait par plus d’embouteillage ».

De l’autre côté de la barre, le ministère des Transports s’oppose à la démolition du parking qu’il assimile à un « gaspillage de fonds publics ». « Comment démolir un projet qui a coûté plusieurs millions de livres ? Des alternatives à la démolition doivent exister, et ce sont ces alternatives qu’il faut chercher, surtout que ce projet était supposé garantir d’importants bénéfices à l’Organisme des ponts et des routes qui souffre d’un déficit de 119 millions de L.E. », explique Hamdi Salem, responsable à cet organisme.

« C’est illogique, au moment où l’Etat cherche à désengorger la capitale des ministères et des administrations publiques, il tient à garder un bâtiment qui pourrait augmenter les problèmes de la circulation », rétorque l’urbaniste Soheir Hawas. Selon elle, il faut oublier cette histoire de parking multi-étages. « Les rues du Caire sont saturées, il n’y a plus de place pour construire de nouveaux bâtiments. Il faudrait penser à exploiter le potentiel souterrain. C’est la seule solution envisageable », ajoute l’urbaniste qui donne l’exemple des pays européens où toute une vie se déroule sous-sol. « C’est au-dessous de grandes places, des parcs publics qu’il faut construire des parkings. Cette conception doit prendre forme en Egypte », explique-t-elle.

En effet, l’importance de garder des espaces vides dans les principales places des grandes villes figure parmi les raisons pour lesquelles les spécialistes exigent la démolition du parking. Laïla Radwane, professeure de planification urbaine, explique que ces espaces doivent représenter de 15 à 20 % de la surface totale des places principales. Or, selon l’Organisme de planification urbaine, ils ne représentent que 5 %.

L’avis de l’urbaniste Milad Hanna est intéressant dans la mesure où il montre que même les spécialistes « neutres » divergent quant à la solution « idéale ». Contrairement à Hawas, Hanna refuse la démolition du parking : « Pourquoi le gouvernement n’a-t-il pas demandé aux dites maisons d’expertise de trouver des alternatives permettant de profiter de ce bâtiment sans le démolir. Ce qui est bizarre, c’est que dans cette affaire c’est l’Etat lui-même qui gaspille les fonds publics en privant le ministère des Transports d’un revenu qui pourrait l’aider à améliorer les services des chemins de fer ou des transports publics », attaque Hanna.

Ahmad Al-Dardiri, de la commission des transports au Parlement, estime que de tels incidents ne sont pas rares en Egypte. Par exemple, en 2003, le parking Omar Makram à Tahrir a été refermé après un mois de son inauguration « pour des raisons techniques ». Il en est de même pour l’extension du pont de 6 Octobre qui a été refermée en 2001 peu après son inauguration pour éviter une « perturbation du trafic ». « Cela est souvent le cas parce que les projets publics sont rarement soumis à des études préalables approfondies », conclut Al-Dardiri.

Mais se plaçant au-dessus de la polémique, le Conseil des ministres a tranché l’affaire, en faveur de la démolition du parking ... et du gaspillage de fonds .

Mirande Youssef

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