Urbanisme.
Le parking à étages de la place Ramsès sera démoli. Cette
décision du Conseil des ministres ne clôt cependant pas la
polémique autour d’un bâtiment qui a coûté 32 millions de
L.E.
Circulez, y a rien à voir
La
place Ramsès qui vient de faire ses adieux, il y a quelques
mois à la statue du grand pharaon, doit se préparer à oublier
un autre édifice, toutes proportions gardées. Il s’agit cette
fois du parking multi-étages qui avait été annoncé en grande
pompe aux automobilistes habitués de la place. Le parking de
Ramsès sera donc rasé. Telle fut la décision du Conseil des
ministres qui a tranché un débat opposant depuis des mois le
ministère des Transports, à ceux de l’Environnement et de la
Planification urbaine et au gouvernorat du Caire. L’histoire a
commencé en mai dernier lorsque le Conseil des ministres a
décidé de démolir le parking de la place Ramsès pour n’en
garder que les étages souterrains. Cette décision a été basée
sur le fait que ce projet n’a pas été soumis à des études
urbaines approfondies notamment pour prévoir son impact sur
l’amélioration de la circulation. Avant de prendre la décision
de démolir ce bâtiment qui était en phase de finition, le
Conseil des ministres a fait appel à huit maisons d’expertise
qui ont toutes recommandé sa démolition.
En fait, ce garage a été construit en 2004 avec un coût de 32
millions de L.E, l’objectif étant de réaliser des gains pour
l’Organisme des ponts et des routes dépendant du ministère des
Transports. Sa démolition coûterait entre 2 à 6 millions de
L.E., selon diverses estimations.
La décision de démolir le parking de Ramsès a relancé le débat
sur la faisabilité du projet. Les ministères concernés et les
urbanistes y participent avec des avis différents, parfois
diamétralement opposés. Hussein Békir, du Conseil des
ministres, explique que ce projet allait à l’encontre de la
décision prise en 2003 par le gouvernorat du Caire et qui
interdit la construction dans la capitale de nouveaux parkings
multi-étages qui « ne font qu’aggraver les embouteillages ».
La tendance est plutôt d’augmenter les espaces verts. « La
place Ramsès souffre déjà de plusieurs problèmes chroniques
tels que la pollution, les embouteillages, sans compter la
présence de la gare fréquentée quotidiennement par des
milliers de citoyens, ainsi que les minibus et les microbus
qui y déversent des flots de piétons toutes les heures. La
construction d’un parking ne fera qu’aggraver la situation »,
explique Békir. Il ajoute en outre que ce parking n’obéit pas
aux critères urbains selon lesquels chaque 200 véhicules
doivent avoir leurs propres voies d’entrée et de sortie. Or,
le parking de Ramsès ne contient qu’une seule voie d’entrée et
de sortie pour les 800 véhicules qui représentent sa capacité
totale, « ce qui se traduirait par plus d’embouteillage ».
De l’autre côté de la barre, le ministère des Transports
s’oppose à la démolition du parking qu’il assimile à un «
gaspillage de fonds publics ». « Comment démolir un projet qui
a coûté plusieurs millions de livres ? Des alternatives à la
démolition doivent exister, et ce sont ces alternatives qu’il
faut chercher, surtout que ce projet était supposé garantir
d’importants bénéfices à l’Organisme des ponts et des routes
qui souffre d’un déficit de 119 millions de L.E. », explique
Hamdi Salem, responsable à cet organisme.
« C’est illogique, au moment où l’Etat cherche à désengorger
la capitale des ministères et des administrations publiques,
il tient à garder un bâtiment qui pourrait augmenter les
problèmes de la circulation », rétorque l’urbaniste Soheir
Hawas. Selon elle, il faut oublier cette histoire de parking
multi-étages. « Les rues du Caire sont saturées, il n’y a plus
de place pour construire de nouveaux bâtiments. Il faudrait
penser à exploiter le potentiel souterrain. C’est la seule
solution envisageable », ajoute l’urbaniste qui donne
l’exemple des pays européens où toute une vie se déroule
sous-sol. « C’est au-dessous de grandes places, des parcs
publics qu’il faut construire des parkings. Cette conception
doit prendre forme en Egypte », explique-t-elle.
En effet, l’importance de garder des espaces vides dans les
principales places des grandes villes figure parmi les raisons
pour lesquelles les spécialistes exigent la démolition du
parking. Laïla Radwane, professeure de planification urbaine,
explique que ces espaces doivent représenter de 15 à 20 % de
la surface totale des places principales. Or, selon
l’Organisme de planification urbaine, ils ne représentent que
5 %.
L’avis de l’urbaniste Milad Hanna est intéressant dans la
mesure où il montre que même les spécialistes « neutres »
divergent quant à la solution « idéale ». Contrairement à
Hawas, Hanna refuse la démolition du parking : « Pourquoi le
gouvernement n’a-t-il pas demandé aux dites maisons
d’expertise de trouver des alternatives permettant de profiter
de ce bâtiment sans le démolir. Ce qui est bizarre, c’est que
dans cette affaire c’est l’Etat lui-même qui gaspille les
fonds publics en privant le ministère des Transports d’un
revenu qui pourrait l’aider à améliorer les services des
chemins de fer ou des transports publics », attaque Hanna.
Ahmad Al-Dardiri, de la commission des transports au
Parlement, estime que de tels incidents ne sont pas rares en
Egypte. Par exemple, en 2003, le parking Omar Makram à Tahrir
a été refermé après un mois de son inauguration « pour des
raisons techniques ». Il en est de même pour l’extension du
pont de 6 Octobre qui a été refermée en 2001 peu après son
inauguration pour éviter une « perturbation du trafic ». «
Cela est souvent le cas parce que les projets publics sont
rarement soumis à des études préalables approfondies »,
conclut Al-Dardiri.
Mais se plaçant au-dessus de la polémique, le Conseil des
ministres a tranché l’affaire, en faveur de la démolition du
parking ... et du gaspillage de fonds .
Mirande
Youssef