Financement .
Pour diminuer les risques, les banques multiplient désormais
les prêts aux particuliers plutôt qu’aux entreprises trop
gourmandes. L’arrivée des capitaux étrangers sur le marché
vient accentuer cette tendance, non sans créer des
difficultés.
Mini-crédit vaut mieux que maxi-perte
« Je vais enfin pouvoir acheter une nouvelle voiture. Après 10
ans de souffrance, il m’a fallu seulement une semaine pour
obtenir un crédit de 20 000 L.E. auprès de ma banque,
remboursable sur 6 ans pour un taux d’intérêt de 10 % »,
annonce Maha Farid, fonctionnaire. Elle félicite la tendance
actuelle adoptée par les banques, visant à faciliter l’octroi
de crédits aux particuliers. « Dans le passé, c’était très
difficile d’emprunter même de petites sommes. Les banques
prenaient de longs mois pour mener des investigations sur les
petits emprunteurs », se rappelle-t-elle.
En effet, la structure actuelle des activités bancaires a
changé de nature. La plupart des banques — publiques et
privées — prêtent désormais beaucoup moins au secteur privé.
En revanche, elles brandissent leur nouveau credo : « Cap sur
les crédits aux particuliers ». Avec une panoplie de cartes de
crédit, d’emprunts pour l’achat de véhicules neufs, et même
pour l’éducation. En gros, le taux de croissance de ce genre
de crédits a été de 30 % en un an, passant à 48 milliards de
L.E. en août 2006, contre 37 milliards de L.E. en août 2005.
Ainsi, ce que les banques appellent « activité bancaire de
détail » représente actuellement 37 % de l’ensemble de leurs
activités, contre 25 % en 2000, et ce d’après une recherche
récemment publiée par le groupe financier EFG-Hermès.
Atef Saqr est l’ancien directeur du département « activité de
détail » de la banque Ahli. Il préfère d’ailleurs nommer son
activité « financement au consommateur », et avoue que c’est
un moyen par lequel les banques « cherchent en ce moment à
redistribuer les risques financiers sur un plus grand nombre
de clients, au lieu de les concentrer sur quelques grands
débiteurs tels d’importants hommes d’affaires ».
La banque Ahli, première banque d’Egypte, a introduit
l’activité de détail en 2000, en pleine crise des créances
douteuses gigantesques dont ont été victimes les quatre
banques publiques. L’administration a donc pensé de manière
plus pragmatique. « Nous avons facilité l’octroi des crédits
aux particuliers, pour compenser le problème des clients
insolvables », rappelle Saqr. Et d’ajouter que les insolvables
étaient notamment des industriels peinant à écouler leurs
productions en raison de la chute de la demande, faute de
liquidités. « Pour les aider, nous avons donc décidé de
faciliter l’octroi des crédits aux particuliers pour que ces
derniers puissent acheter la production des industriels
insolvables », explique-t-il. Depuis, les crédits de détail
ont le vent en poupe. Les cartes de crédit représentent les
3/4 du total des crédits accordés aux particuliers en 2006,
contre 8 % en 1994. Le reste, ce sont des crédits alloués aux
grands hommes d’affaires. Al-Ahli distribue, à elle seule,
plus de 250 000 cartes de crédit par an. A l’heure actuelle,
1,03 million de cartes sont en circulation.
Cet épanouissement n’est pas limité aux grandes banques. Les
petites ont également réussi à se forger une place sur ce
marché juteux. Al-Watani Al-Masri, établissement privé, compte
45 000 clients, contre 1 000 seulement il y a 5 ans. « Nous
devons cet essor aux services de détail, tels que les crédits
sur voitures, les crédits de tourisme, ou d’éducation. Nous
avons délivré en tout 31 000 cartes de crédit en 2006, contre
5 000 il y a 5 ans », commente Mohamad Moustapha, le directeur
de l’activité de détail de la banque. Moustapha est de plus
rassuré sur le portefeuille de sa banque, car le taux
d’insolvabilité ne dépasse pas 0,8 %, alors que la Banque
Centrale d’Egypte (BCE) a déterminé que le taux des clients
déficitaires ne doit pas dépasser 3 % du portefeuille de
détail.
Répercussions néfastes
Cet essor a eu lieu au détriment des crédits octroyés aux
entreprises, ce qui a eu des répercussions néfastes dans un
pays qui vise à développer son secteur privé et doit créer un
nombre énorme d’emplois. L’étude de EFG-Hermès note le recul
des crédits aux entreprises. Ils représentaient 53 % en juin
2006, contre 65 % en 2000 du total de l’activité bancaire. Ce
type de crédit, qui devrait être l’activité bancaire
principale, a par ailleurs réalisé une croissance zéro ces
deux dernières années. Car une grande partie des industriels
ont aussi préféré avoir recours à l’autofinancement pour
développer leur activité. De plus, l’arrivée de nouveaux
acteurs étrangers sur le marché a renforcé cette tendance.
Ainsi une banque comme la NSGB, devenue majoritairement
française après que Société Générale eut acheté la part de la
banque Ahli, a-t-elle décidé d’étendre ses services de détail
sur le marché après avoir acquis, l’année dernière, Misr
International Bank (MiBank), qui lui a permis d’accroître son
réseau d’agences. « Déjà depuis 2001, NSGB avait décidé de se
pencher sur les crédits aux particuliers. Pour ce faire, nous
avons installé l’infrastructure nécessaire, en augmentant nos
agences de 9 en 1999 à 60 aujourd’hui. 80 % de ces agences ne
proposent que des crédits aux particuliers », souligne
Frédéric Coin, directeur du département « activité de détail »
auprès de la banque. Ces crédits sont ainsi passés à 2
milliards de L.E. en 2006, contre 370 millions de L.E. en
2001. « Après la conclusion effective de l’acquisition de
MiBank et la restructuration de ses agences, NSGB vise à
détenir 35 % du marché de détail en Egypte », souligne-t-il.
Coin reconnaît que la tâche ne sera pas facile. Surtout après
l’arrivée des banques étrangères expertes dans ce domaine,
comme la banque italienne San Paolo, qui vient d’acquérir 80 %
de la Banque d’Alexandrie.
Gilane
Magdi