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 Semaine du 20 au 29 décembre 2006, numéro 641

 

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Economie

Financement . Pour diminuer les risques, les banques multiplient désormais les prêts aux particuliers plutôt qu’aux entreprises trop gourmandes. L’arrivée des capitaux étrangers sur le marché vient accentuer cette tendance, non sans créer des difficultés.  

Mini-crédit vaut mieux que maxi-perte 

« Je vais enfin pouvoir acheter une nouvelle voiture. Après 10 ans de souffrance, il m’a fallu seulement une semaine pour obtenir un crédit de 20 000 L.E. auprès de ma banque, remboursable sur 6 ans pour un taux d’intérêt de 10 % », annonce Maha Farid, fonctionnaire. Elle félicite la tendance actuelle adoptée par les banques, visant à faciliter l’octroi de crédits aux particuliers. « Dans le passé, c’était très difficile d’emprunter même de petites sommes. Les banques prenaient de longs mois pour mener des investigations sur les petits emprunteurs », se rappelle-t-elle.

En effet, la structure actuelle des activités bancaires a changé de nature. La plupart des banques — publiques et privées — prêtent désormais beaucoup moins au secteur privé. En revanche, elles brandissent leur nouveau credo : « Cap sur les crédits aux particuliers ». Avec une panoplie de cartes de crédit, d’emprunts pour l’achat de véhicules neufs, et même pour l’éducation. En gros, le taux de croissance de ce genre de crédits a été de 30 % en un an, passant à 48 milliards de L.E. en août 2006, contre 37 milliards de L.E. en août 2005. Ainsi, ce que les banques appellent « activité bancaire de détail » représente actuellement 37 % de l’ensemble de leurs activités, contre 25 % en 2000, et ce d’après une recherche récemment publiée par le groupe financier EFG-Hermès.

Atef Saqr est l’ancien directeur du département « activité de détail » de la banque Ahli. Il préfère d’ailleurs nommer son activité « financement au consommateur », et avoue que c’est un moyen par lequel les banques « cherchent en ce moment à redistribuer les risques financiers sur un plus grand nombre de clients, au lieu de les concentrer sur quelques grands débiteurs tels d’importants hommes d’affaires ».

La banque Ahli, première banque d’Egypte, a introduit l’activité de détail en 2000, en pleine crise des créances douteuses gigantesques dont ont été victimes les quatre banques publiques. L’administration a donc pensé de manière plus pragmatique. « Nous avons facilité l’octroi des crédits aux particuliers, pour compenser le problème des clients insolvables », rappelle Saqr. Et d’ajouter que les insolvables étaient notamment des industriels peinant à écouler leurs productions en raison de la chute de la demande, faute de liquidités. « Pour les aider, nous avons donc décidé de faciliter l’octroi des crédits aux particuliers pour que ces derniers puissent acheter la production des industriels insolvables », explique-t-il. Depuis, les crédits de détail ont le vent en poupe. Les cartes de crédit représentent les 3/4 du total des crédits accordés aux particuliers en 2006, contre 8 % en 1994. Le reste, ce sont des crédits alloués aux grands hommes d’affaires. Al-Ahli distribue, à elle seule, plus de 250 000 cartes de crédit par an. A l’heure actuelle, 1,03 million de cartes sont en circulation.

Cet épanouissement n’est pas limité aux grandes banques. Les petites ont également réussi à se forger une place sur ce marché juteux. Al-Watani Al-Masri, établissement privé, compte 45 000 clients, contre 1 000 seulement il y a 5 ans. « Nous devons cet essor aux services de détail, tels que les crédits sur voitures, les crédits de tourisme, ou d’éducation. Nous avons délivré en tout 31 000 cartes de crédit en 2006, contre 5 000 il y a 5 ans », commente Mohamad Moustapha, le directeur de l’activité de détail de la banque. Moustapha est de plus rassuré sur le portefeuille de sa banque, car le taux d’insolvabilité ne dépasse pas 0,8 %, alors que la Banque Centrale d’Egypte (BCE) a déterminé que le taux des clients déficitaires ne doit pas dépasser 3 % du portefeuille de détail.

 

Répercussions néfastes

Cet essor a eu lieu au détriment des crédits octroyés aux entreprises, ce qui a eu des répercussions néfastes dans un pays qui vise à développer son secteur privé et doit créer un nombre énorme d’emplois. L’étude de EFG-Hermès note le recul des crédits aux entreprises. Ils représentaient 53 % en juin 2006, contre 65 % en 2000 du total de l’activité bancaire. Ce type de crédit, qui devrait être l’activité bancaire principale, a par ailleurs réalisé une croissance zéro ces deux dernières années. Car une grande partie des industriels ont aussi préféré avoir recours à l’autofinancement pour développer leur activité. De plus, l’arrivée de nouveaux acteurs étrangers sur le marché a renforcé cette tendance. Ainsi une banque comme la NSGB, devenue majoritairement française après que Société Générale eut acheté la part de la banque Ahli, a-t-elle décidé d’étendre ses services de détail sur le marché après avoir acquis, l’année dernière, Misr International Bank (MiBank), qui lui a permis d’accroître son réseau d’agences. « Déjà depuis 2001, NSGB avait décidé de se pencher sur les crédits aux particuliers. Pour ce faire, nous avons installé l’infrastructure nécessaire, en augmentant nos agences de 9 en 1999 à 60 aujourd’hui. 80 % de ces agences ne proposent que des crédits aux particuliers », souligne Frédéric Coin, directeur du département « activité de détail » auprès de la banque. Ces crédits sont ainsi passés à 2 milliards de L.E. en 2006, contre 370 millions de L.E. en 2001. « Après la conclusion effective de l’acquisition de MiBank et la restructuration de ses agences, NSGB vise à détenir 35 % du marché de détail en Egypte », souligne-t-il. Coin reconnaît que la tâche ne sera pas facile. Surtout après l’arrivée des banques étrangères expertes dans ce domaine, comme la banque italienne San Paolo, qui vient d’acquérir 80 % de la Banque d’Alexandrie.

Gilane Magdi

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