Corée du Nord .
Le régime de Kim-Jong Il entame la nouvelle série de
pourparlers à six en position de force, déclarant que son
programme nucléaire se poursuivra tant que les Etats-Unis et
l’Onu ne lèveront pas leurs sanctions.
Pyongyang pose ses conditions
Après plus d’un an de suspension due au boycottage par
Pyongyang, les pourparlers à six sur le programme nucléaire de
la Corée du Nord ont repris, lundi, à la Résidence des hôtes
distingués (Diaoyutai), dans l’ouest de Pékin. Autour de la
table, la Chine, les Etats-Unis, la Corée du Sud, le Japon et
la Russie ont un objectif commun : reprendre le contrôle sur
l’indomptable Corée du Nord, dont les activités nucléaires
déstabilisent toute la région Asie-Pacifique. Quitte à céder à
son chantage et à lui accorder les faveurs économiques qu’elle
quémande.
Pyongyang a fait exploser sa première bombe atomique le 9
octobre dernier, s’invitant dans le club très fermé des
puissances nucléaires. Résultat, la Corée du Nord a entamé les
pourparlers en position de force, donnant le ton dès la
première séance de discussions.
Le délégué nord-coréen, Kim Kye-gwan, s’est montré gourmand.
Il a fait savoir qu’il exigerait la levée de toutes les
sanctions économiques et financières pesant sur son pays. Non
seulement celles des Etats-Unis, mais aussi celles de l’Onu,
dictées dans la résolution censée punir l’essai du 9 octobre.
Jusqu’ici, Pyongyang s’était contenté de fustiger les
sanctions américaines appliquées depuis 2005 à une banque
nord-coréenne, Banco Delta Asia (BDA), accusée de renflouer
les caisses du programme nucléaire gouvernemental.
Lors des dernières séances de discussions, en septembre 2005,
les six pays avaient fini par signer une déclaration commune.
Washington y reconnaissait le droit de la Corée du Nord à se
doter d’une industrie nucléaire civile. Echange de bons
procédés, Kim-Jong Il s’engageait à renoncer à son programme
nucléaire militaire et à rejoindre les rangs du Traité de
Non-Prolifération nucléaire (TNP), dont il avait claqué la
porte en 2003. Mais les bonnes intentions mutuelles s’étaient
évanouies deux mois après, quand les autorités de Macao
avaient gelé environ 24 millions de dollars détenus dans des
comptes nord-coréens de Banco Delta Asia, sous la pression de
Washington. Furieux, Kim-Jong Il avait riposté en boycottant
les pourparlers jusqu’à leur reprise cette semaine.
Aucune enquête internationale n’est venue confirmer la
culpabilité de la BDA, mais le Financial Times a affirmé,
lundi, que des « dizaines, voire des centaines » de millions
de dollars ont transité l’an dernier sur des comptes détenus
par la Corée du Nord à cette banque. Des documents bancaires
obtenus par le journal britannique montrent que le rôle de la
BDA dans les transactions financières effectuées par Pyongyang
est bien plus important que ce qu’il était envisagé jusqu’à
présent.
Dès son arrivée, dimanche, dans la capitale chinoise, le
négociateur américain, Christopher Hill, a exhorté la Corée du
Nord à « faire la preuve de son engagement en matière de
dénucléarisation ». La veille, le délégué nord-coréen s’était
montré réservé sur l’issue de cette nouvelle session de
pourparlers. « Je ne suis pas optimiste car les Etats-Unis ne
changent pas de position », a-t-il averti, dénonçant la
politique « hostile » de Washington.
Camille
Sayart