Al-Ahram Hebdo,Monde | Premier revers pour Ahmadinejad
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 Semaine du 20 au 29 décembre 2006, numéro 641

 

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Monde

Iran . Le double scrutin de vendredi a permis de mesurer le rapport des forces entre réformateurs et conservateurs. La popularité du président semble en régression.

Premier revers pour Ahmadinejad

Les résultats des élections iraniennes à l’Assemblée des experts et aux municipales, qui ont eu lieu vendredi dernier, tombent au compte-gouttes, mais laissent entrevoir un échec possible des ultraconservateurs proches du président Mahmoud Ahmadinejad dans de nombreuses villes et à l’Assemblée. « Les premiers résultats montrent que les Iraniens sont plutôt favorables aux forces modérées », a affirmé, cette semaine, le quotidien réformateur Etemad. Au lieu de profiter de ces élections pour consolider son emprise sur le pouvoir, le président iranien était confronté à un premier choc depuis son élection en juillet 2005 : sa politique très dure ne plaît plus, désormais, à son peuple, ce qui pourrait amenuiser les chances de sa réélection lors de la présidentielle de 2009.

Affirmant qu’il s’agit d’un premier revers électoral pour le camp ultraconservateur, M. Mohamad Abbass, expert dans les affaires iraniennes au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques d’Al-Ahram (CEPS), analyse les causes de la chute de la popularité du président : « Le peuple est furieux contre Ahmadinejad car il ne s’est pas acquitté de ses promesses. En 2003, il avait promis au peuple un meilleur niveau de vie, alors qu’après un an et demi d’exercice de pouvoir, le pays souffre d’un taux d’inflation assez élevé, le chômage a augmenté et la plupart des investisseurs ont fui le pays à cause de l’instabilité suscitée par le dossier nucléaire et les risques de sanctions. Autre point faible : le président a orienté toutes les ressources du pays vers le nucléaire. Il a aussi imposé de sévères restrictions sur les libertés personnelles », explique M. Abbass.

Or, ce manque de confiance dans les ultraconservateurs ne signifie pas que le peuple va se jeter dans les bras du camp adverse, celui des réformateurs, car déjà, le peuple n’a plus confiance en eux, dont Mohamad Khatami, l’ex-président, qui n’a pas répondu non plus aux aspirations de sa population durant son mandat. « Cette fois-ci, le peuple a opté pour les forces modérées, vers les conservateurs modérés », poursuit-il.

Pour preuve, le véritable plébiscite dont a bénéficié l’ex-président conservateur pragmatique, Akbar Hachémi Rafsandjani, pour l’élection à l’Assemblée des experts. Cet organe, composé de 86 membres élus tous les huit ans, est chargé de choisir, superviser et éventuellement démettre le guide suprême, actuellement l’ayatollah Ali Khamenei. Se plaçant au centre de l’échiquier politique, en pivot entre ultraconservateurs et réformateurs, M. Rafsandjani a laissé ses concurrents dans la circonscription de la province de Téhéran loin derrière lui. Son principal adversaire, l’ayatollah ultraconservateur Mohamed Taqhi Mezbah Yazdi, considéré comme le père spirituel du président Ahmadinejad, n’arriverait qu’en sixième position.

Selon les experts, Rafsandjani a ainsi effacé l’humiliation de sa défaite devant Ahmadinejad lors de la présidentielle de 2005. Sa photo bien symbolique, votant côte à côte avec Mohamad Khatami, avait un objectif bien précis : adresser une menace aux ultraconservateurs : « Nous formerons une coalition contre vous ». Selon le Dr Hicham Ahmad, professeur à la faculté d’économie et des sciences politiques à l’Université du Caire, le principal enjeu de Ahmadinejad ne résidait pas dans les élections de l’Assemblée des experts mais plutôt dans les élections municipales, car ces dernières constituent « le véritable indice de sa popularité ».

Les municipales, principal défi

En ce qui concerne les municipales, l’enjeu principal est sans doute le contrôle du conseil municipal de Téhéran et des grandes villes du pays. Comme à l’Assemblée des experts, l’offensive des ultraconservateurs aux municipales n’a pas réussi. Selon des résultats partiels du ministère de l’Intérieur, la liste des partisans du président Mahmoud Ahmadinejad aux municipales est minoritaire à Téhéran, arrivant derrière celles des conservateurs modérés et des réformateurs. A Téhéran, la liste menée par la sœur du président, Parvine Ahmadinejad, n’aurait que trois sièges sur les quinze que compte le Conseil, selon des résultats officieux. La liste du maire conservateur modéré, Mohammad Bagher Ghalibaf, tiendrait neuf sièges, et pourrait compter sur le soutien d’un conservateur modéré indépendant. En fait, les partisans du président aspiraient à évincer Ghalibaf de son poste car celui-ci s’oppose de manière croissante à Ahmadinejad et serait prêt à utiliser son poste comme un tremplin vers la présidentielle de 2009. Ce revers imposé au bloc ultraconservateur a incité la liste électorale des partisans du président à dénoncer, lundi, des « irrégularités » dans le dépouillement des voix aux municipales de Téhéran. « N’oublions pas qu’Ahmadinejad était lui-même maire de Téhéran avant de devenir président. Le poste de maire de Téhéran pourrait bien être un pas vers la présidentielle, surtout que Ghalibaf est une personnalité assez aimée et respectée de la part du guide suprême, l’ayatollah Khamenei », explique Mohamad Abbass.

 Quant aux réformateurs, ils pourraient aussi revenir au Conseil avec deux sièges, après en avoir été évincés lors du scrutin de 2003. « En effet, les réformateurs ont réussi à présenter une liste unique dans l’espoir de reconquérir le pouvoir. Tout au long des deux dernières années, ils ont essayé de tirer profit de leurs fautes, de ranger leurs papiers et de montrer au peuple les points faibles du règne des ultraconservateurs », explique le Dr Hicham Ahmad.

En effet, le retour des réformateurs au pouvoir reste toujours possible car les conservateurs ont déjà commencé à reconquérir le pouvoir en remportant les municipales de 2003, avant de prendre le contrôle du Parlement en 2004 et de faire élire Ahmadinejad à la présidence en 2005. « Ceci dit, les municipales sont un moyen sûr de savoir quelle sera l’orientation du nouveau pouvoir en Iran », assure Mohamad Abbass.

Pourtant, le retard de la publication des résultats inquiète fort les 15 candidats de la coalition des réformateurs qui juge ce retard « anormal ». Un membre de la coalition des réformateurs, Hassan Beyadi, a évoqué lundi une « situation sans précédent, qui préoccupe les gens sur la façon dont les votes sont décomptés et qui crée le doute parmi les candidats ». Dans une lettre adressée au président du Parlement, Gholam Ali Hadad-Adel, les candidats réformateurs ont protesté contre l’opacité des opérations de dépouillement.

Selon les analystes, un succès, même partiel, des réformateurs leur permettrait de mettre fin à une série de défaites politiques et de préparer les prochaines élections législative et présidentielle. Parallèlement, les conservateurs modérés ont également le temps de se préparer aux prochaines élections. « Si les partisans de Ahmadinejad continuent à régresser aux municipales, ce dernier aura beaucoup de mal à mettre en œuvre ses politiques. Il sera obligé de dialoguer avec les nouvelles forces, prendre leur avis en considération et parfois céder à leurs revendications, d’où de gros problèmes pour lui », conclut le Dr Hicham Ahmad.

Maha Al-Cherbini

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