Coopération .
L’ambassade des Pays-Bas et le Centre culturel Saqiet Al-Sawi
offrent depuis le début de 2006 aux jeunes Egyptiens et
Hollandais un riche programme de rapprochement théâtral. Bilan
d’une initiative qui doit se prolonger en 2007.
Mouvements
de théâtres
« Le théâtre s’est avéré, ces derniers temps, être un vecteur
approprié d’échange et d’interconnaissance ». C’est ainsi que
la Hollandaise Mieke Kolk, professeure de théâtre à
l’Université d’Amsterdam, présente son projet d’échange
culturel entre l’Egypte et son pays. Kolk s’intéresse au
théâtre arabe et a déjà contribué avec des membres du théâtre
indépendant en Egypte à l’organisation d’ateliers de formation
théâtrale. Elle considère le théâtre comme outil de dialogue
et de rapprochement des sensibilités.
Ainsi, les quelques activités théâtrales qu’elle a mises sur
pied, l’an dernier, s’inscrivent dans une interaction
dynamique entre l’Egypte et les Pays-Bas. Dans cette
perspective, Anne-Marie Prins, metteur en scène hollandaise,
qui a déjà monté un spectacle sur l’expérience de la seconde
guerre mondiale, a collaboré avec Abir Ali, de la troupe d’Al-Messaharati,
dans une production théâtrale traitant la crise de Suez.
D’autre part, la Hollandaise Adelheid Roosen, écrivaine et
metteur en scène, et Effat Yéhia, metteur en scène égyptienne
et fondatrice de la troupe théâtrale La Caravane, ont organisé
des rencontres dans le but de recueillir les réactions du
public vis-à-vis de la pièce Monologues des voilées sur la
deuxième génération d’émigrées musulmanes aux Pays-Bas. De
même, la pièce de Roosen, inspirée du roman Monologues du
vagin de l’Américaine Eve Ensler, sera produite, en avril
prochain, au Centre d’Al-Saqia, dans le cadre du programme
d’échange culturel qui se déroule jusqu’à la fin de 2007. La
coopération de Lenine Al-Ramli, lauréat du prix hollandais
Prince Claus, s’ajoute à ces activités, avec sa pièce Des
prisonniers, donnée en Egypte et aux Pays-Bas. « Cette
année constitue une première phase d’expérimentation et de
coordination des activités du programme. En fait, Mieke Kolk a
proposé au Centre d’Al-Saqia une série d’ateliers, de
colloques et d’activités théâtrales, qui a démarré en novembre
dernier et se poursuit jusqu’à la fin 2007. Le programme est
entièrement parrainé et financé par l’ambassade des Pays-Bas
», déclare Mohamad Ali, un des responsables égyptiens d’Al-Saqia.
Ce dernier se charge de la sélection des jeunes désirant y
participer. Son choix se fonde sur l’intérêt manifeste des
professionnels pour les activités du théâtre, la prise en
compte du talent ostensible des étudiants de cette discipline
et une bonne connaissance de la langue anglaise. Al-Saqia
organise aussi la couverture médiatique du programme et
l’aménagement de locaux nécessaires pour le déroulement des
répétitions et des spectacles.
Initiation à l’écriture
En mars et avril prochains, le Centre Al-Saqia accueillera
deux ateliers de formation. Le premier sera consacré à la
création d’un spectacle basé sur les expériences vécues des
participants. Et ce, en coopération avec Bruno Otten,
coordinateur du théâtre et d’éducation d’Amsterdam Hogeschool
voor de Kunsten (école du théâtre) et Gonca Yalciner,
professeur du théâtre. Quant au deuxième, baptisé Moving
Voices, il sera consacré à l’initiation à l’écriture, sous la
férule de Aafke Heuving (dramaturge) et Matin van Veldhuizen
(metteur en scène).
En prolongement de ce programme, la galerie Townhouse
accueillera, en février 2007, un atelier de pantomime organisé
par la compagnie de mime Bambi, ainsi qu’un atelier de
dramaturgie tenu par la compagnie de Resi Schumacher.
De même, le Studio Emad Eddine (SEE) envisage d’affecter ses
locaux à la mise en place de plusieurs ateliers d’écriture. Un
premier a déjà débuté, le mois dernier, avec Pam de Sterke. Le
SEE s’occupe aussi du logement des professeurs et artistes
hollandais engagés dans cette optique. « Nous avons besoin
fondamentalement de promouvoir la pratique de l’écriture en
Egypte. Nous comptons y fédérer le plus grand nombre de
professionnels et d’intéressés », annonce Névine Al-Ebiari,
directrice du programme des ateliers et de logement du SEE.
Toutes les personnes, de quelque bord soient-elles, sont, par
conséquent, invitées à se joindre aux ateliers.
Du côté hollandais, l’Université d’Amsterdam et des écoles du
théâtre fourniront une équipe de professeurs au programme.
Ainsi, le théâtre Frascati, siège de formation et de
reproduction de jeunes talents, représenté dans le programme
par Nan van Houte, entend élaborer des plans artistiques,
offrant l’espace nécessaire aux productions des spectacles, et
orchestrer les divers échanges entre artistes. Il projette
d’organiser, en même temps, une rencontre d’actrices autour du
thème de la femme en Orient et en Occident avec la
contribution de Nora Amin (Le Caire) et Karina Holla
(Amsterdam).
Toujours dans le but de vulgariser l’interaction et le
dialogue à travers le théâtre, Mieke Kolk envisage d’établir
un programme d’échange culturel similaire avec le théâtre
soudanais. Au cours de l’année 2007, les contributions
d’acteurs égyptiens (Hani Al-Metnaoui et Tareq Saïd),
soudanais (du théâtre Al-Buqaa) et hollandais (Frances Sanders)
seront sollicitées pour la mise en scène de la pièce En
Attendant Godot de Samuel Beckett. Au théâtre, les frontières
disparaissent, donc, pour faire place aux dynamismes
collectifs sous les signes de l’entente.
May Sélim