Al-Ahram Hebdo, Arts | Traversées de migrants
  Président Salah Al-Ghamry
 
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 Semaine du 20 au 29 décembre 2006, numéro 641

 

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Arts

Exposition . Autour de la globalisation et de la migration s’articulent les œuvres de huit artistes, réunis par le projet Maghreb connexion-La vie à travers l’Afrique du Nord, financé par Pro Helvetia et accueilli par la galerie Townhouse. 

Traversées de migrants 

Un immense plan est étalé sur le mur, face à l’entrée du Garage, annexé à la galerie Townhouse. Ce plan, résultant d’un projet de recherche internationale sur le Maghreb, guide les visiteurs de l’exposition. Celle-ci regroupe en effet plusieurs genres : cartographie, vidéo, photographie, texte ou animation, mettant en relief le parcours de 8 artistes de nationalités différentes. Les artistes sont Doaa Ali et Hala El-Koussy (Le Caire), Yto Barrada et Helena Maleno (Tanger), Raphaël Cuomo, Maria Iorio et Charles Heller (Genève), Ursula Biemann (Zurich). Cette dernière, la curatrice du projet, a trouvé plus intéressant de commencer par la politique de l’espace, thème commun d’analyse et de réflexion. Ainsi, chaque artiste a-t-il travaillé seul ou à deux sur un point spécifique du Maghreb. « C’est l’Afrique du Nord, jusqu’à la frontière de l’Egypte. Normalement, on se positionne ici en Egypte pour scruter tout ce qui est à l’Ouest, donc le Maghreb et tout ce qui est à l’Est, donc le Machreq. Ce n’est pas sans rappeler la position de Greenwich divisant le monde. Le Maghreb est pris entre une Europe qui se verrouille et une Afrique que la contraction du monde amène à ses portes », affirme Ursula Biemann, dont les quatre vidéos traitent de la globalisation et de la migration d’Agadez au Niger, la capitale des Touaregs et la porte sud du Sahara. Et d’ajouter : « Agadez est le carrefour de tous les émigrants de l’Afrique de l’Ouest. Ce que je suis parvenu à filmer sont les migrants que la police a interceptés. Je travaille moins sur le côté émotionnel, dramatique et le destin personnel. Je m’intéresse plus aux questions structurelles, mondiales, globales et flux transnational ». L’artiste a filmé une vidéo sur le départ des Nigériens et une autre interviewant un Touareg, leader du front algérien « Il ne faut pas seulement produire un travail de documentation, mais effectuer plus de recherche et se servir de l’espace qui n’est pas seulement un parterre matériel, plutôt un espace mental ». Le travail d’Ursula Biemann est si proche de la stratégie du « Maghreb connexion ». Par « espace », elle signifie la géographie (comme système signifiant qui nous permet de comprendre la relation entre sujet, mouvement et espace).

Agadez au Niger, Lampedusa, Oujda et Tanger au Maroc, le Sahara occidental, Le Caire, cette exposition ne se lasse pas de tracer la « multi-polarité » de la migration dans la région du Maghreb. « Ce qui nous intéresse, ce n’est pas de produire des sentiments de sympathie et de spectacle comme c’est le cas dans les médias. Nous visons à faire des recherches sérieuses pour savoir comment l’organisation internationale IOM et l’Agence des Nations-Unies pour les réfugiés (UNHCR), basées à Genève fonctionnent-elles ? », souligne Biemann.

Drame humain

D’autres artistes se sont servis de l’espace, pour travailler sur la condition humaine des migrants. La photographe franco-marocaine Yto Barrada expose une série de photographies poétiques : Sleepers (les dormeurs) relatant la vie des Tangerois. Ces « dormeurs » isolés, comme en retrait, sont couchés dans les jardins publics. Leurs visages couverts ressemblent à ceux emballés des morts. Ils souhaitent un jour traverser vers l’Europe, à la recherche d’un travail.

Impressionnées par la condition des Sahraouis emprisonnés dans le Sahara occidental depuis 20 ans, les photographies, de l’Italien Armin Linke, sont émouvantes. « Ces Sahraouis qui refusent de construire des maisons et poursuivent leur vie de nomades nourrissent un espoir, celui de vivre librement dans le territoire qu’ils revendiquent », déclare Armin Linke. Dans le Sahara occidental, le photographe a découvert un mur de 2 000 kilomètres divisant les lieux. « Ce mur bloque la mobilité des Sahraouis et des migrants du transit. Un Sénégalais ne peut pas traverser ce Sahara pour passer du Maroc en Europe. Il est obligé de faire un détour périlleux passant par Agadez, le Niger et la Libye », dit-il.

Le projet en question aborde également la question de l’identité des immigrants. C’est le cas de l’Egyptienne Doaa Ali qui a tourné un documentaire sur la vie des vendeuses chinoises, qui font du porte-à-porte au Caire. La vidéo les montre chez elles et dans les rues sur fond de musique chinoise gaie et amusante. De quoi dresser leur parcours cairote : arrivée au Caire, logement au 10e quartier à Madinet Nasr, etc. Diplômée des beaux-arts du Caire, Doaa Ali explique : « Le concept de l’art est de susciter un problème. C’est à l’artiste de multiplier les interrogations et au récepteur de trouver les réponses. D’où la relation entre art et politique ».

Très expérimentale, Hala El-Koussy, jeune photographe et vidéaste lucide, a incrusté son travail de dessins animés signés par le caricaturiste Walid Taher, d’une musique de Mohamad Antar et de la narration de jeunes villageois. El-Koussy a puisé dans la misère des jeunes égyptiens qui désirent concrétiser leurs rêves dans un pays européen, souvent l’Italie. L’artiste a alors franchi le Sahara, le Delta égyptien (gouvernorat de Charqiya) à la recherche de villes qui portent le nom d’autres villes italiennes. Entre rêve et réalité, art et politique, l’œuvre d’El-Koussy est bien réussie. « De tout temps, la caricature a joué un rôle efficace dans la politique », lance-t-elle.

Névine Lameï

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Jusqu’au 13 janvier, à la galerie Townhouse, (de 10h à 14h et de 18h à 21h, le vendredi, de 18h à 21h, sauf le jeudi). 10, rue Nabrawi, bifurcation de la rue Champollion, centre-ville. Tél. : 576 80 86

 




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