Al-Ahram Hebdo, Arts | Rien d’époustouflant
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 Semaine du 20 au 29 décembre 2006, numéro 641

 

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Arts

Biennale Internationale du Caire . Pour sa dixième édition, elle cherche à imposer l’art vidéo, sans faire l’unanimité. Jusqu’au 31 janvier. 

Rien d’époustouflant 

Vraies caractéristiques de cette édition. Et, si l’édition précédente avait le politique en poupe lequel avait pris le dessus sur le niveau artistique, cette année habileté technique et finesse thématique sont mises sur un pied d’égalité.

« Les œuvres sélectionnées reflètent la préoccupation des artistes par l’hégémonie américaine, les causes palestinienne, libanaise et iraqienne. En gros par des questions humanitaires. Ceci, grâce à un travail artistiquement solide », souligne Ahmad Fouad Sélim, commissaire de la biennale. Et d’ajouter : « Plusieurs artistes étrangers ont présenté un travail sérieux de vidéo-art alors que certains Egyptiens semblent méconnaître son concept et suivent la mode plus par souci d’être branchés que par conviction ».

Ainsi, Sélim considère-t-il que l’artiste égyptien George Fikri a obtenu le prix de la biennale pour ses peintures et non pas pour sa vidéo d’animation.

George Fikri participe à la biennale avec trois tableaux de 3m20 x 2m40 et trois autres circulaires de 1m20 x 1m20 et une vidéo d’animation d’environ huit minutes. Tous sont liés par un même thème qu’il appelle « les icônes de narration ». Il explique : « C’est un moyen de relater les traditions égyptiennes en s’inspirant des icônes et en ayant recours à l’usage de plusieurs techniques telles que le collage, l’encre chinois, l’aquarelle, le pastel. D’autre part, j’ai réalisé une vidéo d’animation projetant des dessins en lien avec le sujet ».

Farid Al-Zahi, critique d’art marocain et membre du jury, considère que la vidéo d’animation de George Fikri est plus intéressante que ses tableaux. Il justifie, d’ailleurs, le décalage qui existe entre les artistes arabes et étrangers dans le domaine de la vidéo par le fait que les Arabes n’ont pas encore ressenti la nécessité de sortir du cadre du tableau. « Il faut posséder la technique et être animé par le désir de l’aventure », dit-il.

Mais la tendance vidéo continue à soulever des interrogations. C’est le cas de l’artiste jordanienne Helda Hiyary, lauréate du prix de la biennale pour l’art vidéo. « Je me suis lancée dans l’aventure car la biennale exige que l’artiste rompe avec tous les stéréotypes et se jette dans les nouvelles expériences. Mais en fin de compte si un musée ou une salle d’exposition décide d’acquérir des installations vidéo, combien d’œuvres vont-t-ils acquérir ? Cela restera limité. La peinture et la sculpture resteront des arts majeurs qui se tailleront les premiers rangs ». Pourtant, sa vidéo a plu à pas mal de gens, notamment les femmes.

Composé d’un écran sur lequel figurent la bouche d’une femme changeant de forme en prenant de profonds soupirs et une centaine de tarbouches placés sur une estrade, l’œuvre de Hiyary est très remarquable. Tout est en noir sauf la bouche et les tarbouches qui sont en rouge. « C’est le cas de la femme arabe qui ne voit en l’homme qu’un tarbouche. Une tête vide ».

Le grand nombre d’œuvres participantes affecte sans doute la manière d’exposer et les conditions de visibilité. En dépit de ce nombre croissant, aucune œuvre n’était à la hauteur de recevoir le grand prix de la biennale, selon le critique Farid Zahi.

Certains artistes avaient le luxe de l’espace, de quoi leur permettre d’exposer leurs installations vidéo et d’autres en sont privés.

Le Français Stéphane Rakita, qui participe avec une installation de trois pièces en cire jaune, n’a pas pu communiquer les sensations de transparence et les jeux de réflexion sur lesquels repose l’idée de son œuvre, faute d’éclairage.

L’œuvre de l’Espagnole Francesca Martini a été affectée à cause de la distance inadéquate séparant le grand tableau et le projecteur. Elle repose sur l’idée du corps à la recherche de son âme, mariant collage et peinture et projetant des silhouettes humaines en différentes positions sur les tableaux.

L’artiste libanais Walid Aouni, lauréat du prix Hathor, n’a pas eu de problème d’espace. Son œuvre est si gigantesque qu’elle ne peut qu’être exposée sur la façade du Palais des arts. Composée d’une muraille sur laquelle sont éparpillés des symboles rappelant le mur de Sharon, elle aiguise la curiosité des passants.

L’artiste serbe Miodarg Krkobalic, lauréat du prix d’estime du jury pour l’art vidéo, a l’avantage d’exposer dans une salle à lui seul au centre. Il élabore son idée autour de sa photo de passeport. L’image semble fixe, cependant des changements adviennent lentement. De quoi refléter l’isolement de l’homme que l’on croise tous les jours sans le regarder.

L’installation de l’Américain Daniel Joseph expose un homme allongé dans un pavillon blanc. Le public s’entasse pour vérifier s’il s’agit de l’artiste lui-même, en train de bouger de façon épileptique, ou d’une simple statue. Une habileté de fabrication qui ne signifie cependant pas nécessairement une distinction artistique.

Lamiaa Al Sadaty

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Au Palais des arts, au Musée d’art moderne et au Centre Guézira. Pour adresses et horaires à consulter la page Calendrier.

 




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