Biennale Internationale du Caire .
Pour sa dixième édition, elle cherche à imposer l’art vidéo,
sans faire l’unanimité. Jusqu’au 31 janvier.
Rien d’époustouflant
Vraies caractéristiques de cette édition. Et, si l’édition
précédente avait le politique en poupe lequel avait pris le
dessus sur le niveau artistique, cette année habileté
technique et finesse thématique sont mises sur un pied
d’égalité.
« Les œuvres sélectionnées reflètent la préoccupation des
artistes par l’hégémonie américaine, les causes palestinienne,
libanaise et iraqienne. En gros par des questions
humanitaires. Ceci, grâce à un travail artistiquement solide
», souligne Ahmad Fouad Sélim,
commissaire de la biennale. Et d’ajouter : « Plusieurs
artistes étrangers ont présenté un travail sérieux de
vidéo-art alors que certains
Egyptiens semblent méconnaître son concept et suivent la mode
plus par souci d’être branchés que par conviction ».
Ainsi, Sélim considère-t-il que
l’artiste égyptien George Fikri a
obtenu le prix de la biennale pour ses peintures et non pas
pour sa vidéo d’animation.
George Fikri participe à la
biennale avec trois tableaux de 3m20 x 2m40 et trois autres
circulaires de 1m20 x 1m20 et une vidéo d’animation d’environ
huit minutes. Tous sont liés par un même thème qu’il appelle «
les icônes de narration ». Il explique : « C’est un moyen de
relater les traditions égyptiennes en s’inspirant des icônes
et en ayant recours à l’usage de plusieurs techniques telles
que le collage, l’encre chinois, l’aquarelle, le pastel.
D’autre part, j’ai réalisé une vidéo d’animation projetant des
dessins en lien avec le sujet ».
Farid Al-Zahi, critique d’art
marocain et membre du jury, considère que la vidéo d’animation
de George Fikri est plus
intéressante que ses tableaux. Il justifie, d’ailleurs, le
décalage qui existe entre les artistes arabes et étrangers
dans le domaine de la vidéo par le fait que les Arabes n’ont
pas encore ressenti la nécessité de sortir du cadre du
tableau. « Il faut posséder la technique et être animé par le
désir de l’aventure », dit-il.
Mais la tendance vidéo continue à soulever des interrogations.
C’est le cas de l’artiste jordanienne
Helda Hiyary, lauréate du
prix de la biennale pour l’art vidéo. « Je me suis lancée dans
l’aventure car la biennale exige que l’artiste rompe avec tous
les stéréotypes et se jette dans les nouvelles expériences.
Mais en fin de compte si un musée ou une salle d’exposition
décide d’acquérir des installations vidéo, combien d’œuvres
vont-t-ils acquérir ? Cela restera limité. La peinture et la
sculpture resteront des arts majeurs qui se tailleront les
premiers rangs ». Pourtant, sa vidéo a plu à pas mal de gens,
notamment les femmes.
Composé d’un écran sur lequel figurent la bouche d’une femme
changeant de forme en prenant de profonds soupirs et une
centaine de tarbouches placés sur une estrade, l’œuvre de
Hiyary est très remarquable. Tout est en noir sauf la bouche
et les tarbouches qui sont en rouge. « C’est le cas de la
femme arabe qui ne voit en l’homme qu’un tarbouche. Une tête
vide ».
Le grand nombre d’œuvres participantes affecte sans doute la
manière d’exposer et les conditions de visibilité. En dépit de
ce nombre croissant, aucune œuvre n’était à la hauteur de
recevoir le grand prix de la biennale, selon le critique Farid
Zahi.
Certains artistes avaient le luxe de l’espace, de quoi leur
permettre d’exposer leurs installations vidéo et d’autres en
sont privés.
Le Français Stéphane Rakita, qui participe avec une
installation de trois pièces en cire jaune, n’a pas pu
communiquer les sensations de transparence et les jeux de
réflexion sur lesquels repose l’idée de son œuvre, faute
d’éclairage.
L’œuvre de l’Espagnole Francesca Martini a été affectée à
cause de la distance inadéquate séparant le grand tableau et
le projecteur. Elle repose sur l’idée du corps à la recherche
de son âme, mariant collage et peinture et projetant des
silhouettes humaines en différentes positions sur les
tableaux.
L’artiste libanais Walid Aouni, lauréat du prix Hathor, n’a
pas eu de problème d’espace. Son œuvre est si gigantesque
qu’elle ne peut qu’être exposée sur la façade du Palais des
arts. Composée d’une muraille sur laquelle sont éparpillés des
symboles rappelant le mur de Sharon, elle aiguise la curiosité
des passants.
L’artiste serbe Miodarg Krkobalic, lauréat du prix d’estime du
jury pour l’art vidéo, a l’avantage d’exposer dans une salle à
lui seul au centre. Il élabore son idée autour de sa photo de
passeport. L’image semble fixe, cependant des changements
adviennent lentement. De quoi refléter l’isolement de l’homme
que l’on croise tous les jours sans le regarder.
L’installation de l’Américain Daniel Joseph expose un homme
allongé dans un pavillon blanc. Le public s’entasse pour
vérifier s’il s’agit de l’artiste lui-même, en train de bouger
de façon épileptique, ou d’une simple statue. Une habileté de
fabrication qui ne signifie cependant pas nécessairement une
distinction artistique.
Lamiaa
Al Sadaty