Washington
et les sunnites d’Iraq
Pour permettre
aux troupes américaines de se retirer plus vite d’Iraq,
l’Administration Bush semble pencher pour un recentrage de
ses efforts sur la majorité chiite et les Kurdes, au
détriment des sunnites que Washington a tenté sans succès
de courtiser pour les convaincre de renoncer à la
violence.
C’est dans ce
cadre que le président George W. Bush envisage de mieux
armer l’armée iraqienne. Le premier ministre Nouri Maliki
aurait ainsi obtenu, lors de son sommet avec M. Bush la
semaine dernière à Amman, l’engagement de recevoir des
armes légères, des véhicules ordinaires et blindés, ainsi
que des hélicoptères. Cette aide renforcée à M. Maliki, un
chiite modéré, pourrait s’accompagner d’un abandon de la
stratégie de réconciliation des factions iraqiennes, de
crainte de perdre le soutien de la population chiite.
L’abandon des
efforts en faveur des sunnites, une proposition qui
émanerait du département d’Etat, risque de peser sur les
relations des Etats-Unis avec leurs alliés arabes, tous
sunnites. Ces pays accusent les Etats-Unis de faire le jeu
des chiites aux dépens des sunnites. Selon eux, M. Maliki
est tolérant vis-à-vis des milices chiites et ferme les
yeux sur leurs abus, ce qui le rend incapable de gérer la
situation sécuritaire. Des rapports établis par les
services de ces pays soulignent l’implication des membres
du gouvernement Maliki dans les activités de l’armée de
Mehdi, proche du chef radical chiite Moqtada Sadr, et
l’organisation Badr, ancien bras armé du Conseil suprême
de la Révolution Islamique en Iraq (CSRII, principal parti
chiite d’Iraq), de Abdel-Aziz Al-Hakim.
Faisant écho à
ces accusations, l’Arabie saoudite a prévenu la semaine
dernière qu’elle interviendrait en Iraq pour protéger les
sunnites en cas de retrait américain. Son ambassadeur à
Washington, le prince Turki Al-Fayçal, n’a pas mâché ses
mots pour dénoncer un éventuel retrait américain d’Iraq
avant la stabilisation de la situation : « La position du
royaume a toujours été que les Etats-Unis sont venus sans
être invités, et qu’ils ne devraient pas repartir sans y
être invités ». Mais Washington a retourné l’argument des
Saoudiens en prônant, dans une note confidentielle de la
Maison Blanche, de faire pression sur l’Arabie saoudite
pour qu’elle use de son influence en Iraq afin de
convaincre les sunnites de renoncer à la violence.