Al-Ahram Hebdo,Monde Arabe | Le rapport qui sème le trouble
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 Semaine du 13 au 19 décembre 2006, numéro 640

 

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Monde Arabe

Iraq . Le président américain a reçu cette semaine le vice-président iraqien Tarek Al-Hachémi, alors que le doute plane toujours sur les possibilités de l’application des recommandations Baker. 

Le rapport qui sème le trouble 

Une semaine après la publication du rapport Baker-Hamilton sur l’Iraq, le flou règne toujours sur l’avenir de ce pays et le président américain continue ses rencontres avec les différentes parties impliquées. Cette fois-ci, il a reçu le vice-président iraqien Tarek Al-Hachémi, un Arabe sunnite. Il s’agit de la 3e troisième personnalité importante iraqienne à s’entretenir avec le président américain, après le premier ministre Nouri Al-Maliki puis Abdel-Aziz Al-Hakim, le chef du principal parti chiite d’Iraq.

A l’intérieur de l’Iraq, comme aux Etats-Unis, l’on s’interroge donc toujours sur la politique à suivre. Mais la complexité de la situation fait craindre que le statu quo ne dure d’autant plus que l’unanimité quant aux solutions potentielles fait défaut.

Pour l’heure, la seule unanimité est que la situation « va très mal en Iraq » et que « la politique américaine y a échoué », comme a dû le reconnaître le président américain, Georges W. Bush, d’autant plus que quatre soldats américains viennent de trouver la mort, lundi matin, à Bagdad, par une bombe artisanale, portant à 50 le nombre d’Américains tués depuis le début du mois de décembre.

Preuve de l’inquiétude de l’Administration américaine après la publication du rapport, le secrétaire à la Défense démissionnaire, Donald Rumsfeld, principal artisan de la politique américaine en Iraq, très critiquée par le rapport Baker-Hamilton, a effectué une visite surprise et confidentielle samedi dans le pays.

En fait, Bush se trouve une fois de plus entre le marteau et l’enclume. « Il doit mettre en œuvre au moins une partie de ces recommandations pour prouver à l'opinion publique, hostile à l'engagement américain, sa détermination à changer de stratégie en Iraq. Un impératif d'autant plus urgent que les démocrates contrôlent désormais les deux chambres du Congrès », estime le Dr Hicham Ahmad, professeur à la faculté des sciences politiques et économiques, à l’Université du Caire.

Rappelant que le coût de la guerre en Iraq a dépassé le trillion de dollars, outre les 3 000 soldats américains tués depuis mars 2003, le rapport a notamment prôné un début de retrait des forces américaines d’Iraq début 2008, associé à une ouverture diplomatique en direction de la Syrie et de l’Iran pour tenter de sortir de la crise. C’est justement là la question la plus épineuse. « Le rapport a fait de la stabilité de toute la région du Proche-Orient une condition sine qua non à la stabilité de l’Iraq. Il a également reconnu qu’une solution à la crise iraqienne ne pourrait jamais avoir lieu sans l’aide de la Syrie et de l’Iran, ce que l’Administration Bush ne pourra pas facilement admettre », explique le Dr Mohamad Abdel-Salam, expert politique. D’emblée, Bush a complètement rejeté toute négociation directe avec Téhéran et Damas, expliquant que l’Iran devait renoncer à ses ambitions nucléaires et que la Syrie ne devait pas déstabiliser le Liban.

Pourtant, James Baker a une fois de plus défendu, dimanche, le principe de discussions entre la Syrie et l’Iran au sujet de l’Iraq, tout en soulignant que les Etats-Unis ne devaient pas faire preuve de « naïveté » en la matière. Comme à Washington, le rapport Baker-Hamilton a suscité de vifs remous à Bagdad, mettant en lumière les graves fractures politiques et confessionnelles d’un pays en ébullition. Les divergences se sont centrées sur les thèmes les plus sensibles : la réconciliation nationale, le partage des richesses pétrolières et le rôle des pays voisins pour sortir de la crise. « D’une façon générale, les Kurdes et les chiites sont contre le rapport car ils ne veulent pas que les Etats-Unis retirent leurs troupes de Bagdad. Aussi, le président iraqien, un Kurde, s’est-il élevé contre le rapport car il est sûr que l’armée iraqienne ne pourra jamais assumer, seule, la responsabilité de la sécurité dans le pays. Un retrait américain, à l’heure actuelle, signifierait la fin du pays. Seuls, les sunnites sont favorables au rapport car ils sont pour un retrait américain rapide du pays », analyse le Dr Mohamad Abdel-Salam.

Un coup d’œil rapide sur l’impact du rapport sur les diverses factions iraqiennes atteste de la crédibilité de cette analyse.

Virulent, le président iraqien, Jalal Talabani, a vivement rejeté le rapport, se montrant particulièrement hostile à plusieurs points-clés et dénonçant surtout la volonté d’impliquer les anciens Baasistes dans le processus politique en Iraq.Plus virulent encore, Abdul-Aziz Al-Hakim, patron du CSRII (Conseil Suprême de la Révolution Islamique en Iraq) et principale personnalité politique chiite, juge que le rapport comprend des informations « inexactes » basées sur des sources « malhonnêtes », et orientées en faveur des sunnites. Seuls ces derniers semblent ainsi favorables au rapport américain.

Pour l’instant, le premier ministre Nouri Al-Maliki, un chiite, n’a toujours pas officiellement réagi. Il n’a fait qu’annoncer la tenue, le 16 décembre, d’une conférence de réconciliation destinée à rédiger une charte d’honneur pour en finir avec l’effusion de sang et les conflits confessionnels. Pourtant, plusieurs responsables sunnites ont mis en doute la sincérité du gouvernement iraqien, surtout que les violences se poursuivent sans relâche ... .

Maha Al-Cherbini

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