Iraq .
Le président américain a reçu cette semaine le vice-président
iraqien Tarek Al-Hachémi, alors que le doute plane toujours
sur les possibilités de l’application des recommandations
Baker.
Le rapport qui sème le trouble
Une semaine
après la publication du rapport Baker-Hamilton sur l’Iraq, le
flou règne toujours sur l’avenir de ce pays et le président
américain continue ses rencontres avec les différentes parties
impliquées. Cette fois-ci, il a reçu le vice-président iraqien
Tarek Al-Hachémi, un Arabe sunnite. Il s’agit de la 3e
troisième personnalité importante iraqienne à s’entretenir
avec le président américain, après le premier ministre Nouri
Al-Maliki puis Abdel-Aziz Al-Hakim, le chef du principal parti
chiite d’Iraq.
A l’intérieur
de l’Iraq, comme aux Etats-Unis, l’on s’interroge donc
toujours sur la politique à suivre. Mais la complexité de la
situation fait craindre que le statu quo ne dure d’autant plus
que l’unanimité quant aux solutions potentielles fait défaut.
Pour l’heure,
la seule unanimité est que la situation « va très mal en Iraq
» et que « la politique américaine y a échoué », comme a dû le
reconnaître le président américain, Georges W. Bush, d’autant
plus que quatre soldats américains viennent de trouver la
mort, lundi matin, à Bagdad, par une bombe artisanale, portant
à 50 le nombre d’Américains tués depuis le début du mois de
décembre.
Preuve de
l’inquiétude de l’Administration américaine après la
publication du rapport, le secrétaire à la Défense
démissionnaire, Donald Rumsfeld, principal artisan de la
politique américaine en Iraq, très critiquée par le rapport
Baker-Hamilton, a effectué une visite surprise et
confidentielle samedi dans le pays.
En fait, Bush
se trouve une fois de plus entre le marteau et l’enclume. « Il
doit mettre en œuvre au moins une partie de ces
recommandations pour prouver à l'opinion publique, hostile à
l'engagement américain, sa détermination à changer de
stratégie en Iraq. Un impératif d'autant plus urgent que les
démocrates contrôlent désormais les deux chambres du Congrès
», estime le Dr Hicham Ahmad, professeur à la faculté des
sciences politiques et économiques, à l’Université du Caire.
Rappelant que
le coût de la guerre en Iraq a dépassé le trillion de dollars,
outre les 3 000 soldats américains tués depuis mars 2003, le
rapport a notamment prôné un début de retrait des forces
américaines d’Iraq début 2008, associé à une ouverture
diplomatique en direction de la Syrie et de l’Iran pour tenter
de sortir de la crise. C’est justement là la question la plus
épineuse. « Le rapport a fait de la stabilité de toute la
région du Proche-Orient une condition sine qua non à la
stabilité de l’Iraq. Il a également reconnu qu’une solution à
la crise iraqienne ne pourrait jamais avoir lieu sans l’aide
de la Syrie et de l’Iran, ce que l’Administration Bush ne
pourra pas facilement admettre », explique le Dr Mohamad
Abdel-Salam, expert politique. D’emblée, Bush a complètement
rejeté toute négociation directe avec Téhéran et Damas,
expliquant que l’Iran devait renoncer à ses ambitions
nucléaires et que la Syrie ne devait pas déstabiliser le
Liban.
Pourtant,
James Baker a une fois de plus défendu, dimanche, le principe
de discussions entre la Syrie et l’Iran au sujet de l’Iraq,
tout en soulignant que les Etats-Unis ne devaient pas faire
preuve de « naïveté » en la matière. Comme à Washington, le
rapport Baker-Hamilton a suscité de vifs remous à Bagdad,
mettant en lumière les graves fractures politiques et
confessionnelles d’un pays en ébullition. Les divergences se
sont centrées sur les thèmes les plus sensibles : la
réconciliation nationale, le partage des richesses pétrolières
et le rôle des pays voisins pour sortir de la crise. « D’une
façon générale, les Kurdes et les chiites sont contre le
rapport car ils ne veulent pas que les Etats-Unis retirent
leurs troupes de Bagdad. Aussi, le président iraqien, un
Kurde, s’est-il élevé contre le rapport car il est sûr que
l’armée iraqienne ne pourra jamais assumer, seule, la
responsabilité de la sécurité dans le pays. Un retrait
américain, à l’heure actuelle, signifierait la fin du pays.
Seuls, les sunnites sont favorables au rapport car ils sont
pour un retrait américain rapide du pays », analyse le Dr
Mohamad Abdel-Salam.
Un coup d’œil
rapide sur l’impact du rapport sur les diverses factions
iraqiennes atteste de la crédibilité de cette analyse.
Virulent, le
président iraqien, Jalal Talabani, a vivement rejeté le
rapport, se montrant particulièrement hostile à plusieurs
points-clés et dénonçant surtout la volonté d’impliquer les
anciens Baasistes dans le processus politique en Iraq.Plus
virulent encore, Abdul-Aziz Al-Hakim, patron du CSRII (Conseil
Suprême de la Révolution Islamique en Iraq) et principale
personnalité politique chiite, juge que le rapport comprend
des informations « inexactes » basées sur des sources «
malhonnêtes », et orientées en faveur des sunnites. Seuls ces
derniers semblent ainsi favorables au rapport américain.
Pour
l’instant, le premier ministre Nouri Al-Maliki, un chiite, n’a
toujours pas officiellement réagi. Il n’a fait qu’annoncer la
tenue, le 16 décembre, d’une conférence de réconciliation
destinée à rédiger une charte d’honneur pour en finir avec
l’effusion de sang et les conflits confessionnels. Pourtant,
plusieurs responsables sunnites ont mis en doute la sincérité
du gouvernement iraqien, surtout que les violences se
poursuivent sans relâche ... .
Maha Al-Cherbini