Palestine .
Après l’échec des négociations entre le Fatah et le Hamas pour
former un gouvernement d’union nationale, des élections
anticipées pourraient avoir lieu. Une option qui ne garantit
toutefois pas une issue à la crise interpalestinienne.
L'autorité s'enlise
L’impasse
provoquée par l’échec des négociations entre le Fatah et le
Hamas place les Palestiniens devant une seule issue : des
élections présidentielles et législatives anticipées. Une
issue qui comporte, elle aussi, beaucoup de risques. Pour
l’heure, la décision n’a pas encore été révélée mais selon le
conseiller du président palestinien, Nabil Amr, M. Abbass
pourrait annoncer cette nouvelle samedi prochain. « Aller aux
urnes ne constitue pas un coup de force », a-t-il déclaré. «
Il précisera aussi les bases légales l’autorisant à prendre
cette décision (...). Il s’agit d’une décision difficile, mais
pas plus difficile que la situation que nous vivons », a-t-il
ajouté. Plus tôt, M. Abbass avait affirmé au comité exécutif
de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) n’avoir
« d’autre choix » que d’appeler à de telles élections, après
deux mois de vaines négociations.
Tout en
paraissant attaché aux élections anticipées, le président
palestinien estime, cependant, qu’elles seront inutiles si le
Hamas assouplit ses exigences et permet la formation d’un
cabinet d’union nationale.
De nombreux
pays, dont ceux de l’Union européenne et les Etats-Unis,
boycottent le cabinet issu du Hamas. Ils exigent qu’il renonce
à la lutte armée, et reconnaisse Israël ainsi que les accords
signés antérieurement par l’Etat hébreu avec les Palestiniens.
Des demandes auxquelles le Hamas refuse de se soumettre.
Il semble donc
aujourd’hui que cette option semble la
seule possible. « Les autres options ont essuyé un
échec. Premièrement, les Palestiniens n’ont pu parvenir ni à
un gouvernement d’union nationale, ni à un gouvernement de
technocrates neutre. Deuxièmement, ils ont essayé autant que
possible d’éviter l’explosion d’une guerre civile voulue par
Israël. Troisièmement, une troisième Intifada ne peut qu’être
adressée contre les forces d’occupation. Ce qui signifie que
le recours aux urnes et au peuple est le seul choix actuel »,
assure le Dr Sayed Eleiwa, professeur de sciences politiques à
l’Université de Hélouan.
« Un coup
contre la démocratie »
Mais s’il
s’agit là de la seule option restante, la question est de
savoir maintenant si ces élections anticipées permettront
vraiment une sortie de la crise. C’est du moins ce qu’espère
le Fatah, qui veut miser sur le ras-le-bol du peuple et tirer
profit de la situation économique lamentable pour retrouver le
pouvoir. Rares sont ceux qui le croient. Cependant, ces
élections risquent aussi d’envenimer davantage le rapport
entre les deux camps palestiniens. Les prémices en sont la
réaction du Hamas. Tout en campant sur sa position de ne pas
reconnaître l’Etat hébreu, le premier ministre palestinien,
Ismaïl Haniyeh, a qualifié samedi les propos de M. Abbass sur
un nouveau scrutin d’« irrespectueux vis-à-vis du peuple
palestinien » et a averti qu’ils allaient « accroître la
tension et avoir un impact négatif ». M. Haniyeh a, en outre,
accusé le mouvement Fatah de M. Abbass d’avoir provoqué
l’échec des négociations avec le Hamas. « Ils veulent un
gouvernement sans personne du Hamas. Ils cherchent à nous
exclure de l’Autorité », a-t-il dénoncé. « Mais ni la pression
interne, ni (la pression) externe ne nous affectera. Nous ne
ferons donc pas ce qu’ils veulent », a-t-il ajouté.
De son côté,
le chef du groupe parlementaire du Hamas, majoritaire au
Conseil Législatif Palestinien (CLP, Parlement), Khalil
Al-Hiyya, a évoqué un « coup contre la démocratie, visant à
éliminer le Hamas de la scène politique ». La législature
actuelle doit normalement s’achever à la fin 2010, et la Loi
fondamentale palestinienne ne prévoit pas d’élections
anticipées.
Le Hamas
estime que ce vide juridique ne permet pas un retour anticipé
aux urnes, tandis que l’entourage de M. Abbass pense le
contraire, puisqu’il ne l’interdit pas formellement. Ce qui
augure d’une nouvelle bataille entre le Fatah et le Hamas à ce
sujet. Or, si le Hamas s’apprête à mener une bataille contre
les élections anticipées, il doit se battre aussi sur le front
intérieur, vu le chaos sécuritaire sur le terrain et le
mécontentement populaire de plus en plus croissant. Des hommes
armés non identifiés ont ouvert le feu, dimanche après-midi,
sur le convoi du ministre de l’Intérieur Saïd Siyam, sans
faire de blessés. Le porte-parole du ministre, Khaled
Abou-Hilal, a tenté de balayer l’incident, en soulignant que
le ministre n’était pas spécifiquement visé. Outre cet
incident, des dizaines de policiers palestiniens ont pris
d’assaut le siège du Parlement à Gaza, ce samedi. Ils
réclamaient à nouveau le versement de leurs salaires impayés
depuis mars dernier. Ces heurts ont fait au moins 2 blessés.
Depuis son arrivée au pouvoir il y a dix mois, le Hamas,
étranglé par le gel de l’aide internationale, ne verse que
partiellement les salaires de 165 000 fonctionnaires.
Néanmoins, ces
manifestations sont contrées par d’autres qui sont, cette
fois-ci, pro-Hamas. Des dizaines de milliers de partisans du
Hamas ont défilé dans la bande de Gaza pour exiger que le
premier ministre Ismaïl Haniyeh, actuellement en visite en
Iran, reste à la tête du futur gouvernement palestinien.
Face à cet
état des lieux, il est difficile de prévoir l’issue d’un
éventuel scrutin. Si le mécontentement de la population est
grand, le soutien au Hamas l’est aussi. « Il se peut que les
Palestiniens reconfirment leur choix et votent Hamas »,
explique le Dr Eleiwa. Ce sera alors un retour à la case
départ.
Rania Adel