Al-Ahram Hebdo,Littérature | Victoire d’une écriture contemporaine
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 Semaine du 13 au 19 décembre 2006, numéro 640

 

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Littérature

Littérature. Les prix de la Fondation Sawirès pour la littérature égyptienne annoncés la semaine dernière ont le mérite de mettre en avant une écriture jeune et prolifique.

Victoire d’une écriture contemporaine

Avec plus d’assurance et de consécration, le prix de la Fondation Sawirès pour la littérature égyptienne reprend son bout de chemin pour la deuxième année. Unique en son genre, la Fondation consacrée au développement social mise sur la culture, indépendamment des orientations institutionnelles officielles. Ainsi, après une importante sponsorisation du Festival international du film du Caire il y a quelques semaines, et une contribution aux réformes de l’Union des écrivains égyptiens l’an dernier, la Fondation affiche la reconnaissance du rôle de la culture pour faire face aux invasions ascendantes qui visent « la pensée libre et la liberté d’expression ». Est-ce un nouveau mécénat ? Reflète-t-il une volonté d’investir dans le culturel après avoir investi brillamment et avec un succès solennel dans le business ? Quelles que soient les intentions, le résultat, c’est-à-dire tout ce qui a rapport à l’organisation du prix est satisfaisant. Partant de la présence d’éminents noms dans le conseil des curateurs tels que le grand écrivain et éditorialiste d’Al-Ahram Salama Ahmad Salama (qui a distribué les prix), le critique et président du Conseil suprême de la culture Gaber Asfour, sans oublier le chercheur Mohamad Al-Sayed Saïd ou le médecin Mohamad Aboul-Ghar, activiste dans le mouvement du 9 mars pour l’indépendance de l’université égyptienne.

S’ajoute à cette toile de fond un jury compétent que ce soit dans le comité du Prix des grands noms ou dans celui du Prix des jeunes. On ne peut nier l’extrême justesse d’avoir décerné le Prix du roman (100 000 L.E., environ 15 000 euros) à Mohamad Al-Mansi Qandil pour Qamar ala Samarcande ou lune sur Samarcande (éd. Dar Al-Hilal), et le Prix du recueil de nouvelles à Ibrahim Aslane pour Hikayat min Fadlallah Osmane ou récits de la rue Fadlallah Osmane (éd. Al-Chourouq, voir l’extrait ci-dessus), deux écrivains appartenant à la génération des années soixante, partageant une production à la fois limitée et remarquable et qui continuent tous les deux à renouveler leurs univers et leurs outils.

Quant au Prix des jeunes, il prend encore plus d’importance donnant la chance à quatre jeunes talents d’être consacrés, décernant deux prix au roman et deux à la nouvelle (le premier dans chaque branche est de 30 000 L.E. et le deuxième est de 20 000 L.E.). Car face à une écriture littéraire prolifique depuis les années 1990, la critique a toujours été timide ne pouvant contenir les élans et ambitions des jeunes. Ainsi, le jury des jeunes était-il chargé de faire sa sélection parmi 43 œuvres : 23 nouvelles et 20 romans. Les quatre primés ont reflété néanmoins la variété des écrits, « une écriture romanesque contemporaine qui ne se soucie pas des grandes causes, de victoires et défaites qui caractérisaient l’ancienne génération », explique Moustapha Zikri. Et si patrie et défaites il y a, elles seront les patries du corps, les cassures de l’âme et les défaites du désir, une écriture que nous pourrons appeler l’existentialisme dénué de la fierté de Camus ». Mais surtout une écriture qui cherche à renouveler à chaque fois ses sources et ses techniques. Hamdi Al-Gazzar, premier lauréat du roman pour Sehr aswad (magie noire) recourt à un appareil photo à travers lequel il regarde, visionne et focalise passivement le monde. Un appareil passion qui paradoxalement met en relief toutes les failles du réel au lieu de l’embellir, et rejoint l’obsession d’un amour dévastateur à une jeune femme plus âgée.

Ahmad Al-Aïdi, deuxième prix du roman pour An takoun Abbass Al-Abd (être Abbass Al-Abd, éd. Merit, voir n° 639 de l’Hebdo) plonge dans un univers marginal, une écriture qui puise dans l’argot d’un certain underground égyptien, en le mariant avec un langage accéléré, amputé, humoristique de la messagerie et des courriers électroniques. Mais cela sans oublier des innovations niaises car la structure du roman reflète une maîtrise contrôlée et une réflexion philosophique sur les doubles de l’être dans le labyrinthe du high -tec. Le monde marginal est également manifeste chez Waël Achri, 2e lauréat de la nouvelle pour Saam New York (le spleen de New York, éd. Charqiyat) qui dépeint la vie dans l’exil américain où le devenir des exilés s’enchevêtre avec celui des marginaux de la grande ville. Tandis que Moustapha Zikri, 1er lauréat de la nouvelle pour son recueil Meraat 202 (miroir 202, éd. Merit), s’écarte du trop marginal qui l’avait caractérisé dans ses premiers romans, comme Horaa mataha qoutiya, pour épuiser les possibilités esthétiques du texte. Sur une technique de miroitement, de reflets qui orchestre ses nouvelles, Zikri joue sur cet espace tierce qui se crée entre la chose et son double. Que ce soit au niveau descriptif, de l’existence des objets, ou au niveau des idées et des non-dits des personnages.

Dina Kabil

 

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