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 Semaine du 13 au 19 décembre 2006, numéro 640

 

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Littérature

Littérature. Ibrahim Aslane vient de recevoir pour ses Récits de la rue Fadlallah Osmane (Merit, 2003) le Prix Sawirès. Comme la plupart de ses écrits, ces textes courts sont situés dans le quartier populaire d’Imbaba. Ils ont cependant atteint une maturité nouvelle, où la sérénité côtoie l’angoisse dans la description d’instants fugitifs, presque impalpables.

Récits de la rue Fadlallah Osmane

Nuit

Il quitte Fadlallah Osmane et s’installe au haut de la rive en pente et allume une cigarette. Il pense à l’eau du fleuve et au non-sens de revenir à la maison, retrouver sa sœur mariée en train de laver ses vêtements alors qu’il rentre dans sa chambre et s’installe sur le canapé trouvant quelque chose ou pas à dire. Sa nièce encore enfant pense qu’elle a des seins comme sa maman et lui demande de les sortir mais il s’en excuse. Il remarque qu’il a atteint la quarantaine. Cela ressemble à l’histoire de l’homme qui s’est endormi pour se réveiller sur des terres étranges. Il éteint sa cigarette et chasse toute idée de son cerveau. C’est une habitude qu’il a et qu’il pratique de temps à autre. Il s’arrête complètement de réfléchir, devient plus léger qu’avant et descend nager dans la sérénité d’un néant total. Mais il ne peut agir ainsi à tout moment sauf s’il peut maîtriser ses yeux. Ils distraient l’homme. De plus, cette fois-ci il devait faire avec le bruit de la machine à laver en fixant ses yeux sur le visage de l’enfant qui riait et courait devant lui alors qu’il aspirait au silence et qu’il pensait qu’il avait réussi à le faire. Dès l’instant où il se dit avoir réussi, il s’aperçoit que son esprit fonctionne encore. Il s’étend et pose ses mains de tout leur long sur les immondices qui se trouvent sur la plage en pente. Il passe par l’entrée et informe sa sœur qu’il reviendra avant qu’elle ne parte chez son mari. Elle lui dit au revoir car elle est sûre qu’il reviendra tard le soir et qu’il ne la verra pas avant qu’elle ne parte. Il sait qu’elle le sait elle aussi. Il dégringole vers l’eau du fleuve. Il fixe ses yeux dans l’obscurité profonde et commence à pratiquer son passe-temps favori.

Silence

J’étais sans doute parti, il y a un moment parce que j’étais debout au bord du fleuve et que je voyais le grand astre jaune suspendu au début du chemin de l’autre côté du pont en fer foncé et que l’asphalte de la longue rue apparaissait plus lisse alors que les feuilles des arbres se coloraient de milliers de tons et que j’étais joyeux,
et fatigué,
et esseulé.

 

Je traversai la grande rue vide pour retrouver la vitrine travaillée et le voir en face de moi avec ses vêtements de nuit et son étrange visage que je connaissais aux yeux tristes. J’allongeai la main et la posai sous ses aisselles pour l’aider. Je le voyais à travers la vitre obscure relevant les bras pour se mettre à mon niveau. Il se laissa ensuite tomber lentement, reposa son dos et allongea les jambes. Il riait sarcastiquement avant de mourir dans la lumière tamisée du jour qui transportait la vapeur de sur la face du fleuve pour la faire remonter au-dessus de la bordure du fleuve. Elle traversa la route et monta au-dessus du trottoir et des murs pour m’engloutir alors que j’ouvrai une petite fenêtre et que j’étais assis perdu, le voyant étendu là-bas drapé dans les vêtements de la mort tandis que quelques personnes échangeaient des propos sur lui sans qu’aucun son de voix ne me parvint.

Traduction de Soheir Fahmi

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Ibrahim Aslane

Né en 1935 à Tanta, Ibrahim Aslane a grandi au Caire, principalement à Imbaba. Après ses études primaires, il continue son apprentissage en autodidacte, lisant le Coran et les Mille et une nuits et s’intéressant à la poésie (Amal Donqol) et à la littérature arabe et traduite. Ayant travaillé à une époque à la poste, il est actuellement responsable des pages Culture du quotidien Al-Hayat. Il publie son premier recueil de nouvelles, Bohayret al-massaa (le lac du crépuscule), en 1972. Son premier roman, Malek al-hazine (le héron, 1983), adapté au cinéma par Daoud Abdel-Sayed sous le titre Al-Kit Kat, peut être considéré comme une remémoration par l’écriture d’un âge d’or du quartier populaire d’Imbaba. Il publie ensuite un autre recueil de nouvelles, Youssef wal ridaa, (1987), et puis Wardiyet leil (équipe de nuit, 1992) traduit en français, entre le roman et le recueil de nouvelles, situé dans l’univers de travail des postiers. Assafir Al-Nil (les oiseaux du Nil, 1999), son deuxième vrai roman, place la quête de la mémoire collective entre le village d’origine, l’attachement au Nil et les racines familiales. Il a également publié deux autres œuvres : la première est un recueil de nouvelles, Hikayat min Fadlallah Osmane (récit de la rue Fadlallah Osmane, 2003), la seconde rassemble une série d’articles Kholwet al-ghalbane (misérables méditations, 2003).

 

 

 




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