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Littérature.
Ibrahim Aslane
vient de recevoir pour ses Récits de la rue Fadlallah Osmane (Merit,
2003) le Prix Sawirès. Comme la plupart de ses écrits, ces
textes courts sont situés dans le quartier populaire d’Imbaba.
Ils ont cependant atteint une maturité nouvelle, où la
sérénité côtoie l’angoisse dans la description d’instants
fugitifs, presque impalpables.
Récits de la rue Fadlallah Osmane
Nuit
Il quitte Fadlallah Osmane et s’installe au haut de la rive en
pente et allume une cigarette. Il pense à l’eau du fleuve et
au non-sens de revenir à la maison, retrouver sa sœur mariée
en train de laver ses vêtements alors qu’il rentre dans sa
chambre et s’installe sur le canapé trouvant quelque chose ou
pas à dire. Sa nièce encore enfant pense qu’elle a des seins
comme sa maman et lui demande de les sortir mais il s’en
excuse. Il remarque qu’il a atteint la quarantaine. Cela
ressemble à l’histoire de l’homme qui s’est endormi pour se
réveiller sur des terres étranges. Il éteint sa cigarette et
chasse toute idée de son cerveau. C’est une habitude qu’il a
et qu’il pratique de temps à autre. Il s’arrête complètement
de réfléchir, devient plus léger qu’avant et descend nager
dans la sérénité d’un néant total. Mais il ne peut agir ainsi
à tout moment sauf s’il peut maîtriser ses yeux. Ils
distraient l’homme. De plus, cette fois-ci il devait faire
avec le bruit de la machine à laver en fixant ses yeux sur le
visage de l’enfant qui riait et courait devant lui alors qu’il
aspirait au silence et qu’il pensait qu’il avait réussi à le
faire. Dès l’instant où il se dit avoir réussi, il s’aperçoit
que son esprit fonctionne encore. Il s’étend et pose ses mains
de tout leur long sur les immondices qui se trouvent sur la
plage en pente. Il passe par l’entrée et informe sa sœur qu’il
reviendra avant qu’elle ne parte chez son mari. Elle lui dit
au revoir car elle est sûre qu’il reviendra tard le soir et
qu’il ne la verra pas avant qu’elle ne parte. Il sait qu’elle
le sait elle aussi. Il dégringole vers l’eau du fleuve. Il
fixe ses yeux dans l’obscurité profonde et commence à
pratiquer son passe-temps favori.
Silence
J’étais sans doute parti, il y a un moment parce que j’étais
debout au bord du fleuve et que je voyais le grand astre jaune
suspendu au début du chemin de l’autre côté du pont en fer
foncé et que l’asphalte de la longue rue apparaissait plus
lisse alors que les feuilles des arbres se coloraient de
milliers de tons et que j’étais joyeux,
et fatigué,
et esseulé.
Je traversai la grande rue vide pour retrouver la vitrine
travaillée et le voir en face de moi avec ses vêtements de
nuit et son étrange visage que je connaissais aux yeux
tristes. J’allongeai la main et la posai sous ses aisselles
pour l’aider. Je le voyais à travers la vitre obscure relevant
les bras pour se mettre à mon niveau. Il se laissa ensuite
tomber lentement, reposa son dos et allongea les jambes. Il
riait sarcastiquement avant de mourir dans la lumière tamisée
du jour qui transportait la vapeur de sur la face du fleuve
pour la faire remonter au-dessus de la bordure du fleuve. Elle
traversa la route et monta au-dessus du trottoir et des murs
pour m’engloutir alors que j’ouvrai une petite fenêtre et que
j’étais assis perdu, le voyant étendu là-bas drapé dans les
vêtements de la mort tandis que quelques personnes
échangeaient des propos sur lui sans qu’aucun son de voix ne
me parvint.
Traduction
de Soheir Fahmi
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Ibrahim Aslane
Né en 1935 à Tanta, Ibrahim Aslane a grandi au Caire,
principalement à Imbaba. Après ses études primaires, il
continue son apprentissage en autodidacte, lisant le Coran et
les Mille et une nuits et s’intéressant à la poésie (Amal
Donqol) et à la littérature arabe et traduite. Ayant travaillé
à une époque à la poste, il est actuellement responsable des
pages Culture du quotidien Al-Hayat. Il publie son premier
recueil de nouvelles, Bohayret al-massaa (le lac du
crépuscule), en 1972. Son premier roman, Malek al-hazine (le
héron, 1983), adapté au cinéma par Daoud Abdel-Sayed sous le
titre Al-Kit Kat, peut être considéré comme une remémoration
par l’écriture d’un âge d’or du quartier populaire d’Imbaba.
Il publie ensuite un autre recueil de nouvelles, Youssef wal
ridaa, (1987), et puis Wardiyet leil (équipe de nuit, 1992)
traduit en français, entre le roman et le recueil de
nouvelles, situé dans l’univers de travail des postiers.
Assafir Al-Nil (les oiseaux du Nil, 1999), son deuxième vrai
roman, place la quête de la mémoire collective entre le
village d’origine, l’attachement au Nil et les racines
familiales. Il a également publié deux autres œuvres : la
première est un recueil de nouvelles, Hikayat min Fadlallah
Osmane (récit de la rue Fadlallah Osmane, 2003), la seconde
rassemble une série d’articles Kholwet al-ghalbane (misérables
méditations, 2003).
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