Nœud gordien
Rien ne va
plus dans la région : en Iraq, au Liban et en Palestine. A
l’escalade répond l’escalade. La presse de cette semaine
analyse largement cette situation.
Beaucoup de
questions dans la presse cette semaine mettent en relief la
situation très grave dans la région : « Bush tiendra-t-il
compte du rapport Baker ? », « Le rapport Baker, véritable
défi pour Bush, ne doit-il pas lui faire changer de cap ? », «
Le tribunal international menace le gouvernement d’union
nationale », « A quand des élections anticipées palestiniennes
? », « Durcissement du conflit entre le gouvernement et
l’opposition au Liban », « Le coup d’Etat de Hassan Nasrallah
», « C’est un gouvernement non libanais, illégitime », «
Complications des calculs dans la crise libanaise ».
« La situation
est vraiment dangereuse en Iraq, et si les choses ne bougent
pas, alors la vague des positions politiques se poursuivra en
faisant noyer le pays dans le cercle de la guerre civile »,
avertit Al-Ahram.
« Le rapport
Baker exige une séparation entre l’illusion et la réalité »,
rapporte de son côté Bilal Al-Hassan dans Al-Hayat. Mais
Moustapha Zein répond à cela en écrivant dans le même organe
que « le rapport Baker ne remettra pas sur pied un Iraq
déchiré ». « Aux partisans de Bush, cessez d’être des
charlatans », titre en couverture le magazine hebdomadaire
Al-Mawkif Al-Arabi.
Pour sa part,
Salah Ibrahim parle, dans le quotidien d’opposition Al-Wafd,
d’« entente nationale comme porte de sortie possible pour la
crise actuelle en Iraq ». Il appelle tous les Iraqiens à
prendre en charge leur destin, et après eux toute la nation
arabe. « Après avoir reconnu leur échec en Iraq, il est
important de savoir quelles seront les grandes lignes de la
nouvelle politique américaine au Moyen-Orient », précise Ragab
Al-Banna dans Octobar.
Il semble que
le lien est indéniable entre le Liban et l’Iraq comme
l’avancent certains écrivains. En effet dans Al-Hayat,
l’écrivain libanais Adel Malek pense que le point commun entre
le Liban et l’Iraq est le même : la Syrie et l’Iran pour
sortir des crises. C’est la raison pour laquelle Malek parle
de « fantôme des guerres civiles et de l’extrémisme
confessionnel entre le Liban iraqien et l’Iraq libanais ».
« Comment
comprendre ce qui se passe au Liban ? », s’interroge le
politologue Hassan Nafea dans le quotidien indépendant
Al-Masri Al-Yom. Nafea estime que rien ne peut se comprendre
au Liban loin des plans américains et il ajoute : « Le conflit
entre Siniora et le Hezbollah n’est qu’une répétition du
prochain conflit dans la région entre les extrémistes conduits
par la Syrie, l’Iran, et bien évidement Israël ».
« Le Hezbollah
pousse le Liban à l’anarchie », écrit Mahmoud Al-Tohami dans
le quotidien Rose Al-Youssef.
Dans le
journal libanais L’Orient Le Jour, l’éditorial de Issa Goraieb,
intitulé « Le courage de la raison » a jugé « très graves les
accusations des deux parties », car « ce sont des accusations
de la plus grande gravité que le leader du Hezbollah, dans son
discours télévisé aux manifestants, a lancées contre le chef
du gouvernement et ses collaborateurs », souligne Goraieb. Sur
un ton très alarmant, Goraieb décrit l’actuelle situation
comme « une véritable stratégie du chaos : chaos
socio-économique engendré par la paralysie des affaires, du
commerce et de l’industrie, et, pire encore, chaos sécuritaire
pouvant résulter des objectifs nouveaux assignés aux
manifestants comme de l’échauffement graduel des esprits au
niveau populaire ».
Plus
optimiste, le chroniqueur Waël Al-Ebrachi définit, dans
l’hebdomadaire Sawt Al-Omma, la rue libanaise de « très joli
tableau exprimant la démocratie et la liberté, reflétant un
véritable pluralisme politique ». Dans le même contexte, Ahmad
Hammad, dans l’hebdomadaire nassérien Al-Arabi, écrit : «
L’écart de propositions se situant à la limite d’un accord
libanais, entre les exigences de l’opposition et les
propositions du gouvernement n’est pas si grand qu’elles
peuvent provoquer une guerre civile où tout le monde sera
perdant ». « Méfions-nous », avertit Hammad, car « si les feux
confessionnels s’enflamment au Liban, après l’Iraq, alors
personne ne pourra arrêter son extension dans d’autres pays
arabes ».
En ce qui
concerne la Palestine, il semble que « la naissance d’un
gouvernement d’union nationale se fera au forceps », écrit
l’éditorialiste Abdel-Aal Al-Baqouri dans le magazine
hebdomadaire Al-Mawkif Al-Arabi. Al-Baqouri explique que oui
le Hamas et le Fatah, mouvements les plus populaires, sont les
principaux protagonistes d’un gouvernement d’union nationale,
mais « qu’en est-il d’une troisième alternative composée
d’autres forces et factions, ayant aussi une influence
populaire et un poids dans la décision palestinienne ? ».
L’éditorial du quotidien saoudien Al-Charq Al-Awsat appelle :
« Le Hamas et le Fatah à penser davantage à l’unité et
l’intérêt des Palestiniens qu’aux gains politiques » .
Hoda Ghali