Al-Ahram Hebdo, Idées |
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 

 Semaine du 13 au 19 décembre 2006, numéro 640

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Kiosque

  Société

  Arts

  Idées

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Loisirs

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Idées

Célébrations. L’Université américaine du Caire a célébré  le premier anniversaire de Naguib Mahfouz après sa mort. Conférence de la Nobel sud-africaine Nadine Gordimer qui a évoqué le rôle de témoin de l’écrivain à un moment d’apocalypse et la proclamation du Prix Mahfouz pour la littérature. De son côté, Mona Latif-Ghattas souligne la réception de Mahfouz au Canada.

L’écrivain comme témoin

Lors de sa conférence à l’Université américaine du Caire (AUC) à l’occasion de la célébration de l’anniversaire de l’écrivain égyptien Naguib Mahfouz, la romancière, nouvelliste, critique, éditeur, prix Nobel de littérature 1991 a évoqué le monde d’aujourd’hui sous des couleurs très sombres. L’écrivaine, connue pour s’être engagée contre le système d’apartheid dans son pays alors qu’elle faisait partie de la communauté anglophone privilégiée, n’a pas manqué de faire un diagnostic bien négatif du XXe siècle et du début du XXIe. L’horreur est le mot qu’elle choisit, en se référant à des paroles prophétiques du poète William Plomer : « L’horreur était écrite sur le soleil ». En fait, elle situe tout d’abord les bombardements nucléaires américains sur Hiroshima et Nagazaki comme les drames d’une « guerre passée ». De cette apocalypse, cette terreur des temps modernes, elle est passée à notre époque. 2006 vient dans le sillage d’événements où le terrorisme semble dicter son mot. Le 11 septembre 2001 et la destruction des tours jumelles de New York, les bombardements de Madrid, puis de Londres, les morts en Afghanistan, au Rwanda, au Darfour, au Sri Lanka. Une liste qui n’est pas exhaustive comme elle le précise et surtout qui est loin d’être terminée.

A cet égard, l’auteure dont l’œuvre est qualifiée de « douloureuse page d’Histoire » en relation avec l’apartheid et qui a su renouveler profondément sa vision et l’adapter à la nouvelle situation de l’Afrique du Sud, sans continuer à puiser son inspiration dans une période passée, a voulu s’interroger sur le rôle de la littérature face à l’état de choses actuel. Il s’agit pour elle, au départ, de témoigner. Un terme qui n’est pas des plus faciles en se référant aux dictionnaires de langue anglaise et sans doute à tous les autres. La notion s’élabore selon l’immédiateté. A l’heure des médias modernes qui peuvent témoigner d’un événement en direct, l’image se suffit d’elle-même. On n’a pas besoin de paroles, voire dit-elle, « aucun mot n’est possible » face à la catastrophe qu’on a visualisée. Ensuite vient le tour du journalisme : des descriptions plus élaborées, même à la télévision, on est obligé de passer aux analyses de la « catastrophe » selon les points de vues politiques et sociologiques, fondés sur des schémas idéologiques, nationaux et même populistes et religieux.

Là, Gordimer se place, pour une perspective d’exemple concret, dans le plan devenu classique en Occident : « Le terrorisme islamique (...) des actes qui sont le témoignage d’une croyance que l’arrogance du dictionnaire ne reconnaît pas, la foi en l’islam, par la mort et le martyre ». Et d’évoquer à cet égard les menaces contre Salman Rushdie et l’attentat contre Mahfouz, pour citer, dans ce contexte, les paroles de Harold Pinter, Prix Nobel 2005 : « La vie d’un écrivain est hautement vulnérable (...) Vous ne trouvez ni refuge, ni protection, à moins de mentir ». Et Gordimer de relever que Mahfouz n’a jamais choisi de mentir.

La série des auteurs-témoins refusant toute duplicité ou jeu politicien est longue. Gordimer nous les présente avec des passages choisis très éloquents. Mais la question reste pour elle : à quel point l’auteur-témoin doit être impliqué dans l’événement ? Si dans le terrorisme, il n’y a pas d’autre choix que d’être contre, dans d’autres événements comme « les guerres, les soulèvements sociaux, comme tout le monde, l’auteur peut choisir d’être un protagoniste ». Situation difficile, mais ce sont surtout de ces écrivains qu’on attend les témoignages. Des exemples : Camus et les autres écrivains français torturés pendant la résistance, Primo Levi et l’Holocauste et bien avant, puisque l’horreur ne date pas d’hier, Dostoeivesky et ses Souvenirs de la maison des morts. Gordimer évoque cependant la possible absence de liberté pour l’écrivain qui témoigne pour lui-même. Afin de l’expliciter, elle a eu recours à Mahfouz dans A la recherche de Zaabalawi. Le saint cheikh à chaque fois rate la personne qui a la réponse sur des choses personnelles, politiques, religieuses, le témoignage interne. Introuvable est Zaabalawi, mais le quêteur dit : « Oui, je dois trouver Zaabalawi ».

Témoigner sans se départir de l’esthétique et trouver ceci en l’intérieur de nous. Une voie pour les écrivains face à un monde sous le signe de l’horreur .

Ahmed Loutfi

Retour au sommaire

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah - Chourouq Chimy
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.