Al-Ahram Hebdo, Idées | La culture, passerelle obligée
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 Semaine du 13 au 19 décembre 2006, numéro 640

 

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Idées

Colloque. A Espoo, deuxième ville de Finlande, s’est tenu du 30 novembre au 2 décembre le forum Culture et Religion, placé sous le signe de la diversité. Où il fut question de justice, de paix et de globalisation.

La culture, passerelle obligée

Espoo (Finlande),
De notre envoyée spéciale —

Il y a environ un an de cela, l’affaire des caricatures danoises faisait des ravages. Le climat, déjà délétère des relations entre l’Occident et l’islam, accentue la valeur de la culture en tant que facteur d’intégration sociale. C’est elle seule qui, en unissant la diversité, offrira une vraie conscience européenne, répète-t-on à tout bout de champ au sein d’une Union européenne qui ne cesse d’élargir ses frontières extérieures.

Cela fait un bon moment également que les dialogues interreligieux constituent un thème en vogue. Les gens qui l’abordent et les livres qui en parlent se multiplient. Les conférences qui en traitent attirent des auditoires, sans pour autant parvenir à calmer les esprits. C’est un peu dans ce cadre qu’intervient le Forum Culture et Religion, qui s’est achevé le 2 décembre en Finlande, le pays qui tient en ce moment la présidence de l’Union Européenne (UE). Il est aussi un pays du nord où la liberté du culte est totale depuis 1923 et où l’Eglise luthérienne représente une forme relativement sécularisée du christianisme, cherchant à s’adapter à une nouvelle situation culturelle postmoderne.

Ainsi, Seppo Koistinen, directeur exécutif de l’Union de la culture chrétienne, a introduit le forum de manière simple et directe : « On espère encourager les preneurs de décision afin de prendre des mesures concrètes visant à améliorer la qualité de vie des immigrants ». Bien que la communauté étrangère ne constitue que 2 % de l’ensemble de la population finlandaise, on a quand même tenté de saisir la complexité du facteur culturel et religieux et de se placer dans une logique globale. Pour ce faire, les organisateurs ont dû faire appel à des spécialistes de tous bords : Tariq Ramadan, la star de l’islam européen, Mohamad Habach, le seul député syrien affilié aux Frères musulmans, Tarmo Kunnas, le philologue finlandais, Amien Rais, le politicien et leader islamique indonésien, Mohamed Saïd Bahmanpour, le savant chiite iranien, etc. La liste des intervenants était longue, de quoi avoir donné une certaine ampleur à ces trois jours de débats, avec comme mot d’ordre : réconciliation et cohabitation au quotidien.

Progressivement, le duo « culture et religion » a fait place à la corrélation « justice et paix ». La Marocaine Rajaa Naji Mekkaoui, la seule femme à avoir animé la causerie religieuse du Ramadan au palais royal de Rabat, l’a fait remarquer : « Il y a une permanente interdépendance entre paix et justice. Lorsqu’un individu est atteint dans sa dignité, cela le pousse à la violence ». Cela rejoint en quelque sorte le débat du premier jour sur l’économie de marché et les religions. L’un des plus concrets d’ailleurs, où l’économiste anglais Tony Addy a exprimé l’impact de l’économie globale sur la fragmentation et la dislocation des identités. « Pour contrer cette dislocation, des groupements à base culturelle et religieuse se créent pour se retrouver, se faire une place à l’ombre de la logique d’une économie de consommation », précise Addy. Tariq Ramadan, pour sa part, a salué le fait de commencer à parler économie : « J’ai été souvent convié afin de parler d’identité. Mais c’est un bon début d’aborder l’économie globale car elle influence tout le reste, avec notamment l’existence d’intérêts conflictuels. Il faut la lier aux champs de la culture et de la communication globales ». Si l’économie globale impose son éthique et bouleverse les valeurs morales, cet état des lieux peut constituer un terrain d’entente entre les religions, une lutte commune.

Pour ne pas rester dans l’abstrait, les organisateurs ont prévu une série d’activités culturelles en parallèle : projections de films comme Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, tenue d’expositions comme celle de l’Iranienne Shirin Neshat (voir article à la page Arts 27) et des concerts très métissés.

Espoo, la deuxième ville de Finlande dont le centre est distant de seulement 15 km du centre de la capitale Helsinki, s’est transformée alors en un site multiculturel du jour au lendemain. Le soir et parfois entre les sessions, les conférenciers étaient invités à assister à une danse thaïlandaise ou à écouter le Syrien Borhan Saadoune chanter Oum Kalsoum et le luthiste égyptien Alaeddine Abbass jouer son jazz oriental. Des immigrés qui chantent chacun dans sa langue, mais aussi Kiai Kanjeng, un groupe de 15 musiciens venus spécialement d’Indonésie, mêlant instruments typiques et mélodies universelles, profane et mystique. L’Indonésie comporte une soixantaine d’ethnies et les musiciens ont l’habitude de la diversité. D’ailleurs, ils étaient moins sur la défensive que certains interlocuteurs. Et n’avaient pas besoin comme d’aucuns de recourir perpétuellement à des versets coraniques affirmant que l’islam est une religion tolérante à l’égard des autres confessions. Car souvent, le dialogue se muait en plaidoirie et la culture était mise à l’écart. Encore, de part et d’autre, on n’arrive pas tout à fait à se tenir à l’angle culturel et à élaborer sa richesse et sa complexité, au-delà de l’islamophobie et de l’américanophobie. N’empêche que c’était une belle occasion pour les prises de contact et l’échange des cartes de visite.

Dalia Chams

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