Initiative.
En moins d’un an, deux usines de recyclage de la paille de riz
ont ouvert leurs portes. Leurs objectifs : en finir avec
l’incinération en plein air et le smog qu’elle provoque.
Reportage.
Recettes du riz cantonné
Tous
les jours à la même heure, à midi précisément, un grand nombre
de camions sont garés. Ils font la queue, pare-chocs contre
pare-chocs. Ensuite, ils entrent par le grand portail en fer
d’une usine où se trouve un écriteau signalant l’usine de
Khattara, dans le gouvernorat de Charqiya, un des gouvernorats
les plus renommés en termes de culture de riz. Cette usine
recycle la paille de riz en la transformant en engrais
organique. En fait, c’est la première entreprise du genre qui
a vu le jour en 2005, dans une tentative de résoudre ce mal
devenu chronique. Les deux usines de Khattara et Korein
dépendent de l’Organisme arabe pour l’industrialisation.
Chaque camion passe, à tour de rôle, sur la balance pour peser
la quantité de paille qu’il transporte. « Chaque jour, de bon
matin, on fait le tour des villages pour ramasser les
quantités de paille de riz que les villageois nous accumulent.
Femmes, hommes, jeunes et âgés composent de petits amas, les
uns à côté des autres, tout le long des rues des différents
villages et notre tâche est de transporter la paille à l’usine
de Khattara ou bien à celle de Korein, située à quelque 700
mètres de celle-là », note le chauffeur d’un camion plein de
paille qui suit la queue.
Situées à 95
km du Caire, les usines de Khattara et de Korein ont été
construites sur l’autoroute Belbeis-Charqiya, avec un coût de
25 millions de L.E. Le but en est de recycler la paille de riz
en la transformant en engrais organique au lieu de la brûler
en plein air. Le ministère de l’Environnement, en coopération
avec le ministère de l’Agriculture, le Centre des recherches
agricoles et l’Organisme arabe pour l’industrialisation, ont
donc voulu prendre les devants et faire d’une pierre deux
coups : régler le problème du smog qui empêche les Cairotes de
bien respirer chaque automne, depuis huit ans maintenant, mais
aussi et surtout fournir des chances d’emploi aux jeunes.
Pour exécuter
ce projet, les responsables ont consacré une superficie de 60
000 feddans pour construire les deux usines (25 000 feddans
pour celle de Khattara, inaugurée à la fin de 2005, et 35 000
feddans pour celle de Korein, inaugurée en septembre dernier,
c’est-à-dire au début de la récolte). « On a dû commencer par
le gouvernorat de Charqiya, qui abrite 20 % de la superficie
cultivée en riz en Egypte », déclare le responsable de
l’environnent au sein de l’usine. Il a également ajouté, qu’il
existe 12 autres usines dépendant du secteur privé en Egypte
mais dont la production ne dépasse pas, pour chacune, les 50
000 tonnes par an.
Des lois
non respectées
A
vrai dire, les responsables n’arrivaient pas à régler le
problème du smog car les villageois, en général, ne
respectaient pas les lois et élargissaient davantage les
terrains cultivés en riz. En fait, les normes exigent que les
onze gouvernorats producteurs de riz, dont Guiza, Qalioubiya,
Fayoum, Charqiya, entre autres, aient le droit de cultiver une
surface d’un million de feddans par an, « mais en vérité, ils
ont dépassé cette surface de 700 000 feddans. Et par
conséquent, la quantité de paille de riz s’est élevée à 3
millions et demi de tonnes par an. Ce qui fait que les
villageois se trouvent obligés de l’incinérer car l’offre
dépasse de loin la demande. Tout cela conduit à une élévation
des taux de polluants de l’air et donc, à l’apparition du
nuage de fumée », conclut-il.
Sans doute, ce
genre de projets peut réaliser des objectifs de développement
à long terme, et tirer un meilleur profit de la paille de riz.
Cela, va, bien sûr, réduire la pollution de l’air, améliorer
l’environnement, augmenter la fertilité du sol et améliorer
les revenus des agriculteurs.
« Quand le
villageois prépare et accumule son produit en paille et les
camions passent pour le ramasser, on lui offre une récompense
de 40 L.E. par feddan. Tandis que celui qui se rend lui-même
ou quelqu’un de sa famille à l’usine en transportant la
paille, peut toucher le double, c’est-à-dire 80 L.E. », note
un agriculteur qui travaille aujourd’hui à l’usine Khattara.
Ce dernier est très satisfait de ce projet car pour lui, il
est très rentable. Il a, en plus, commencé à apprendre comment
utiliser une technologie avancée. A l’aide d’une machine
moderne, Am Mohamad s’est habitué à compresser 50 % de la
paille avec 50 % de la fiente globuleuse de certains animaux.
Ensuite, Am Zeinhom fait des amas de ce genre de qualité
compressée s’élevant à 4,30 mètres de largeur et 2 mètres et
demi de hauteur. Après, vient le rôle de Harbi, l’ouvrier qui
remue le sol à l’aide d’une grande pelle et l’humidifie en
utilisant un arrosoir. Cette opération doit durer 60 jours. Au
début de cette période, on procède ainsi toutes les quinze
minutes, mais à la fin de la période précisée, on le fait tous
les deux jours. Pour éviter de ne pas avoir de caillou, on
utilise des blutoirs modernes qui criblent 100 tonnes
d’engrais par heure, c’est l’avant-dernière étape. Avant
l’emballage, le spécimen doit passer par un laboratoire qui
l’analyse pour être conforme aux normes de l’Organisation
Mondiale de la Santé (OMS) et l’Organisation des Nations-Unies
pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
Quant à
l’embouteillage, on utilise une machine spéciale dont le taux
productif s’élève à 250 sacs par heure et le poids de chacun
ne dépasse pas les 50 kilos. Ainsi, a-t-on réussi à avoir des
engrais naturels sains et pour la terre et pour l’homme.
Sans doute, ce
genre de travail est très dur, il prend aussi énormément de
temps, raison pour laquelle l’usine a besoin d’un nombre élevé
de personnel. Ainsi, ce genre d’usine a contribué à la
résolution du problème du chômage à Charqiya. Aujourd’hui,
l’usine compte 150 ouvriers qui travaillent dans ses locaux.
Alors que 3 000 autres font un boulot en dehors de l’usine :
regroupement de la paille, ravitaillement et transport de
l’engrais naturel aux autres gouvernorats, comme Assouan,
Sinaï ou autres.
« En effet, le
taux productif de l’usine en engrais s’élève à 160 000 tonnes,
tandis que le taux reçu en paille de riz des différents
villages s’élève à 300 000 tonnes par saison de récolte »,
remarque le directeur de l’usine.
Avant
l’inauguration des usines, et à l’instar d’autres villages
d’Egypte, Khattara et Korein, n’ayant pas d’autre alternative,
incinéraient la paille de riz. « Nous ne savions pas quoi
faire avec la paille. Nous voulions absolument nous en
débarrasser par n’importe quel moyen et le plus tôt possible
afin de préparer la terre à la nouvelle culture », déclare un
des villageois qui s’adresse à l’usine pour transporter sa
production en paille.
Une
situation normalisée
Aujourd’hui,
les villageois et les agriculteurs ne sont pas obligés de
brûler la paille de riz en cachette, comme autrefois. « Chaque
jour, à la même saison, on était menacé par des sanctions et
des amendes sévères qui varient entre 1 000 et 10 000 L.E.
conformément à la loi sur l’environnement No4/1994 », indique
un paysan. Alors qu’un autre ajoute que dans tous les cas, ils
étaient menacés. « Si on brûlait, on était sanctionné et si on
ne brûlait pas, on perdait beaucoup », dit-il, en confiant
qu’il a payé une grosse amende il y a trois ans. Aujourd’hui,
il travaille à l’usine de Khattara.
Chaque
villageois a aujourd’hui le droit de vendre sa production en
paille et de toucher une belle somme d’argent tout en
conservant l’environnement.
Vu le grand
succès réalisé par les usines de Khattara et de Korein, les
responsables tentent de généraliser l’initiative dans tous les
gouvernorats cultivant le riz. Grâce à une usine pareille, il
est possible de transformer la paille en engrais, en fourrage
pour le bétail, en carton ou même en bois.
Selon un
responsable au ministère de l’Environnement, qui surveille les
travaux, le nombre des usines de recyclage de paille va
augmenter durant la prochaine période. « Nous avons commencé à
construire deux usines à Ménoufiya, et deux autres à Daqahliya
», assure-t-il.
Il est vrai
que la réduction de la pollution de l’air est un objectif
important, mais le recyclage en lui-même est un objectif qui
n’en est pas moins important. Reste à savoir quand l’Egypte
arrivera à recycler toutes les quantités de paille produites !
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Manar
Attiya