Bourse .
Des chrétiens, séduits par l’essor de la Banque islamique
Faisal, se sont vus obligés de rendre les actions qu’ils
venaient d’acheter. Une première.
Ma religion, mon titre
Tout
a commencé le 20 novembre dernier, lorsqu’une série d’achats a
été effectuée, concernant 2 750 actions en dollars de la
banque islamique Faisal. Trois jours plus tard, une partie de
ces actions sont annulées par le département de surveillance
des échanges, dépendante de la Bourse. Au total, sur trois
semaines, 47 transactions d’achats sur cette action ont été
annulées. Elles appartenaient toutes à des investisseurs
chrétiens. L’administration de la Bourse a interprété
l’annulation par le fait que l’enregistrement de ces
transactions contredit le règlement de la banque Faisal, qui
limite l’achat de ses actions aux « actionnaires musulmans
pratiquants ». Magued Chawqi, président de la Bourse
égyptienne, se défend cependant : « La Bourse égyptienne est
obligée de respecter le règlement des sociétés cotées en
Bourse, même si ces règlements contredisent les règles
d’enregistrement de la Bourse, car d’après la loi, chaque
société est libre de choisir les règles qui lui conviennent en
matière de propriété ». Et d’ajouter que l’affaire sort du
domaine du droit du citoyen. Puisque, pareillement, il existe
des sociétés qui interdisent la possession de leurs actions
par des étrangers, à l’instar de Ciment Sinaï, la Banque de
développement des exportations et la Société commerciale de
développement des exportations. « Si des actions d’une de ces
sociétés ont été vendues, par erreur, à des étrangers, la
Bourse devrait intervenir pour annuler ces transactions »,
renchérit-il. Il reproche aux sociétés de courtage de violer
cette règle, et les a donc chargées d’assumer le coût de
l’annulation de ces transactions.
« C’est
injuste », s’insurge un PDG d’une société de courtage, qui a
requis l’anonymat. « Cela va peser trop lourd ». Et
d’expliquer que le prix de l’action achetée, à ce moment-là,
était de 7 dollars, mais était passé à 6 dollars quand
l’administration de la Bourse égyptienne a annulé les
transactions. « Nous sommes ainsi obligés de rendre l’argent
aux investisseurs chrétiens et d’assumer cette différence de
prix », déplore-t-il.
Il critique de
plus le système électronique de la Bourse égyptienne, qui n’a
donné aucun signal de refus de cet ordre d’achat à un
investisseur chrétien. Il rappelle également que cette action
existe sur le marché depuis 1999, mais que les échanges ont
stagné jusqu’à la fin de 2005. Raison pour laquelle, selon lui
toujours, plusieurs sociétés de courtage sur le marché ont
oublié les règles organisant l’échange sur cette action.
Mohamad Kamel, analyste technique auprès de la maison de
courtage CIBC, bien qu’il soit contre la discrimination entre
les investisseurs, notamment en matière d’investissement en
Bourse, assure que l’annulation de ces transactions n’a
engendré aucune perte aux investisseurs chrétiens, qui ont
récupéré les sommes qu’ils avaient payées, malgré la baisse du
cours de l’action à 6 dollars quelques jours plus tard.
Un des
investisseurs touchés par l’annulation des transactions à été
interviewé par l’Hebdo. Il appelle à une modification du
règlement de la banque Faisal. D’autant plus que celui-ci va
contre la Constitution égyptienne qui stipule que tous les
citoyens sont égaux devant la loi quelle que soit leur
religion. Pour lui, la banque Faisal n’a rien à craindre si
elle permet aux chrétiens d’acheter ses actions, car ceux-ci
ne peuvent détenir au maximum que 10 % des actions. « Les
règles d’acquisition organisant les échanges en Bourse
interdisent qu’un investisseur détienne une part supérieure à
10 %, sans prévenir la Bourse », explique-t-il.
Abdel-Hamid
Moussa, PDG de la banque islamique Faisal, a refusé, quant à
lui, toute proposition sur une modification éventuelle du
règlement de la banque. « L’essence de notre banque et son
statut sont basés sur ce concept, pourquoi le changer ? ». Il
suggère à nos investisseurs chrétiens d’autres actions
attirantes ... « Il existe d’autres banques sur le marché
égyptien à l’exemple de la banque britannique HSBC qui
présente les mêmes produits islamiques pour tous les clients
».
Dahlia
Réda