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 Semaine du 13 au 19 décembre 2006, numéro 640

 

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Economie

Bourse . Des chrétiens, séduits par l’essor de la Banque islamique Faisal, se sont vus obligés de rendre les actions qu’ils venaient d’acheter. Une première. 

Ma religion, mon titre

Tout a commencé le 20 novembre dernier, lorsqu’une série d’achats a été effectuée, concernant 2 750 actions en dollars de la banque islamique Faisal. Trois jours plus tard, une partie de ces actions sont annulées par le département de surveillance des échanges, dépendante de la Bourse. Au total, sur trois semaines, 47 transactions d’achats sur cette action ont été annulées. Elles appartenaient toutes à des investisseurs chrétiens. L’administration de la Bourse a interprété l’annulation par le fait que l’enregistrement de ces transactions contredit le règlement de la banque Faisal, qui limite l’achat de ses actions aux « actionnaires musulmans pratiquants ». Magued Chawqi, président de la Bourse égyptienne, se défend cependant : « La Bourse égyptienne est obligée de respecter le règlement des sociétés cotées en Bourse, même si ces règlements contredisent les règles d’enregistrement de la Bourse, car d’après la loi, chaque société est libre de choisir les règles qui lui conviennent en matière de propriété ». Et d’ajouter que l’affaire sort du domaine du droit du citoyen. Puisque, pareillement, il existe des sociétés qui interdisent la possession de leurs actions par des étrangers, à l’instar de Ciment Sinaï, la Banque de développement des exportations et la Société commerciale de développement des exportations. « Si des actions d’une de ces sociétés ont été vendues, par erreur, à des étrangers, la Bourse devrait intervenir pour annuler ces transactions », renchérit-il. Il reproche aux sociétés de courtage de violer cette règle, et les a donc chargées d’assumer le coût de l’annulation de ces transactions.

« C’est injuste », s’insurge un PDG d’une société de courtage, qui a requis l’anonymat. « Cela va peser trop lourd ». Et d’expliquer que le prix de l’action achetée, à ce moment-là, était de 7 dollars, mais était passé à 6 dollars quand l’administration de la Bourse égyptienne a annulé les transactions. « Nous sommes ainsi obligés de rendre l’argent aux investisseurs chrétiens et d’assumer cette différence de prix », déplore-t-il.

Il critique de plus le système électronique de la Bourse égyptienne, qui n’a donné aucun signal de refus de cet ordre d’achat à un investisseur chrétien. Il rappelle également que cette action existe sur le marché depuis 1999, mais que les échanges ont stagné jusqu’à la fin de 2005. Raison pour laquelle, selon lui toujours, plusieurs sociétés de courtage sur le marché ont oublié les règles organisant l’échange sur cette action. Mohamad Kamel, analyste technique auprès de la maison de courtage CIBC, bien qu’il soit contre la discrimination entre les investisseurs, notamment en matière d’investissement en Bourse, assure que l’annulation de ces transactions n’a engendré aucune perte aux investisseurs chrétiens, qui ont récupéré les sommes qu’ils avaient payées, malgré la baisse du cours de l’action à 6 dollars quelques jours plus tard.

Un des investisseurs touchés par l’annulation des transactions à été interviewé par l’Hebdo. Il appelle à une modification du règlement de la banque Faisal. D’autant plus que celui-ci va contre la Constitution égyptienne qui stipule que tous les citoyens sont égaux devant la loi quelle que soit leur religion. Pour lui, la banque Faisal n’a rien à craindre si elle permet aux chrétiens d’acheter ses actions, car ceux-ci ne peuvent détenir au maximum que 10 % des actions. « Les règles d’acquisition organisant les échanges en Bourse interdisent qu’un investisseur détienne une part supérieure à 10 %, sans prévenir la Bourse », explique-t-il.

Abdel-Hamid Moussa, PDG de la banque islamique Faisal, a refusé, quant à lui, toute proposition sur une modification éventuelle du règlement de la banque. « L’essence de notre banque et son statut sont basés sur ce concept, pourquoi le changer ? ». Il suggère à nos investisseurs chrétiens d’autres actions attirantes ... « Il existe d’autres banques sur le marché égyptien à l’exemple de la banque britannique HSBC qui présente les mêmes produits islamiques pour tous les clients ».

Dahlia Réda

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