Iran .
Les six grandes puissances chargées du dossier nucléaire se
sont entendues sur un nouveau projet de résolution contre la
République islamique.
Consensus sur le mode de sanctions
Plus de trois
mois après l’expiration de la date butoir — le 31 août — fixée
à l’Iran par la résolution 1696 du Conseil de sécurité pour
suspendre son enrichissement d’uranium sous peine de
sanctions, les six pays chargés du dossier nucléaire iranien
(Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie et
Allemagne) se sont engagés, lundi dernier, dans une nouvelle
série de discussions à l’Onu sur un projet de résolution
visant à sanctionner l’Iran pour son refus de suspendre son
enrichissement d’uranium. Ce nouveau projet, dont les
promoteurs espèrent l’adoption avant Noël, semble avoir enfin
l’aval de Moscou. « Nous voulons un vote avant la fin de
l’année, de préférence avant Noël », a déclaré un diplomate
occidental. Le nouveau texte, très technique, prévoit toujours
des sanctions économiques et commerciales contre l’Iran dans
les domaines liés aux activités d’enrichissement, de
retraitement et celles liées aux réacteurs à eau lourde ou au
développement de systèmes de lancement d’armes nucléaires. Le
texte prévoit également toujours des sanctions individuelles —
interdiction de voyager et gel des avoirs financiers à
l’étranger — contre des Iraniens, personnes physiques ou
morales, associés à ces activités. Une liste de douze
personnes et de onze entités ciblées est annexée à la
résolution. Il s’agit de « responsables opérationnels » des
programmes nucléaires ou balistiques iraniens, selon un
diplomate. Les entités sont des entreprises impliquées dans
ces programmes.
A la demande
de Moscou, le nouveau texte fait une concession en ne
mentionnant plus la centrale nucléaire civile iranienne de
Bouchehr, à laquelle la Russie
coopère. « Ce texte ne s’applique pas, pourtant, à la centrale
de Bouchehr. Il contient également
des changements sur la base des propositions russes, qui
tiennent compte de la nécessité de pousser l’Iran à s’asseoir
à la table des négociations et des tendances qui inquiètent
l’Agence Internationale de l’Energie Atomique », s’est
félicité lundi le ministre russe des Affaires étrangères,
Sergueï Lavrov, tout en saluant cette nouvelle version du
projet qui tient compte des « propositions russes ».
Toujours pour satisfaire à Moscou et à Pékin, les Six ont
demandé, lundi, au directeur de l’AIEA, Mohamad
Al-Baradei, d’élaborer un rapport,
dans les 60 jours à venir, sur la façon dont l’Iran se sera
conformé à la résolution. En cas de rapport positif, il
prévoit la levée des sanctions. Dans le cas contraire, il
prévoit l’adoption de « mesures supplémentaires » à caractère
économique et commercial.
Rice
« optimiste »
Jugeant cette
réunion comme un pas positif sur la voie des sanctions, la
secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza
Rice, s’est déclarée, lundi, «
optimiste » sur l’adoption prochaine d’un projet de résolution
à l’Onu, sanctionnant l’Iran pour son programme nucléaire. «
Ce n’est pas le projet de résolution que nous aurions rédigé,
mais c’est ça, des négociations », a déclaré la chef de la
diplomatie américaine en référence au texte visant à
sanctionner l’Iran pour son refus de suspendre
l’enrichissement d’uranium, présenté lundi au Conseil de
sécurité de l’Onu par la France et la Grande-Bretagne. « C’est
une bonne résolution. C’est une première résolution. Elle est
basée sur le Chapitre VII, ce qui, pour moi, est le principal
», a ajouté Mme Rice, en référence
à cet article de la Charte des
Nations-Unies qui donne au Conseil de sécurité de
larges pouvoirs d’action, y compris militaires, pour traiter
les menaces pour la paix, les infractions à la paix, ou les
actes d’agression.
« Les
Occidentaux ont réussi enfin à se rencontrer à mi-chemin.
Aussi, une résolution concernant des sanctions contre Téhéran
pourrait- elle vraiment être adoptée avant Noël. Mais, ce ne
seraient plus des sanctions sévères comme le désiraient les
Etats-Unis, car la Russie et la Chine ont réussi à obtenir
certaines concessions de la part des Européens, afin de ne pas
porter atteinte grave à leurs intérêts en Iran », estime le Dr
Hicham Ahmad, analyste politique.
Toujours
contre vents et marées, le président iranien, Mahmoud
Ahmadinejad, a prévenu, quelques
heures avant la réunion des Six, que son pays « riposterait à
toute sanction internationale qui lui serait infligée à cause
de son programme nucléaire ». « Compte tenu de votre
insistance à affronter la nation iranienne, nous considérons
un tel geste comme un acte hostile et nous y riposterons », a
dit M. Ahmadinejad, menaçant que
l’Iran révisera son degré de coopération avec l’AIEA s’il est
soumis à des sanctions en raison de son programme nucléaire.
Cette intransigeance iranienne sème pourtant le doute dans le
cœur de certains diplomates qui restent toujours prudents sur
les chances d’aboutir, bientôt, à une solution radicale à ce
dossier épineux qui piétine depuis de longs mois.
Maha
Al-Cherbini