Turquie .
Dépassant leurs divisions, les 25 ministres des Affaires
étrangères européens ont mis au point un accord qui freine
officiellement les négociations d’adhésion du pays à l’UE.
La sanction tombe
Personne
n’y croyait, et pourtant : les 25 ministres européens des
Affaires étrangères sont parvenus à dégager un consensus lundi
soir. L’Union Européenne (UE) s’est entendue in extremis pour
ralentir les négociations d’adhésion à l’UE de la Turquie,
après des semaines d’infructueuses discussions avec Ankara sur
le problème de Chypre. De quoi satisfaire les chefs d’Etat,
qui n’auront pas à se coltiner le sujet ultra-sensible lors du
sommet européen de jeudi et vendredi.
Les 25 ont donc surpassé leurs profondes dissenssions sur la
candidature turque. Toutefois le pari n’était pas gagné.
Beaucoup s’attendaient à voir les ministres buter sur
d’insolubles querelles entre pro et anti-Turcs. Les pays
traditionnellement hostiles à une Turquie européenne
(République de Chypre, Grèce, Autriche, France) jugeaient
ainsi trop légères les recommandations de la Commission.
Celle-ci a préconisé fin novembre dernier de suspendre huit
chapitres, sur les 35 censés mener à l’adhésion de la Turquie
d’ici une dizaine d’années ; la Grande-Bretagne, l’Espagne,
l’Italie, la Suède, l’Estonie ou le Portugal refusaient une
punition trop lourde et plaidaient pour la suspension de trois
chapitres seulement. Finalement, les ministres n’ont penché
pour aucun des deux bords et ont suivi les recommandations de
la Commission. Huit chapites sur 35 seront donc suspendus. Par
ailleurs, aucun nouveau chapitre ne sera ouvert tant que la
Turquie fermera ses ports et aéroports au trafic chypriote
grec. Quant aux capitales les plus sceptiques envers Ankara,
comme Athènes et Nicosie, elles réclamaient que les
négociations avec la Turquie soient soumises à un calendrier
spécial de réévaluation par les pays membres de l’UE. Malgré
l’opposition de la Grande-Bretagne, elles ont obtenu gain de
cause: l’accord prévoit de réévaluer « si nécessaire » les
progrès de la Turquie, tous les ans jusqu’en 2009. Et si
progrès il y a de dégeler les chapitres suspendus « à tout
moment ».
A la dernière minute, Ankara avait suggéré d’ouvrir l’un de
ses grands ports aux navires chypriotes grecs. Trop floue,
inconsistante, l’offre n’a pas été prise en compte lundi.
Pendant que les ministres se réunissaient, le chef de la
diplomatie turque Abdullah Gul a participé au débat.
S’exprimant le même jour dans une tribune de l’International
Herald Tribune, il a mis en garde ses homologues de l’Union
européenne contre « le risque de faire dérailler le processus
» d’adhésion de la Turquie. « La Turquie, qui a enregistré une
croissance cumulée de 35 % au cours des quatre dernières
années, deviendra bientôt la sixième économie européenne », a
fait valoir M. Gul. Reste à savoir comment il accueillera la
décision du bloc européen. Un porte-parole du ministère turc
des Affaires étrangères a estimé lundi soir qu’Ankara devait
d’abord « étudier » la décision avant de réagir. La Turquie
refuse toujours de reconnaître la République de Chypre,
pourtant membre de l’UE, et de lui ouvrir ports et aéroports
comme elle le fait avec le reste des nouveaux membres
(conformément à l’accord d’union douanière signé en 1995). Le
grand pays musulman refuse les concessions à sens unique et
demande à l’Union européenne de mettre fin à l’isolement de la
République turque de Chypre du Nord, uniquement reconnue par
Ankara. Sur ce point, les 25 ont fait un petit geste. Ils ont
reconnu avoir « encore du travail ».
Camille
Sayart