Al-Ahram Hebdo,Monde | La sanction tombe
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 Semaine du 13 au 19 décembre 2006, numéro 640

 

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Turquie . Dépassant leurs divisions, les 25 ministres des Affaires étrangères européens ont mis au point un accord qui freine officiellement les négociations d’adhésion du pays à l’UE.

La sanction tombe

Personne n’y croyait, et pourtant : les 25 ministres européens des Affaires étrangères sont parvenus à dégager un consensus lundi soir. L’Union Européenne (UE) s’est entendue in extremis pour ralentir les négociations d’adhésion à l’UE de la Turquie, après des semaines d’infructueuses discussions avec Ankara sur le problème de Chypre. De quoi satisfaire les chefs d’Etat, qui n’auront pas à se coltiner le sujet ultra-sensible lors du sommet européen de jeudi et vendredi.

Les 25 ont donc surpassé leurs profondes dissenssions sur la candidature turque. Toutefois le pari n’était pas gagné. Beaucoup s’attendaient à voir les ministres buter sur d’insolubles querelles entre pro et anti-Turcs. Les pays traditionnellement hostiles à une Turquie européenne (République de Chypre, Grèce, Autriche, France) jugeaient ainsi trop légères les recommandations de la Commission. Celle-ci a préconisé fin novembre dernier de suspendre huit chapitres, sur les 35 censés mener à l’adhésion de la Turquie d’ici une dizaine d’années ; la Grande-Bretagne, l’Espagne, l’Italie, la Suède, l’Estonie ou le Portugal refusaient une punition trop lourde et plaidaient pour la suspension de trois chapitres seulement. Finalement, les ministres n’ont penché pour aucun des deux bords et ont suivi les recommandations de la Commission. Huit chapites sur 35 seront donc suspendus. Par ailleurs, aucun nouveau chapitre ne sera ouvert tant que la Turquie fermera ses ports et aéroports au trafic chypriote grec. Quant aux capitales les plus sceptiques envers Ankara, comme Athènes et Nicosie, elles réclamaient que les négociations avec la Turquie soient soumises à un calendrier spécial de réévaluation par les pays membres de l’UE. Malgré l’opposition de la Grande-Bretagne, elles ont obtenu gain de cause: l’accord prévoit de réévaluer « si nécessaire » les progrès de la Turquie, tous les ans jusqu’en 2009. Et si progrès il y a de dégeler les chapitres suspendus « à tout moment ».

A la dernière minute, Ankara avait suggéré d’ouvrir l’un de ses grands ports aux navires chypriotes grecs. Trop floue, inconsistante, l’offre n’a pas été prise en compte lundi. Pendant que les ministres se réunissaient, le chef de la diplomatie turque Abdullah Gul a participé au débat. S’exprimant le même jour dans une tribune de l’International Herald Tribune, il a mis en garde ses homologues de l’Union européenne contre « le risque de faire dérailler le processus » d’adhésion de la Turquie. « La Turquie, qui a enregistré une croissance cumulée de 35 % au cours des quatre dernières années, deviendra bientôt la sixième économie européenne », a fait valoir M. Gul. Reste à savoir comment il accueillera la décision du bloc européen. Un porte-parole du ministère turc des Affaires étrangères a estimé lundi soir qu’Ankara devait d’abord « étudier » la décision avant de réagir. La Turquie refuse toujours de reconnaître la République de Chypre, pourtant membre de l’UE, et de lui ouvrir ports et aéroports comme elle le fait avec le reste des nouveaux membres (conformément à l’accord d’union douanière signé en 1995). Le grand pays musulman refuse les concessions à sens unique et demande à l’Union européenne de mettre fin à l’isolement de la République turque de Chypre du Nord, uniquement reconnue par Ankara. Sur ce point, les 25 ont fait un petit geste. Ils ont reconnu avoir « encore du travail ».

Camille Sayart

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