Exposition .
En marge du Forum Culture et religion, qui s’est déroulé
récemment en Finlande, sont exposées les photos et vidéos de
l’Iranienne Shirin Neshat, installée à New York. La femme
voilée est au centre de son œuvre.
Née de la côte d’Adam
Espoo (Finlande),
De notre envoyée spéciale —
Une
belle femme qui parle des autres. C’est Shirin Neshat, la
photographe et vidéaste iranienne de 49 ans, installée aux
Etats-Unis depuis 1974. Son travail, exposé actuellement en
Finlande, embrasse l’ensemble de ses œuvres et ne laisse guère
indifférent. Sous le titre « Le Secret du voile », elle oppose
les sexes féminin et masculin, évoque le statut de subalterne
et ne cherche pas à donner de réponses. Il suffit de révéler
la réalité comme elle la perçoit. D’ailleurs, c’est la raison
pour laquelle l’artiste a choisi de recourir à la
photographie, jugée d’abord comme le meilleur médium afin
d’exprimer son sujet de prédilection : la femme et l’Iran. Ce,
à la suite d’un voyage qu’elle a effectué en 1990 dans son
propre pays, après des années d’absence. L’Iran était devenu
une République islamique et la religion imprègne les divers
aspects de la vie. Il y a d’abord, l’obligation de mettre le
voile, ensuite, le chômage qui touche de manière plus
fréquente les femmes que les hommes et par conséquent, la
fréquence de la prostitution.
L’artiste,
diplômée de Berkeley en 1983, pose un regard lointain sur ces
autres femmes vivant sous couvert du tchador. Elle s’est fait
connaître grâce à ses magnifiques portraits de femmes
recouverts de calligraphies farsi. Mais elle a tourné depuis
1996 quelques vidéos au Maroc et en Turquie, ayant recours à
des artistes iraniens. Souvent, il s’agit d’un face-à-face
homme/femme où cette dernière
attend le verdict de son maître et seigneur. Esthétiquement
beau et sauvage, il y a quelque chose en friche. Le noir et
blanc met en valeur le monde contrasté des femmes et des
hommes. L’idée de la séparation de ces deux mondes est aussi
accentuée par l’usage de deux écrans, deux installations vidéo
projetant les univers parallèles. Dans Rapture, installation
vidéo qui date de 1999 et qui regroupe plus de 250 figurants,
lorsque les hommes s’animent faisant l’éloge du prophète ou
les ablutions, les femmes deviennent silencieuses. Et le
contraire est vrai, lorsque les femmes décident de mettre les
voiles, les hommes les observent au loin depuis leur
forteresse. Emotionnellement, c’est très intense ; en fait,
c’est un discours visuel sur le féminisme et l’islam. Comment
alors se proclamer sans parti pris ? De toute façon, on ne
dévoile pas « le secret du voile », néanmoins, on demeure
sidéré. Les images sont à couper le souffle. La musique,
souvent d’une grande mélancolie.
Influencée par
la sociologue et féministe marocaine Fatima Mernissi, elle
travaille sur les murs d’incompréhension. Un dialogue de
sourds s’établit de part et d’autre, entre hommes et femmes,
Orient et Occident. Autant de représentations erronées et
stéréotypées … Ces dernières années, Shirin Neshat s’est
inspirée de l’œuvre d’une autre femme, à savoir l’écrivaine
iranienne Shahrnush Parsipur, notamment son recueil de
nouvelles Women Without Men (femmes sans hommes), dressant
l’itinéraire de cinq femmes. Mahdokht (2004) et Zarin (2005)
appartiennent à ces dernières. La première vidéo montre une
femme, sans expérience sexuelle, en état de délire. Elle
tricote éternellement des petits pulls jaunes en attendant …
La deuxième vidéo raconte l’histoire de Zarin, la prostituée
squelettique qui supporte mal son corps et les hommes. Les
visages de ceux-ci deviennent hideux, défigurés, sans traits.
Dans le hammam, elle se frotte le corps jusqu’au sang. En
arrière-plan, il y a toujours une connotation religieuse :
ici, le chant du muezzin. Ces deux vidéos se démarquent de son
travail antérieur, en couleurs et renfermant des dialogues
courts. Leurs héroïnes sont quand même un peu différentes de
ces silhouettes noires qui creusent le sol pour préparer la
tombe, celle d’un mort que les hommes portent sur les épaules.
Leur respiration constitue un chant primitif. C’est Passage
(2001), une histoire de perte, de chagrin mais aussi de
renouveau. Une enfant met le feu tout autour, créant un
paysage flamboyant.
Dalia
Chams