Al-Ahram Hebdo, Arts | Née de la côte d’Adam
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 Semaine du 13 au 19 décembre 2006, numéro 640

 

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Arts

Exposition . En marge du Forum Culture et religion, qui s’est déroulé récemment en Finlande, sont exposées les photos et vidéos de l’Iranienne Shirin Neshat, installée à New York. La femme voilée est au centre de son œuvre. 

Née de la côte d’Adam 

Espoo (Finlande),
De notre envoyée spéciale —

Une belle femme qui parle des autres. C’est Shirin Neshat, la photographe et vidéaste iranienne de 49 ans, installée aux Etats-Unis depuis 1974. Son travail, exposé actuellement en Finlande, embrasse l’ensemble de ses œuvres et ne laisse guère indifférent. Sous le titre « Le Secret du voile », elle oppose les sexes féminin et masculin, évoque le statut de subalterne et ne cherche pas à donner de réponses. Il suffit de révéler la réalité comme elle la perçoit. D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle l’artiste a choisi de recourir à la photographie, jugée d’abord comme le meilleur médium afin d’exprimer son sujet de prédilection : la femme et l’Iran. Ce, à la suite d’un voyage qu’elle a effectué en 1990 dans son propre pays, après des années d’absence. L’Iran était devenu une République islamique et la religion imprègne les divers aspects de la vie. Il y a d’abord, l’obligation de mettre le voile, ensuite, le chômage qui touche de manière plus fréquente les femmes que les hommes et par conséquent, la fréquence de la prostitution.

L’artiste, diplômée de Berkeley en 1983, pose un regard lointain sur ces autres femmes vivant sous couvert du tchador. Elle s’est fait connaître grâce à ses magnifiques portraits de femmes recouverts de calligraphies farsi. Mais elle a tourné depuis 1996 quelques vidéos au Maroc et en Turquie, ayant recours à des artistes iraniens. Souvent, il s’agit d’un face-à-face homme/femme où cette dernière attend le verdict de son maître et seigneur. Esthétiquement beau et sauvage, il y a quelque chose en friche. Le noir et blanc met en valeur le monde contrasté des femmes et des hommes. L’idée de la séparation de ces deux mondes est aussi accentuée par l’usage de deux écrans, deux installations vidéo projetant les univers parallèles. Dans Rapture, installation vidéo qui date de 1999 et qui regroupe plus de 250 figurants, lorsque les hommes s’animent faisant l’éloge du prophète ou les ablutions, les femmes deviennent silencieuses. Et le contraire est vrai, lorsque les femmes décident de mettre les voiles, les hommes les observent au loin depuis leur forteresse. Emotionnellement, c’est très intense ; en fait, c’est un discours visuel sur le féminisme et l’islam. Comment alors se proclamer sans parti pris ? De toute façon, on ne dévoile pas « le secret du voile », néanmoins, on demeure sidéré. Les images sont à couper le souffle. La musique, souvent d’une grande mélancolie.

Influencée par la sociologue et féministe marocaine Fatima Mernissi, elle travaille sur les murs d’incompréhension. Un dialogue de sourds s’établit de part et d’autre, entre hommes et femmes, Orient et Occident. Autant de représentations erronées et stéréotypées … Ces dernières années, Shirin Neshat s’est inspirée de l’œuvre d’une autre femme, à savoir l’écrivaine iranienne Shahrnush Parsipur, notamment son recueil de nouvelles Women Without Men (femmes sans hommes), dressant l’itinéraire de cinq femmes. Mahdokht (2004) et Zarin (2005) appartiennent à ces dernières. La première vidéo montre une femme, sans expérience sexuelle, en état de délire. Elle tricote éternellement des petits pulls jaunes en attendant … La deuxième vidéo raconte l’histoire de Zarin, la prostituée squelettique qui supporte mal son corps et les hommes. Les visages de ceux-ci deviennent hideux, défigurés, sans traits. Dans le hammam, elle se frotte le corps jusqu’au sang. En arrière-plan, il y a toujours une connotation religieuse : ici, le chant du muezzin. Ces deux vidéos se démarquent de son travail antérieur, en couleurs et renfermant des dialogues courts. Leurs héroïnes sont quand même un peu différentes de ces silhouettes noires qui creusent le sol pour préparer la tombe, celle d’un mort que les hommes portent sur les épaules. Leur respiration constitue un chant primitif. C’est Passage (2001), une histoire de perte, de chagrin mais aussi de renouveau. Une enfant met le feu tout autour, créant un paysage flamboyant.

Dalia Chams

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