Al-Ahram Hebdo, Voyages | Sur la route des cétacés du désert
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 29 novembre à 3 décembre  2006, numéro 638

 

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Voyages

Wadi Al-Hitane. A seulement deux heures de route du Caire , des squelettes de baleines datant de 40 millions d'années sont exposés en plein air. Véritable sanctuaire, le site est classé au patrimoine mondial de l'Unesco. Excursion. 

Sur la route des cétacés du désert

Ne dit-on pas que l’aventure est au coin de la rue ? Au Caire, c’est aussi le cas. Mais on parle plutôt d’avenue, celle de Haram. C’est de là que l’on s’évade dans le désert, à la découverte du Wadi Al-Hitane (vallée des baleines), en direction du Fayoum. Le dépaysement est garanti et promet de vous laisser un souvenir impérissable.

Le mieux est de partir tôt le matin. 8h semble approprié en cette période de l’année et revenir à la tombée de la nuit. Prévoyez aussi un casse-croûte, vous ne trouverez rien à manger là-bas.

Pour atteindre le Fayoum, rien de plus simple. Suivre les indications données dès le rond-point de l’hôtel Méridien des Pyramides. Ensuite, suivre le Wadi Al-Rayane. Autoroute classique. Une voie pour chaque sens. Rien de particulier, à part le désert pendant environ 70 km. Petit à petit se dressent les palmiers, apparaissent des champs, des scènes typiques de la campagne égyptienne. Conduire lentement et avec vigilance : des enfants, motocyclistes et troupeaux de chèvres surgissent sans prévenir sur l’étroit bitume. Le changement de paysage est graduel et l’on débouche soudainement sur le lac Qaroun. D’une surface de 55 000 feddans (un peu plus de 23 000 hectares), c’est en fait bien plus qu’un lac. Des barques de pêcheurs vertes, rouges et jaunes sont ancrées près du rivage. Une longue corniche est aménagée, des bancs sont placés à intervalles réguliers.

Lac noir dans les dunes

On est à mi-chemin. L’occasion de faire une courte halte au Centre d’information touristique du Fayoum. Le personnel accueillant vous distribuera quelques brochures et cartes de la région. Les renseignements n’iront pas au-delà mais seront précieux puisque les grands guides touristiques font à peine mention du Wadi Al-Hitane. On redémarre vite. La route traverse la ville de Youssef Al-Seddiq, des champs de culture et bassins de piscicultures. Le gris-rose du lac, le vert des champs, le jaune du désert impressionnent.

Il faudra franchir un point de contrôle et s’acquitter de quelques livres avant d’accéder à la réserve naturelle du Wadi Al-Rayane, créée en 1989. C’est une des premières d’Egypte, soigneusement gérée par l’Agence Egyptienne des Affaires de l’Environnement (AEAE). La route ressemble à un interminable lac noir que l’on aurait tout simplement jeté au milieu des dunes. Au loin, à gauche, apparaît en contrebas une immense étendue d’eau, une énorme flaque en plein désert. Ce sont les deux lacs formés il y a une trentaine d’années par l’excédent d’irrigation des cultures du gouvernorat du Fayoum. La beauté est inouïe. C’est là qu’il faut ajuster ses lunettes avant de bifurquer vers le Wadi Al-Hitane. Une piste est censée partir sur la droite. Mais ici, aucune indication. Pas de panneaux, ni âme qui vive. Seules des camionnettes remplies de légumes, en direction de la Haute-Egypte sillonnent la route. Leurs chauffeurs sont des « étrangers » dans cette région et ne sauront pas renseigner. Vous risquez plusieurs demi-tours pour trouver la piste en question. Car elle est bien là, blanche et large, à l’extrémité du second lac … 35 km plus loin, s’offre à vous un endroit unique au monde, un cimetière de baleines.

Nous voilà à 150 km au sud-ouest du Caire. Le site est presque intact, seules des traces de 4x4 dans le sable témoignent du passage des hommes. Avec un peu d’imagination, on arrive même à reconstituer le fond d’une mer qui occupait les lieux il y a plus de 40 millions d’années, rejoignant la Méditerranée : sur les rochers, des strates se dessinent comme pour témoigner de l’eau qui s’est petit à petit retirée. D’énormes pierres jonchent le sol, mais ressemblent plus à des vestiges de coraux.

Le plus intéressant est, bien sûr, ces squelettes d’animaux marins. Avec surtout ceux de baleines archaeoceti. Une espèce inestimable qui attire des scientifiques du monde entier et classée au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco depuis 2003. Selon cette dernière, le site « est le plus important du monde démontrant un des changements majeurs qui s’inscrit dans l’histoire de la vie sur Terre : l’évolution des baleines. Leur forme et leur mode de vie durant leur transition entre l’état d’animaux terrestres et l’existence marine sont décrits de manière vivante ». Le premier des fossiles découvert n’était cependant pas celui d’une baleine. Il s’agissait de dents et d’os de requins. Cela remonte à 1879, grâce aux travaux d’un géologue allemand, George Schweinfurth. Aujourd’hui, on compte 416 squelettes de baleines. Tous ne sont pas exposés au public. Une bonne moitié reste enfouie sous le sable pour éviter qu’ils ne se détériorent.

Amateurs s’abstenir

L’endroit est vaste, 50 km2. Par où commencer la visite ? En bout de piste, se dressent des tentes blanches. C’est là le campement des rangers, gardiens des baleines préhistoriques. Mohamad Sameh, géologue, responsable du site, explique le travail de réaménagement en cours grâce à une coopération égypto-italienne. squelettes

de baleines datant de 40 millions d’années sont exposés en plein air. Véritable

sanctuaire, le site est classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Excursion.

« Nous voulons limiter la surface visitable à 1,5 km2. Le reste sera réservé aux chercheurs. Les véhicules seront interdits. Les visites se feront à pied ou à dos de chameau. Un droit d’entrée sera aussi demandé une fois l’accès au site devenu unique ». Car on peut y accéder par la route des Oasis de Bahariya en coupant par le désert. Mais là, c’est une toute autre histoire et la navigation par satellite (GPS, Global Positioning System) est indispensable. Amateurs s’abstenir. Ceux que l’on rencontre sur place sont des habitués du désert, en grande majorité étrangers expatriés en Egypte. Comme ce groupe de Français qui, depuis un an, vient régulièrement camper dans la région en hiver. « Pendant le week-end passé ici, on roule beaucoup, on s’arrête pour prendre des photos et monter des fossiles de baleines aux enfants », explique Isabelle, venue avec sa famille et ses amis. Leur convoi est formé de 3 tout-terrain. « Des gens qui comprennent le désert, dit Sameh. Peu d’Egyptiens, une grande majorité d’étrangers. Surtout des Italiens et des Français. Nous avons reçu 8 421 visiteurs de novembre 2005 à avril 2006 ».

La visite se fait par un sentier balisé de pierres blanches, entre les collines. A droite comme à gauche, pendant 5 km, s’étale un musée à ciel ouvert. Les assemblages d’ossements mesurent jusqu’à 20 mètres de long. Ils sont protégés par les régulières patrouilles en camionnette des rangers et à l’abri du vent, au pied de rochers dont la forme évoque souvent un champignon géant.

Des remorques tractées par des chameaux et aménagées pour le transport de touristes circulent. Les 4X4 vont et viennent. Ici, difficile de se déplacer sans jeep. Si vous n’en avez pas, faites appel à des spécialistes. Des opérateurs proposent, au départ du Caire, des formules d’une journée ou plus, tout compris : transport, repas, guide. Pour une nuit dans le désert incluse compter entre 300 et 350 L.E., avec tente et sac de couchage. L’option est conseillée pour les amateurs de faune : le soir venu et avec un peu de chance, un fennec viendra quémander un bout de poulet grillé sur le bivouac. Les gazelles, plus peureuses, sont rares au Wadi Al-Hitane. Le meilleur endroit pour les observer reste le site appelé Al-Oyoune (voir encadré).

Le vent, toujours chargé de sable, peut souffler fort à Wadi Al-Hitane. Au départ des lieux, c’est le besoin urgent d’une douche. Beaucoup fonceront au Wadi Al-Rayane, piquer une tête près des chutes d’eau (les seules d’Egypte !). Les moins citadins peuvent pousser la visite au Gabal Gar Gohannam, (la montagne près de l’enfer). N’ayez crainte, vous en reviendrez sain et sauf. Heureux d’avoir vécu l’aventure .

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La vie autour des sources

Après la sécheresse de Wadi Al-Hitane, un petit détour vers Al-Oyoune (les sources) s’impose. Son point d’accès est indiqué sur la carte donnée par le Centre d’information touristique du Fayoum. Une fois à Wadi Al-Rayane, il faut en fait parcourir 9 kilomètres après la piste menant à Wadi Al-Hitane. On arrive à une construction de couleur jaune foncé, au toit bombé, située au bord de la route goudronnée. Une seule personne, employée de l’Agence égyptienne pour les affaires de l’environnement, est présente sur place. Le plus souvent Abou-Saleh, 30 ans d’expérience du désert. Il est recommandé qu’il vous guide jusqu’aux sources. Car ni piste ni sentier ne permet d’y accéder. Un 4x4 en bon état de marche est indispensable : son moteur sera soumis à rude épreuve par le chauffeur qui doit savoir gravir les dunes et manœuvrer dans le sable mou.

Contrairement à celui de Wadi Al-Hitane, le chemin vers les sources est parsemé de buissons. On y croise les moines orthodoxes d’un monastère voisin. Une couche de sable recouvre leur visage. Au milieu de cette étendue lunaire, la scène a quelque chose de surréaliste. A 10 km du point d’accès, après avoir cherché les passages franchissables et s’être enlisé deux ou trois fois, un carré de verdure dense se dessine : on y est. C’est la première source, minuscule, presque ensevelie sous les herbes sauvages. Tendez le bras, cueillez et goûtez les dattes des palmiers. Elles sont délicieusement sucrées et juteuses. Une forte odeur de phosphore se dégage du mince filet d’eau sorti de terre. « Si vous trempez un objet en argent dans ce ruisseau, il deviendra doré en une heure », dit Abou-Saleh. La végétation attire toutes sortes d’animaux sauvages : plus de 100 espèces d’oiseaux migrateurs, 16 espèces de reptiles, des gazelles et bien sûr divers fennecs. Courte pause et la 4x4 recommence à rugir. Toujours grâce à la navigation d’Abou-Saleh, direction la deuxième source. Plus importante. Un dispositif de tuyauterie est installé à sa sortie. Ouvrez le robinet, un large flot d’eau sous pression en jaillit. Il semble moins chargé en phosphore et on peut enfin se rafraîchir le visage ! On trouve aussi d’autres moines ici, vêtus d’une galabiya (tunique longue) marron et un bonnet noir en crochet sur la tête. Sur un petit lopin de terre, ils cultivent des légumes : patates douces, salade, ail, oignon. Pas assez bien sûr pour leur autosuffisance. Deux autres sources existent dans les alentours. Mais déjà le jour commence à tomber et il est temps de rentrer au Caire .

Informations utiles

Hôtels :

Vous pouvez choisir de passer une nuit près du lac Qaroun, histoire d’apprécier un peu plus le calme de la région. Pour cela différentes options :

Auberge du Fayoum (PPPP).

Tél. : (084) 572001/ 572002 (fermée pour rénovations en ce moment).

New panorama ( PPPP)

Tél. : (084) 701314/ 830314/ 701746.

Al-Waha Village ( PPP)

Tél. : (084) 830666.

Oasis Tourist Village (non classé)

Tél. : (084) 701565.

Pour passer une nuit dans le désert, consulter le site :

www.gamalexsafari.com

Des forfaits tout compris au départ

du Caire sont proposés.

Centre d’information

touristique :

Tel: (084) 572007 / 342586.

Police touristique :

Tel : (084) 347 298.

 

 




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