Ne
dit-on pas que l’aventure est au coin de la rue ? Au Caire,
c’est aussi le cas. Mais on parle plutôt d’avenue, celle de
Haram. C’est de là que l’on s’évade dans le désert, à la
découverte du Wadi Al-Hitane (vallée des baleines), en direction
du Fayoum. Le dépaysement est garanti et promet de vous laisser
un souvenir impérissable.
Le mieux est de partir tôt le matin. 8h
semble approprié en cette période de l’année et revenir à la
tombée de la nuit. Prévoyez aussi un casse-croûte, vous ne
trouverez rien à manger là-bas.
Pour atteindre le Fayoum, rien de plus
simple. Suivre les indications données dès le rond-point de
l’hôtel Méridien des Pyramides. Ensuite, suivre le Wadi Al-Rayane.
Autoroute classique. Une voie pour chaque sens. Rien de
particulier, à part le désert pendant environ 70 km. Petit à
petit se dressent les palmiers, apparaissent des champs, des
scènes typiques de la campagne égyptienne. Conduire lentement et
avec vigilance : des enfants, motocyclistes et troupeaux de
chèvres surgissent sans prévenir sur l’étroit bitume. Le
changement de paysage est graduel et l’on débouche soudainement
sur le lac Qaroun. D’une surface de 55 000 feddans (un peu plus
de 23 000 hectares), c’est en fait bien plus qu’un lac. Des
barques de pêcheurs vertes, rouges et jaunes sont ancrées près
du rivage. Une longue corniche est aménagée, des bancs sont
placés à intervalles réguliers.
Lac noir dans les dunes
On est à mi-chemin. L’occasion de faire une
courte halte au Centre d’information touristique du Fayoum. Le
personnel accueillant vous distribuera quelques brochures et
cartes de la région. Les renseignements n’iront pas au-delà mais
seront précieux puisque les grands guides touristiques font à
peine mention du Wadi Al-Hitane. On redémarre vite. La route
traverse la ville de Youssef Al-Seddiq, des champs de culture et
bassins de piscicultures. Le gris-rose du lac, le vert des
champs, le jaune du désert impressionnent.
Il faudra franchir un point de contrôle et
s’acquitter de quelques livres avant d’accéder à la réserve
naturelle du Wadi Al-Rayane, créée en 1989. C’est une des
premières d’Egypte, soigneusement gérée par l’Agence Egyptienne
des Affaires de l’Environnement (AEAE). La route ressemble à un
interminable lac noir que l’on aurait
tout simplement jeté au milieu des dunes. Au loin, à gauche,
apparaît en contrebas une immense étendue d’eau, une énorme
flaque en plein désert. Ce sont les deux lacs formés il y a une
trentaine d’années par l’excédent d’irrigation des cultures du
gouvernorat du Fayoum. La beauté est inouïe. C’est là qu’il faut
ajuster ses lunettes avant de bifurquer vers le Wadi Al-Hitane.
Une piste est censée partir sur la droite. Mais ici, aucune
indication. Pas de panneaux, ni âme qui vive. Seules des
camionnettes remplies de légumes, en direction de la Haute-Egypte
sillonnent la route. Leurs chauffeurs sont des « étrangers »
dans cette région et ne sauront pas renseigner. Vous risquez
plusieurs demi-tours pour trouver la piste en question. Car elle
est bien là, blanche et large, à l’extrémité du second lac … 35
km plus loin, s’offre à vous un endroit unique au monde, un
cimetière de baleines.
Nous voilà à 150 km au sud-ouest du Caire. Le
site est presque intact, seules des traces de 4x4 dans le sable
témoignent du passage des hommes. Avec un peu d’imagination, on
arrive même à reconstituer le fond d’une mer qui occupait les
lieux il y a plus de 40 millions d’années, rejoignant la
Méditerranée : sur les rochers, des strates se dessinent comme
pour témoigner de l’eau qui s’est petit à petit retirée.
D’énormes pierres jonchent le sol, mais ressemblent plus à des
vestiges de coraux.
Le plus intéressant est, bien sûr, ces
squelettes d’animaux marins. Avec surtout ceux de baleines
archaeoceti. Une espèce inestimable qui attire des scientifiques
du monde entier et classée au patrimoine mondial de l’humanité
par l’Unesco depuis 2003. Selon cette dernière, le site « est le
plus important du monde démontrant un des changements majeurs
qui s’inscrit dans l’histoire de la vie sur Terre : l’évolution
des baleines. Leur forme et leur mode de vie durant leur
transition entre l’état d’animaux terrestres et l’existence
marine sont décrits de manière vivante ». Le premier des
fossiles découvert n’était cependant pas celui d’une baleine. Il
s’agissait de dents et d’os de requins. Cela remonte à 1879,
grâce aux travaux d’un géologue allemand, George Schweinfurth.
Aujourd’hui, on compte 416 squelettes de baleines. Tous ne sont
pas exposés au public. Une bonne moitié reste enfouie sous le
sable pour éviter qu’ils ne se détériorent.
Amateurs s’abstenir
L’endroit
est vaste, 50 km2. Par où commencer la visite ? En bout de piste,
se dressent des tentes blanches. C’est là le campement des
rangers, gardiens des baleines préhistoriques. Mohamad Sameh,
géologue, responsable du site, explique le travail de
réaménagement en cours grâce à une coopération égypto-italienne.
squelettes
de baleines datant de 40 millions d’années
sont exposés en plein air. Véritable
sanctuaire, le site est classé au patrimoine
mondial de l’Unesco. Excursion.
« Nous voulons limiter la surface visitable à
1,5 km2. Le reste sera réservé aux chercheurs. Les véhicules
seront interdits. Les visites se feront à pied ou à dos de
chameau. Un droit d’entrée sera aussi demandé une fois l’accès
au site devenu unique ». Car on peut y accéder par la route des
Oasis de Bahariya en coupant par le désert. Mais là, c’est une
toute autre histoire et la navigation par satellite (GPS, Global
Positioning System) est indispensable. Amateurs s’abstenir. Ceux
que l’on rencontre sur place sont des habitués du désert, en
grande majorité étrangers expatriés en Egypte. Comme ce groupe
de Français qui, depuis un an, vient régulièrement camper dans
la région en hiver. « Pendant le week-end passé ici, on roule
beaucoup, on s’arrête pour prendre des photos et monter des
fossiles de baleines aux enfants », explique Isabelle, venue
avec sa famille et ses amis. Leur convoi est formé de 3
tout-terrain. « Des gens qui comprennent le désert, dit Sameh.
Peu d’Egyptiens, une grande majorité d’étrangers. Surtout des
Italiens et des Français. Nous avons reçu 8 421 visiteurs de
novembre 2005 à avril 2006 ».
La visite se fait par un sentier balisé de
pierres blanches, entre les collines. A droite comme à gauche,
pendant 5 km, s’étale un musée à ciel ouvert. Les assemblages
d’ossements mesurent jusqu’à 20 mètres de long. Ils sont
protégés par les régulières patrouilles en camionnette des
rangers et à l’abri du vent, au pied de rochers dont la forme
évoque souvent un champignon géant.
Des remorques tractées par des chameaux et
aménagées pour le transport de touristes circulent. Les 4X4 vont
et viennent. Ici, difficile de se déplacer sans jeep. Si vous
n’en avez pas, faites appel à des spécialistes. Des opérateurs
proposent, au départ du Caire, des formules d’une journée ou
plus, tout compris : transport, repas, guide. Pour une nuit dans
le désert incluse compter entre 300 et 350 L.E., avec tente et
sac de couchage. L’option est conseillée pour les amateurs de
faune : le soir venu et avec un peu de chance, un fennec viendra
quémander un bout de poulet grillé sur le bivouac. Les gazelles,
plus peureuses, sont rares au Wadi Al-Hitane. Le meilleur
endroit pour les observer reste le site appelé Al-Oyoune (voir
encadré).
Le vent, toujours chargé de sable, peut
souffler fort à Wadi Al-Hitane. Au départ des lieux, c’est le
besoin urgent d’une douche. Beaucoup fonceront au Wadi Al-Rayane,
piquer une tête près des chutes d’eau (les seules d’Egypte !).
Les moins citadins peuvent pousser la visite au Gabal Gar
Gohannam, (la montagne près de l’enfer). N’ayez crainte, vous en
reviendrez sain et sauf. Heureux d’avoir vécu l’aventure .