Al-Ahram Hebdo, Opinion |  De la responsabilité pour sauver le Liban
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 Semaine du 29 novembre à 3 décembre 2006, numéro 638

 

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Opinion

 De la responsabilité pour sauver le Liban

Bassam Bounenni
Chercheur tunisien en géopolitique

Le liban ou la paix rebelle. Rebelle parce que depuis des millénaires, la pa pas faire. Jusqu’aux Accords de Taëf. Mais, au fil des années, ces accords, issus de difficiles tractations, ont porté en leur sein le germe de futures rébellions. Autrement dit, ils sont plus proches d’une trêve que d’un accord de paix et de bonne entente.

Aujourd’hui, toutes les forces politiques libanaises ont franchi le Rubicon et le pays se retrouve encore une fois au bord d’une guerre civile dont les retombées seront plus désastreuses que les secousses qui avaient, par le passé, éclaboussé ce beau petit pays, car intervenant au moment d’une gestation d’un nouveau Moyen-Orient.

Pendant quelques jours, les protagonistes — tout comme les observateurs — avaient tablé sur la réussite du dialogue national. Mais ses assises s’apparentent plus à une réunion de « parrains » qu’à un débat entre Hommes responsables de toute une nation. La prose que nous publient tous les journaux du monde, depuis quelques semaines, me rappelle la dernière table ronde entre les « cinq » familles mafieuses de la légendaire fiction de Francis Ford Coppola, Le Parrain. Les Corleone, Tessio, Tattaglia et Cie avaient, toutes, les mains ensanglantées. Parmi eux, des pions. D’autres tiraient les ficelles du jeu dangereux. Mais autour de cette table siégeait un Homme de principe, susceptible de mettre un terme à l’hémorragie.

Sur l’échiquier libanais, on cherche, justement, cet Homme à même de mettre du baume au cœur à tout Libanais avide de paix et de sérénité.

Sauf que dans cette agitation, on voit mal, on juge mal, comme l’a écrit Alain.

La démission des cinq ministres chiites du gouvernement et le discours de la haine « professée » ici et là, laisse augurer mal de l’avenir du pays. Entre monologues et farces, c’est tout le Liban qui se sent hypothéqué. Au gré d’intentions et de fins politiques hargneuses. Ce qui choque plus d’un, c’est que l’essentiel de la rue libanaise s’attendait à ce que l’invasion israélienne du pays devienne un argument de taille pour que la présidence de la République, le gouvernement et la majorité parlementaire, main dans la main, reprennent un vrai et solide débat, basé sur la responsabilité et le courage politiques, avec en ligne de mire la reconstruction du pays et la fin de l’impunité, ne serait-ce que par un passage public aux aveux.

Paradoxalement, la toute récente guerre n’a fait qu’attiser les tensions. Le tocsin a été sonné, pourtant. Mais les choses vont de mal en pis. Et les acteurs principaux font preuve de malhonnêteté intellectuelle et politique.

Le contexte régional qui accompagne l’actuelle crise au Liban ne facilite pas la tâche aux forces vives libanaises, qui tentent désespérément d’apporter quelque bien à ce tohu-bohu.

Mais ce qui échappe malheureusement à une grande partie de l’opinion internationale, c’est que tout l’échiquier mondial fait preuve, là, de faillite sur la case libanaise.

Car on y voit toutes les mains.

Et l’assassinat de Pierre Gemayel ne vient que rajouter de la morosité à ce tableau déjà funeste .

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