Al-Ahram Hebdo, Opinion |  Iraq-Syrie :après 25 ans de rupture
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 

 Semaine du 29 novembre à 3 décembre 2006, numéro 638

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Kiosque

  Société

  Arts

  Idées

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Loisirs

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Opinion

 Iraq-Syrie :après 25 ans de rupture

Hassan Abou-Taleb
Politologue

Il y a une relation étroite entre les dernières actions syriennes concernant l’Iraq et ce qui se passe à Washington. Il y a aussi un rapport entre l’inertie du processus de paix et les tentatives de l’Administration Bush d’isoler la Syrie d’un côté et la crise que connaissent les forces américaines en Iraq de l’autre. Les grands dossiers de la région sont fortement liés. Ainsi, la tentation de traiter chaque dossier séparément des autres entraînerait un échec et des pertes énormes. Ce qui placerait inévitablement la région dans une situation d’instabilité et de tension.

Il semble que l’équipe américaine travaillant sur le dossier de l’Iraq, sous la présidence de l’ex-secrétaire d’Etat James Baker, est parvenue à cette déduction avec l’objectif de diminuer les pertes énormes que la politique américaine dans la région assume chaque jour. Cette conclusion est l’une des clés permettant de comprendre les derniers développements. En effet, on remarque une ouverture relative de la part de l’Europe vers Damas, dirigée par l’Espagne et l’Italie et à laquelle la Grande-Bretagne a ensuite participé. De plus, le ministre syrien des Affaires étrangères a effectué une visite à Bagdad, la première depuis le renversement de Saddam. Elle a abouti à l’annonce d’une reprise des relations diplomatiques entre les 2 pays après une rupture de 26 ans.

A l’époque du blocus international imposé à l’Iraq de Saddam Hussein pendant les années 1990, les relations iraqo-syriennes avaient connu une certaine convivialité, sans reprise véritable des relations diplomatiques, parallèlement à une détérioration des relations entre Damas et Washington pour de nombreuses raisons. L’interruption des négociations entre la Syrie et Israël depuis 1996, sous la présidence de Bush II, était à la source d’une tension de plus en plus fulgurante, car Washington est convaincu que la Syrie est un pays faible qui ne peut se dresser contre les stratégies et les intérêts américains dans la région. Du point de vue américain, le régime politique syrien doit changer parce que c’est un régime totalitaire qui va à l’encontre de la volonté de Washington de propager la démocratie et les libertés dans la région.

Les différends entre les 2 pays concernant le dossier iraqien se sont de plus en plus approfondis. En effet, lorsque les intentions américaines d’envahir l’Iraq sont devenues évidentes, Damas a immédiatement considéré que sa sécurité était directement menacée. Les changements stratégiques de Washington au profit d’Israël ont poussé la Syrie à maintenir son alliance stratégique avec l’Iran, clairement visé par le projet américain dans la région. Avec l’invasion américano-britannique de l’Iraq en mars 2003, Washington a augmenté sa pression sur la Syrie pour la contraindre à mettre un terme à son soutien aux groupes iraqiens appartenant au Baath et qui ont mené une forte résistance à la présence américaine. Washington avait posé de nombreuses conditions à la Syrie. Cette dernière devait, entre autres, changer sa politique envers les factions de la résistance palestinienne qui avaient trouvé refuge à Damas. La Syrie était aussi appelée à se distancier de l’Iran et du Hezbollah au Liban. Il fallait également que Damas sorte du Liban, sans aucune condition, et renonce définitivement aux négociations de paix, c’est-à-dire renoncer au Golan occupé.

Les pressions contre la Syrie ont augmenté après l’assassinat de l’ex-premier ministre libanais Rafiq Hariri en mars 2005 ; 3 mois après, les forces syriennes sont sorties du Liban. Cependant, la Syrie est restée sur ses positions et Washington a continué de refuser toute coopération avec Damas. Et à chaque occasion, Bush n’arrêtait pas de parler de la responsabilité de la Syrie quant à la détérioration de la sécurité et l’échec du projet américain en Iraq.

Mais aujourd’hui, les positions européennes, qui allaient de pair avec les pressions américaines sur la Syrie, ont catégoriquement changé. Aujourd’hui, la Grande-Bretagne tente d’engager un dialogue avec Damas partant du principe que l’objectif n’est plus d’isoler la Syrie mais de la faire participer à toute action visant à sauver l’Iraq et à éviter le déclenchement d’une guerre civile. Cette nouvelle politique tente également de réaliser une petite ouverture dans le processus du règlement entre la Syrie et Israël.

La conception syrienne

L’objectif n’est plus de changer le régime syrien, mais de modifier le comportement de ce régime en ce qui concerne certains dossiers importants dans la région, en particulier la Palestine et l’Iraq. Or, du point de vue syrien, le changement américain revient essentiellement à la victoire stratégique réalisée par le Hezbollah face à la plus forte armée dans la région lors de l’agression israélienne contre le Liban, l’été dernier. Cette agression a été couverte du côté politique et diplomatique par Washington et Londres, espérant qu’Israël pourrait réaliser une victoire écrasante. Les Syriens ajoutent aussi un autre facteur qui est l’échec des Américains en Iraq, un échec qui les ont poussés à chercher une issue à l’impasse qui leur rappelle la défaite qu’ils ont connue au Vietnam il y a 30 ans.

Or, pour être juste, il faut ajouter que la détérioration de la sécurité en Iraq constitue une crise pour la Syrie elle-même. Si une guerre civile se déclenche en Iraq, elle se prolongera inéluctablement jusqu’à la Syrie. C’est ce qui a été exprimé par le ministre syrien des Affaires étrangères lors de sa visite à Bagdad. Il a alors affirmé que son pays soutenait le processus politique, le gouvernement iraqien ainsi que les efforts de réconciliation nationale.

Mais il faut savoir que la prise de position syrienne est assortie de conditions. La Syrie réclame un agenda pour le retrait des forces étrangères de l’Iraq puisque ceci facilite la réconciliation et aide les forces de résistance iraqienne soutenues politiquement, et peut-être aussi militairement par la Syrie, à s’intégrer dans le processus politique. Lors des dernières rencontres entre Bachar Al-Assad et les émissaires européens, il était courant d’entendre le président syrien dire que toute collaboration de la part de la Syrie en ce qui concerne les dossiers iraqien ou palestinien doit avoir comme prix la réouverture du dossier de récupération du Golan. Pour Assad, chaque pas syrien doit être suivi d’un pas américain ou européen clair et non pas de promesses obscures comme l’Occident a l’habitude de faire pour tromper les Arabes.

On peut donc déduire que la Syrie est convaincue que la conjoncture actuelle ainsi que les derniers événements dans la région prouvent la justesse de sa vision qui consiste à traiter tous les dossiers de façon globale et prouvent l’importance de son rôle régional, pour des raisons politiques, stratégiques et géographiques.

Or, cette vision syrienne n’est pas totalement acceptée par Bagdad.

En effet, certaines exigences iraqiennes n’ont pas encore trouvé de solutions. Celles-ci concernent notamment les détenus iraqiens dans les prisons syriennes, les fonds iraqiens bloqués dans les banques syriennes, et surtout le contrôle des frontières entres les deux pays afin d’interdire l’infiltration d’éléments terroristes à l’intérieur de l’Iraq.

Il est sûr que la reprise des relations entre Bagdad et Damas sert à calmer la situation en Iraq. Mais ce changement ne pourra être utile que s’il y a une vision américano-européenne claire concernant le nouveau rôle de la Syrie dans la région, tout en prenant en considération les capacités de Damas d’un côté et ces revendications légitimes de l’autre. En particulier la récupération du Golan par les négociations et l’interdiction à Israël de mener une guerre régionale dont on entend actuellement parler dans les cercles militaires. Ce sont ces mêmes forces israéliennes qui ont été vaincues par le Hezbollah et qui tentent de regagner leur honneur par l’intermédiaire d’une nouvelle guerre dans un avenir proche .

Retour au sommaire

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah - Chourouq Chimy
Assistants techniques: Karim Farouk - Dalia Gabr
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.