Al-Ahram Hebdo,Arts | Les entre-deux de la modernité
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 Semaine du 29 novembre à 3 décembre 2006, numéro 638

 

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Arts
Arts plastiques. En ces temps situés quelque part entre global et local, tous les schémas urbains se trouvent remis en cause. Des changements saisis par les photographes Julian Röder et Nabil Boutros.

Les entre-deux de la modernité

La dialectique de la tradition et de la modernité s’expose de manière très visuelle à travers les photos-couleurs de l’Egypto-Français Nabil Boutros (52 ans) et de l’Allemand Julian Röder (25 ans). Ils se sont croisés à Alexandrie en juillet dernier et chacun a tenté de porter un regard différent sur l’Egypte moderne d’aujourd’hui. Mais que veut dire « moderne » ? Au galop de la mondialisation ? Une société mise en chantier ? Un pays en train de se forger une nouvelle identité culturelle, un certain entre-deux ? Le brassage des hommes et des marchandises, cela saute aux yeux. Tous les schémas urbains, jusqu’ici établis, sont remis en cause. « Sans réponse particulière, j’ai entrepris de mettre en image cette modernité », résume bien Nabil Boutros, qui s’est toujours intéressé aux lieux habités et aux portraits d’Egyptiens. Ici, dans cette exposition se tenant sous l’intitulé Global-Local, c’est l’espace qui prime à ses yeux. Il prend le dessus sur les habitants.

Souvent, il s’agit chez lui d’espaces polis, brillant de mille éclats. Les centres commerciaux paraissent comme un vide lumineux, des univers travestis. C’est l’Egypte des « resorts » qu’il décrit, jouant avec les dimensions et les perspectives. On est dans la culture du GRAND à l’américaine, de quoi justifier (peut-être) le recours aux grands formats. Les agencements de l’artiste font que rien n’est innocent sur ces photos. On est sûr que l’on n’est pas au Kansas City où a été conçu le premier mall de l’Histoire moderne en 1924, mais plutôt entre Le Caire et Alexandrie. Toutefois, les photos nous introduisent bien à la culture de la copie, caractéristique de la société globale. Dans des décors factices, les visiteurs sont des consommateurs qu’on invite à se décharger du poids de leur identité, à s’immerger, à acheter, à s’oublier… C’est le monde de la nouvelle cité Dream Land, des malls City Stars ou San Stefano, des deux tours jumelles de l’empire Sawirès avec vue sur le Nil... d’un palmier portant une antenne en son cœur, détail caché d’une mondialisation qui stimule les rêves, mais aiguise aussi les frustrations.

Julian Röder focalise plus sur le jeu de contrastes, vu par un étranger. Ce jeune Allemand, de l’agence Ostkreuz, débarque pour la première fois en Egypte. Il est évident que les femmes voilées qui font du lèche-vitrine ou servent dans les fast-foods attirent son attention. Sur l’une des photos, elles sont assises à même le sol dans un jardin public, au croisement des ponts et de la laideur du béton. L’enseigne d’Habitat coexiste avec les grands magasins appartenant à l’Etat ou avec la carrosse d’un vendeur ambulant de figues de barbarie. Un capitalisme moderne rampant côtoie des gens simples toujours très attachés au paradis de Dieu.

Dalia Chams

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Jusqu’au 28 décembre, au Centre culturel français d’Alexandrie (30, rue Nabi Daniel) et à l’institut Goethe d’Alexandrie (10, rue des Ptolémées).

 




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