Al-Ahram Hebdo, Arts | « Loin de la férule de l’Etat »
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 Semaine du 29 novembre à 3 décembre 2006, numéro 638

 

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Arts
Arts plastiques . Chadi Al-Néchouqati, artiste et jeune trentenaire évoque de sa génération.

« Loin de la férule de l’Etat »

Al-Ahram Hebdo : Quel rapport maintient votre génération avec l’institution culturelle officielle ?

Chadi Al-Néchouqati : D’abord, il faut prendre en considération qu’on n’a pas eu tous les mêmes débuts, bien que pas mal d’entre nous aient percé grâce au Salon des jeunes. Il y a ceux qui restent dépendants en quelque sorte de l’institution officielle, car ils sont des employés du ministère de la Culture ou travaillent dans l’académisme. Par ailleurs, il faut tenir compte de l’existence de certaines galeries privées qui deviennent elles-mêmes des institutions avec des idées et des objectifs bien définis ainsi que des artistes suivant la consigne. Récemment, j’ai été convié à un colloque au Conseil suprême de la culture et l’on avait tendance à classer la galerie Townhouse comme une institution privée (à l’agenda étranger) et l’espace Saqiet Al-Sawi comme une institution privée (à l’agenda national). Nous, en tant que jeunes artistes, l’on est un peu contrariés par cette classification. Mais depuis l’initiative du festival Nitaq, qui visait à regrouper entre elles les galeries privées du centre-ville, il y a eu conflit entre les différents acteurs. Progressivement, certains d’entre nous ont été mis à l’écart par l’institution officielle pour avoir collaboré avec ces galeries. On ne propose plus nos noms pour participer à des expositions à l’intérieur du pays ou à l’extérieur. Par contre, on s’est fait connaître à l’étranger et on participe à des manifestations de taille comme Dis-Orientation ou Africa-Remix ; nos œuvres sont sélectionnées par des curateurs, loin de la férule de l’Etat. Bref, partout dans le monde, le rapport à l’institution officielle change, faisant place à d’autres entités plus petites, plus actives et plus aptes à suivre les mutations sociales fulgurantes. Cela a commencé en Egypte dans les années 1990.

— La production actuelle correspond-elle à la formation que l’on reçoit à travers les institutions de l’enseignement ?

— J’ai remarqué que depuis les années 1940, les artistes qui se prêtaient le plus à l’expérimentation provenaient de la faculté de pédagogie artistique, d’où je sors et où j’enseigne. Je suppose que l’éducation que l’on y reçoit, visant à l’origine à former des professeurs d’art, a une optique pluridisciplinaire, contrairement à d’autres cursus plus fermés. Et l’art moderne repose sur l’idée de la fusion entre les médias. Au stade où l’on est, avec les médias non conventionnels comme la vidéo, l’artiste n’a pas besoin de faire des études proprement académiques, car le travail relève plus de l’habileté conceptuelle.

— Y a-t-il un esprit propre aux jeunes artistes qui, comme vous, ont commencé à se faire une réputation à l’étranger ?

— Amal Qénaoui, Sabah Naïm, Waël Chawqi, Hala Al-Qoussi ... ceux qui connaissent une percée internationale n’aiment pas être placés dans un camp ou un autre. Ils se revendiquent artistes indépendants. Ils ont aussi en commun un aspect autodidactique, en quelque sorte. Car après avoir suivi une formation locale, ils se sont frottés à d’autres expériences occidentales à travers des expositions à l’étranger et ont décidé d’acquérir d’autres connaissances pour parler le même langage que ces artistes qu’ils ont vus en dehors de leurs territoires. Moi-même, j’ai essayé d’amalgamer ce que j’ai appris ici et ailleurs. On mélange aussi le global et le local. Partant à la recherche d’une certaine spécificité, on s’est penché sur des thématiques très égyptiennes, qu’il s’agisse d’expériences personnelles ou de sujets critiquant la réalité socio-politique du pays.

Je viens de prendre part aux débats animés par l’exposition allemande Dokumenta où l’on a discuté du thème La modernité, est-ce notre antiquité ? Les débats ont regroupé plus de 80 spécialistes de par le monde.

Dalia Chams

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