Al-Ahram Hebdo, Opinion | Mohamed Salmawy, La démocratie et le droit du mufti !
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 

 Semaine du 22 au 28 novembre 2006, numéro 637

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Kiosque

  Société

  Arts

  Idées

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Loisirs

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Opinion

La démocratie et le droit du mufti !

Mohamed Salmawy

Certains articles de presse ont récemment attaqué le mufti de la République, Ali Gomaa, pour maintes raisons. Ces articles expriment dans la plupart des cas des différences d’opinions, une caractéristique majeure des sociétés ouvertes croyant à la liberté d’expression et au pluralisme en matière d’opinion. Mais ce qui m’a arrêté c’est que les auteurs de ces textes contestent le droit du mufti à s’exprimer, sur le site électronique de Dar Al-Iftaa, revenant sur ses fatwas et dires et ses prises de position sur une question ou une autre.

Je comprends bien que certains s’opposent aux fatwas émises par le mufti, ou à ses prises de position, mais je ne comprends pas que cette opposition s’étend à son droit de répondre aux critiques dont il fait l’objet, et surtout lorsque ces critiques émanent de journalistes lesquels sont censés plaider pour plus de démocratie et de liberté d’expression.

Je ne suis pas de ceux qui considèrent les personnalités religieuses ou politiques au-dessus de la critique. D’ailleurs, j’avais auparavant critiqué une fatwa du mufti sur les photos et les statues. Cependant, je ne peux guère m’opposer à son droit de répondre aux critiques. Je ne comprends pas comment nous nous donnons le droit de critiquer et nous nous opposons au droit de réponse à cette critique. Ceci ne relève en rien de la démocratie et de la liberté d’expression. Cela me rappelle la citation du grand homme de la littérature française Voltaire : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire ».

Je suis en désaccord avec le mufti Ali Gomaa et la question des statues n’en était qu’un aspect. Je ne crois pas qu’aujourd’hui, alors que nous sommes accusés dans le monde entier d’être des adeptes d’une croyance non conforme à notre époque, nous ayons besoin de sortir des tiroirs les anciennes fatwas émises dans des circonstances différentes. Et de les présenter en plus aux gens telles quelles malgré le changement d’époque.

Le grand défi que nous devons relever à l’heure actuelle est de prouver que notre religion est contemporaine, adaptée à l’époque. Et de prouver surtout que notre religion est loin d’être telle qu’elle est illustrée par nos ennemis qui l’assimilent au meurtre, à la violence et à l’effusion de sang. Ces mentalités rétrogrades considèrent la religion à partir d’un prisme très étroit et ne voient dans la charia que la polygamie, le port du niqab et ce, à une époque préoccupée par les droits de l’homme, la reconnaissance de l’autre et la liberté de croyance.

La grande mission de la nation de l’islam c’est d’examiner ces vieilles pratiques pour savoir si elles sont vraiment inhérentes à l’islam ou non, d’autant plus que de nombreux pays islamiques les ont interdites. Il ne suffit donc pas de fouiller dans les vieux tiroirs des fatwas pour les reconfirmer. Nous devons rechercher la face moderne de l’islam pour nous prouver avant quiconque que la religion qui a aboli l’esclavage est véritablement celle des droits de l’homme. Et que la religion musulmane est une religion démocratique qui a cru en la choura (consultation), à un moment où le monde occidental était sous l’emprise de la royauté de droit divin qui transmettait le pouvoir sans consultation. La religion musulmane, qui a interdit la pratique de tuer les petites filles à leur naissance et conservé l’identité de la femme qui maintient son nom après le mariage — contrairement à ce qui ce passe en Occident —, est une religion qui libère la femme.

Ceci signifie que la mission de Dar Al-Iftaa doit aller au-delà de la recherche des anciennes fatwas comme ce fut le cas pour celle sur les statues. Il faut recourir à la raison pour nous prouver, ainsi qu’au monde entier, que l’islam est une religion universelle adaptée à tout lieu et à tout temps et pas seulement à la société qui pratiquait l’idolâtrie dans la Péninsule arabique, 14 siècles plus tôt. Le recours à la raison est une caractéristique essentielle du musulman et plus les imams de l’islam l’appliquent, plus ceci augurerait une nouvelle renaissance islamique. Cela nous renvoie à l’époque de l’imam Mohamad Abdou qui n’a pas seulement permis la sculpture de statues, mais a fait l’éloge de ceux qui en ont sculpté de manière à rendre le goût général plus raffiné. L’imam Mohamad Abdou représente l’esprit de l’époque dans laquelle il a vécu, car il a réalisé que les gens ne vont pas s’agenouiller devant les statues de Lazoghli, Ibrahim pacha, Saad Zaghloul, Moustapha Kamel ou Ahmad Maher, qui ornent les places du Caire et qui ont été sculptées par les mains d’artistes étrangers et égyptiens, dont le grand Mahmoud Mokhtar.

Est-il normal qu’un siècle après Mohamad Abdou, l’on fasse marche arrière et l’on interdise la sculpture des statues en répétant que les anges n’entrent pas dans les maisons où sont posées des statues ? La maison du prophète Mohamad contenait des images et, selon le hadith intégral, son épouse Aïcha avait accroché sur le mur un rideau comportant des images ; le prophète lui a alors demandé de l’enlever parce qu’il le gênait pendant qu’il faisait la prière. Elle l’a utilisé pour fabriquer des coussins et le prophète les a acceptés.

Mais Dar Al-Iftaa a sorti une ancienne fatwa, émise il y a des années, prohibant les images et les statues. Et lorsque ceci a suscité la colère des gens, le mufti a dit qu’il n’était pas à l’origine de cette ancienne fatwa et qu’il n’a fait que la publier. Si telle était la mission de Dar Al-Iftaa, le mufti Ali Gomaa aurait dû la laisser à l’un des fonctionnaires pour qu’il puisse, lui, se consacrer à des affaires plus importantes.

La véritable fatwa est celle qui émane de l’esprit de l’époque et c’est ce que les grands de l’histoire islamique ont compris comme le calife Omar Ibn Al-Khattab qui a aboli la peine contre le vol parce que les circonstances de l’époque l’exigeaient.

Il existe deux écoles de fatwa, l’une recherchant dans les anciennes archives les fatwas émises dans des époques lointaines pour les communiquer aux gens telles quelles, et l’autre est imprégnée de l’ère du temps sans pour autant perdre l’esprit de l’islam et ses préceptes.

Mais tout ceci n’a rien à voir avec le droit du mufti ou de quiconque d’autre de s’exprimer et de répondre aux critiques qui leur sont adressées. Si nous revendiquons réellement la démocratie et la liberté d’expression, nous devons défendre le droit du mufti de répondre et nous devons contribuer par nos avis pour améliorer la performance de son site électronique qui se contente de qualifier toute information qu’il veut dénier de « mensongère et dénuée de toute réalité ». Nous devons faire appel à la raison lorsqu’il s’agit de répondre. Nous aurons ainsi respecté les personnes qui recourent au site. J’ai parfois l’impression que nous n’avons pas compris l’essence de la démocratie, malgré les appels incessants la revendiquant. C’est pourquoi nous adressons des critiques au nom de la liberté d’expression, mais si quelqu’un nous répond, nous objectons, comme si la liberté était uniquement une question de pure forme, loin de conférer le droit de réponse.

Retour au sommaire

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah - Chourouq Chimy
Assistants techniques: Karim Farouk - Dalia Gabr
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.