Al-Ahram Hebdo, Idées | L’inépuisable Mahfouz
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 22 au 28 novembre 2006, numéro 637

 

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Idées
Ecrivains Arabes. Temps, espace, Histoire. Tels sont les éléments qui réunissent des chercheurs autour de la littérature de Mahfouz durant le colloque de l’Union des écrivains arabes consacré à son œuvre.

L’inépuisable Mahfouz

Sa vie durant, Naguib Mahfouz l’écrivain tout autant que l’homme n’a cessé de faire couler beaucoup d’encre dans les deux mondes arabe et occidental. Après son décès, loin de s’assoupir, critiques et recherches semblent, au contraire, s’intensifier, preuve que sa littérature demeure inépuisable. Signe d’intemporalité sans doute !

En hommage à Mahfouz, la 23e édition du colloque de l’Union des écrivains arabes consacre trois journées entières, du 21 au 23 novembre, à des études sur son œuvre, lesquelles tournent essentiellement autour d’un triple axe : temps, espace et Histoire. Elles prennent, pour la plupart, comme point de départ, la période dite « historique » de Mahfouz — fasciné à ses débuts par l’histoire pharaonique — pendant laquelle il a écrit ses premiers romans entre 1939 et 1944 : Abath al-aqdar (l’absurdité des destins), Radubis et Kifah Tibah (le combat de Thèbes). Elles abordent également les romans réalistes qui, à travers l’espace-temps subtilement exploité par l’auteur, reflètent les moments forts de l’histoire contemporaine de l’Egypte.

A titre d’exemple, Mohamad Hassan Abdallah évoque « l’esthétique de la présence pharaonique » et son impact sur la production ultérieure de l’auteur, laquelle oscille entre le réel, l’épique, le symbolique, et l’expérimental. Pour lui, « différentes époques se sont suivies et superposées en couches géologiques » dont la plus ancienne a constitué un prélude aux autres. Cet aspect de la littérature de Mahfouz semble en fait être le plus souvent négligé par les études au profit de ses ouvrages réalistes. Sans doute ne faut-il pas oublier que la forme historique chez lui ne se réduit pas à de simples contes du passé, mais elle fait la projection du vécu contemporain d’alors. Toutefois, à la relecture des ouvrages, cela ne peut-il être aussi une projection de notre présent du XXIe siècle ? Ce présent où les peuples aspirent à se libérer de toutes formes d’injustice et surtout d’une nouvelle forme masquée de colonisation.

L’étude de Youssef Hassan Nawfal « l’historicité entre l’usage et la production » est, elle aussi, à cheval entre le pharaonique et le contemporain. Elle révèle l’influence de l’histoire (ancienne et contemporaine) sur la production développée et diversifiée axée sur la dualité espace-temps ou le « chronotope », suivant les critiques. Pour lui, c’est l’espace-temps qui commande le choix des personnages de Mahfouz, de leur typage, description, structure et analyse, et non l’inverse. Quant à l’histoire contemporaine chez l’auteur, les sources documentaires y perdent du terrain au profit de la lecture interprétative présentée au lecteur à travers une vision plutôt totalisante. Là, l’espace-temps ne se révèle plus sous son aspect historique et réel : il reflète une mixture de réalisme et de symbolisme comme dans Awlad haretna (Les Fils de la Médina) qui présente une conception globale de l’homme à la recherche de la liberté et de la justice, ou de réalisme et de soufisme comme dans al-Harafich (La Chanson des gueux) ou encore le malaise existentiel comme dans Al-Chahhat (Le Mendiant).

Pour sa part, Thanaa Anas Al-Wougoud étudie les aspects de réalisme chez Mahfouz en prenant l’exemple des romans d’espace où le réalisme social « fait l’effet de documentaires ou d’œuvres d’art photographiques ». C’est ainsi qu’elle estime que, dans les romans d’espace, l’espace réel étroit ou presque clos (passage, ruelle, café, etc.), commande les éléments de la narration comme, à titre d’exemple, dans Khan Al-Khalili, la Trilogie et Al-Qahira al-gadida (Le Nouveau Caire).

Abdel-Moneim Tallima, lui, relève plutôt tout un système de « dualités » dans l’écriture mahfouzienne : renouvellement/libéralisme et démocratie. Renouvellement des formes de narration relevant du patrimoine arabe : textes allégoriques, épiques, populaires, transmission orale, esthétique soufie, etc. Et libéralisme/démocratie comportant la plus grande des dualités : Le bien et le mal qui entraîne d’autres : justice/injustice, foi/science, individu/société, que traite l’auteur afin de parvenir à la valeur la plus sublime : la liberté.

Mais pourquoi a-t-on toujours, et à tort, l’impression que tout a été dit sur Mahfouz ?

Mahmoud Al-Rabiey étaie la question en parlant d’une critique le plus souvent incompétente où l’intérêt est plutôt porté à la biographie et aux opinions politiques et philosophiques de l’auteur — loin de la critique au sens scientifique du terme — qu’à sa créativité même.

Cela dit, une chose est sûre : parler Mahfouz aujourd’hui n’est pas lui rendre hommage, mais c’est témoigner de l’universalité de l’homme et de sa littérature. Parce qu’intemporels, ses ouvrages, empruntons à Boileau son expression, étincelleront toujours de « beautés sublimes » .

Anas Aboul-Fotouh

* Auteure de deux thèses sur la réception des Fils de la Médina et de la littérature arabe traduite en France après le prix Nobel 1988. 

Programme

Dans le cadre du festival de poésie, organisé en marge de la Conférence des écrivains arabes, l’on pourra assister à des soirées de poésie.

Au Caire, 12 à 13 poètes participeront à chacune des soirées, dont la modération sera assurée par un poète qui lira également des extraits de ses œuvres.

Le vendredi 24/11/2006 de 19h à 21h30 dans la grande salle de la Bibliothèque nationale (Dar Al-Kotob), modération Ibrahim Abou-Senna, le samedi 25/11/2005 de 17h à 19h, dans le théâtre de l’Union des écrivains, modération Abdel-Moneim Awwad Youssef, le samedi 25/11/2006, de 19h à 21h, dans la Grande bibliothèque du Caire, modération Al-Mounji Sarhan, et le dimanche 26/11/2006, de 19h à 21h, au Syndicat des journalistes, modération Houzayn Omar.

Des soirées similaires seront également organisées en dehors du Caire.

Bibliothèque d’Alexandrie : 25/11/2006, à 18h

L’Université de Minya : 26/11/2006, à 12h

Bibliothèque Moubarak à Mansoura : 25/11/2006, à 12h

Camp international des scouts à Port-Saïd : 25/11/2006, à 20h

Palais de la culture à Ismaïliya : 26/11/2006, à 19h

Palais de la culture au Fayoum : 26/11/2006, à 19h

 

 




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