Al-Ahram Hebdo, Egypte | Oui à la réforme, non à l’aventurisme
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 22 au 28 novembre 2006, numéro 637

 

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Egypte

Politique. Inaugurant dimanche la nouvelle session parlementaire, le président a réaffirmé son engagement à promouvoir la démocratie. Un discours reçu entre espoir et scepticisme.

Oui à la réforme, non à l’aventurisme

Il n’y aura pas eu de révélation lors de l’inauguration de la nouvelle session parlementaire, placée sous le signe de la réforme constitutionnelle. Pas de scoop non plus. Dans son discours très attendu prononcé dimanche à l’Assemblée du peuple, le président Moubarak s’est gardé d’être trop précis sur la nature des réformes constitutionnelles prévues, se contentant de donner le ton, tout en appelant les acteurs « sincères » à apporter leurs contributions dans le processus enclenché, mais en excluant en même temps les velléités « aventuristes ». Donner plus de liberté aux partis politiques, plus de place aux femmes sur l’échiquier politique, restreindre les prérogatives du président de la Républiques, accroître les pouvoirs du Parlement et remplacer l’état d’urgence par des lois antiterroristes, telles sont les grandes lignes de la réforme annoncée. D’après le président, il s’agit des « amendements constitutionnels les plus importants et les plus larges depuis 1980 ».

Comme prévu, le président a demandé l’amendement de l’article 76 de la Constitution. Cet article, qui a subi un premier amendement l’an dernier, prévoit qu’un parti doit contrôler au moins 5 % des sièges au Parlement pour présenter un candidat à l’élection présidentielle, et contraint les candidats indépendants à obtenir la signature d’au moins 250 élus nationaux et locaux. La domination au Parlement et aux conseils locaux du Parti National Démocrate (PND) au pouvoir, rend impossible toute candidature indépendante ou émanant d’un parti d’opposition.

Les Frères musulmans ont immédiatement mis en doute la sincérité de ces intentions, estimant que le président Moubarak veut seulement aménager les règles touchant les partis politiques, tout en maintenant celles concernant les candidatures indépendantes. Les Frères, qui représentent la principale force d’opposition, bien que non reconnue comme parti, ont obtenu (sous le label indépendant) 88 députés lors des dernières législatives, soit un quart des sièges de l’Assemblée. « Il y aura des conditions qui empêcheront les indépendants de participer au processus électoral », a averti le numéro deux des Frères musulmans, Mohamad Habib.

Le flou, qui domine la nature et l’ampleur des réformes que l’Etat peut tolérer dans un avenir proche, fait osciller entre scepticisme et espoir. C’est exactement l’état des dirigeants de l’opposition officielle reconnue par l’Etat, qui donnent chacun sa propre lecture du discours, tantôt minimisant son importance, tantôt exagérant sa portée.

« Le discours du président n’apporte rien de nouveau, il y a répété ce qu’il avait déjà annoncé devant la commission parlementaire du PND, et s’est abstenu d’entrer dans les détails », souligne le rédacteur en chef de l’organe du parti Nassérien, Abdallah Al-Sénnaoui. Pour celui-ci, la seule déclaration « dramatique » fut celle où le président a affirmé son intention de continuer « jusqu’au dernier souffle ». En effet, dans son discours, le président a affirmé : « Je continuerai avec vous sur le chemin du passage vers le futur, endossant la responsabilité et ses fardeaux, tant qu’il y aura, dans la poitrine, un cœur qui bat et un souffle ». Pour Al-Sénnaoui, cette déclaration exclut la succession du président Moubarak par son fils cadet Gamal qui grimpe progressivement les échelons du PND. « Et à mon avis, si la succession n’a pas lieu du vivant du président Moubarak, Gamal aura très peu de chance d’accéder à la présidence après la disparition de son père », ajoute-t-il.

De son côté, le président du parti du Rassemblement (gauche), Réfaat Al-Saïd, pense que les détails de la réforme n’ont pas encore été décidés dans les hautes sphères du pouvoir. « La procédure de la réforme est enclenchée quand le président de la République demande au Parlement de modifier des articles précis de la Constitution. Ceci n’a pas eu lieu. M. Moubarak n’a cité que l’article 76 relatif à l’élection du président de la République, et c’est pourquoi on ne peut pas dire que ce discours était consacré à ladite réforme », souligne Al-Saïd.

Franchement sceptique, l’analyste Nabil Abdel-Fattah exclut toute intention de l’Etat de procéder à de véritables réformes. « Comment parler de réforme tout en affichant une intention de demeurer jusqu’à la fin au pouvoir », attaque le chercheur du Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Et d’ajouter : « Tout semble montrer que nous sommes face à une tentative de contourner les pressions internationales pour entreprendre des réformes politiques et constitutionnelles », ajoute-t-il. Abdel-Fattah note, par ailleurs, plusieurs contradictions dans les réformes proposées, comme le fait de vouloir restreindre les prérogatives du président de la République pour le compte du premier ministre, alors que le système politique actuel fait de ce dernier un simple « secrétaire du président », ou encore l’amendement de l’article 76 de la Constitution, de sorte à pratiquer une discrimination entre les candidats issus de partis politiques et les indépendants. « Quand on inclut des clauses inconstitutionnelles dans la Constitution même, cela pose un problème majeur et quand on se trouve obligé d’amender la Constitution tous les ans, cela rend triviale la valeur du texte fondamental », estime-t-il.

Enfin, préférant adopter un discours objectif, le vice-président du parti libéral du néo-Wafd, Mounir Fakhri Abdel-Nour, pense que seul le temps nous dira lequel des deux scénarios est en train de s’écrire. « De deux choses l’une, ou bien il s’agit d’adopter des réformes cosmétiques qui finalement n’auront aucune valeur, ou bien il existe une vraie intention de réformer le système politique et dans ce cas là il faudra s’atteler à des amendements substantiels de l’actuelle Constitution », explique Abdel-Nour qui se dit incapable de « scruter les intentions » .

Chérif Albert

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