Al-Ahram Hebdo,Arts | Affaire Dounia (suite)
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 Semaine du 22 au 28 novembre 2006, numéro 637

 

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Arts

Cinéma. Le film franco-égyptien Dounia continue à faire des vagues. Son interdiction pour la deuxième semaine consécutive relève, en apparence, d’un différend administratif.

Affaire Dounia (suite)

Avec le long métrage Dounia, qui aborde l’excision en Egypte, la réalisatrice libanaise Jocelyne Saab a frappé fort depuis sa diffusion, en 2005, dans le cadre du Festival du cinéma du Caire. Débat, incompréhension, colère … un véritable tollé secoue encore une fois la scène artistique depuis l’annonce de la sortie du film en salle il y a quinze jours suite au report de sa projection jusqu’à nouvel ordre.

La raison du délai, du moins celle qui a été annoncée officiellement, est comme suit : la réalisatrice, étant étrangère, est censée payer la somme de 20 000 dollars à l’Union égyptienne des syndicats afin de pouvoir projeter le film en salle.

Pour sa part, la réalisatrice a refusé de payer, disant que « cette condition sine qua non » n’est qu’un prétexte pour entraver la sortie du film, déjà diffusé sans problème en Palestine. Elle a été encore plus loin, faisant allusion au fait que le film serait la proie d’un « complot ».

La Société arabe, responsable de sa distribution en Egypte, a refusé également de verser la somme susmentionnée, en dépit de la large campagne publicitaire qu’elle avait déjà lancée au profit de la fiction en question et de l’album renfermant les chansons du film, interprétées par Mohamad Mounir. « Notre société a déjà payé 70 000 L.E. à la douane pour faire entrer les copies du film, et en tant que distributeurs, nous n’avons pas à payer ce que la productrice doit régler aux parties concernées », affirme Abdel-Guélil Hassan, attaché de presse de la société de distribution.

Les fans du chanteur Mohamad Mounir, principal interprète masculin, avaient manifesté la semaine dernière devant quelques salles de cinéma au Caire, pour « exprimer leur refus quant à l’interdiction du film ». Omar Al-Minyawi, fondateur du Groupe des fans de Mohamad Mounir sur Internet, s’indigne : « Nous attendions le film impatiemment depuis sa projection il y a un an au Festival du film du Caire. Nous sommes choqués que son interdiction relève de causes bureaucratiques ».

Même son de cloche chez certains critiques qui ont trouvé dans cette décision « un chantage de la part de l’Union égyptienne des syndicats artistiques afin de gagner une poignée de dollars ». Achraf Sobhi réitère : « Ce sont ces mesures abusives qui font fuir les cinéastes étrangers, qui préfèrent tourner, coproduire et diffuser leurs films ailleurs, notamment dans le Maghreb ».

De son côté, Al-Sayed Radi, président de l’Union des syndicats artistiques, souligne que « ce sont des procédures officielles que l’Union impose aux producteurs et créateurs étrangers. Ne pas payer ladite somme rend la projection impossible ».

A travers l’histoire de la jeune danseuse Dounia (interprétée par la comédienne, aujourd’hui voilée, Hanane Tork), le film s’attaque à la censure sociale, à la tradition de l’excision des filles et au rapport homme-femme. Il ne se contente pas de dénoncer cette pratique barbare, mais attire aussi l’attention sur une autre excision plus large, celle du monde intellectuel arabe qui, par conformisme ou par peur, voile sa propre histoire et se replie sur ses tabous.

Yasser Moheb

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