Quand
les femmes sont au pouvoir, peuvent-elles tout régler ? Cherche-t-on
la gloire d’une nouvelle Lysistrata ? Dans la mythologie grecque,
cette femme légendaire a créé son royaume féminin, interdisant
aux femmes d’approcher leurs maris. Elle et ses amies ont imposé
leur volonté aux hommes à Sparte par la ruse et ont réussi à
arrêter la guerre. Dans Nissaa al-saada (femmes du bonheur)
écrite par Mohamad Hassan Al-Alfi, rédacteur en chef du journal
Al-Watani Al-Yom, et mise en scène par l’octogénaire Hassan
Abdel-Salam, les femmes ne cherchent pas à instaurer la paix
mais plutôt à imposer une réforme politique et sociale. Elles
sont les vraies héroïnes. Gawhara (interprétée par Wafaa Amer),
femme du roi Abdel-Naïm (Ahmad Wafïe), par son jeu de séduction
et d’amour, arrive à s’emparer du royaume pendant une semaine.
Son objectif est de révéler à son mari les aspirations du peuple
gouverné. Elle rêve de démocratie et de justice sociale. Une
fois sur le trône, elle oublie son mari, ses rêves et ses
objectifs d’autrefois. Elle enferme les hommes dans les maisons
et joue à la despote. Sa dictature va encore plus loin au point
de vouloir dénigrer tous les hommes et ordonner l’avortement de
toutes les femmes enceintes d’un enfant mâle. Malgré sa
puissance, elle se retrouve menacée par un autre pays qui tente
d’intervenir dans sa politique interne. Gawhara, effrayée et
perdue, cherche l’appui de son mari pour faire face à l’ennemi.
Les allusions politiques sont évidentes tout
au long du texte. On évoque le rapport des pays arabes vis-à-vis
des Etats-Unis, les conflits en Iraq, en Palestine, au Liban
avec son héros chiite Hassan Nasrallah. Le texte permet aux
acteurs, surtout à la principale protagoniste, de faire de
longues digressions sur ces thèmes. Et pourquoi ne pas jouer le
rôle de héros salvateurs ou de leaders qui expriment ouvertement
leurs opinions et vantent leur audace ? D’où la longueur de la
pièce.
Le metteur en scène, Hassan Abdel-Salam, a
voulu créer un show musical, une pièce légère et comique, comme
à son habitude, lui qui a autrefois signé des chefs-d’œuvre du
genre.
La pièce débute par un show reflétant le
rapport stéréotypé entre l’homme et la femme et où cette
dernière se veut toujours la victime. Les danseurs portent des
habits en noir et blanc et se livrent à un jeu d’opposés pour
présenter les querelles entre les deux sexes. Une scène assez
traditionnelle. En fait, dans le but de préserver au spectacle
son caractère musical et son ambiance de gaieté, le metteur en
scène parsème la pièce de chansons rythmiques, interprétées
tantôt par les groupes de comparses, tantôt par les acteurs
principaux. Et parfois, on entend quelques enregistrements sans
avoir des chanteurs sur scène. Tout est transmis au public à
travers des micros et des instruments acoustiques qui déforment
la voix. Sans avoir un vrai rôle dramatique, ces chansons
ajoutent à la longueur de la pièce et sont souvent accompagnées
d’une chorégraphie qui se limite à quelques gestuels et aux
mouvements de va-et-vient injustifiés. Dans la scène où la reine
tente de séduire son mari, on entend une chanson où les éléments
décoratifs de la chambre à coucher se prononcent faisant l’éloge
de leurs effets romantiques. Le couple ne manque pas de danser
dans la joie.
Les arrière-plans dorés, multicolores et le
décor traditionnel du trône, par lesquels le metteur en scène
cherche à éblouir le public, mènent à une impression désuète.
La longueur du texte, le message trop direct,
le déjà-vu … On se demande pourquoi on est là.
May Sélim