A 22 ans, vous
êtes vice-champion du monde de la catégorie +84 kg. Que
représente pour vous une telle performance ?
Mohanad Magdi : Cette médaille d’argent est
très précieuse pour moi. Avant ces Mondiaux, je n’aurais jamais
imaginé un tel résultat. C’était un rêve très difficile à
réaliser car je suis encore jeune et il me manque énormément
d’expérience par rapport aux autres karatékas. Donc elle vient
me dire que je suis un athlète de bon niveau, capable de
réaliser d’autres exploits dans l’avenir.
— Comment avez-vous appréhendé vos premiers
Championnats du monde ?
— J’ai la qualité d’être relativement
courageux durant les compétitions. Au cours de ces Mondiaux, la
peur n’a pas fait partie de mes sentiments, surtout que j’étais
inconnu et personne ne s’attendait à une médaille de ma part.
Donc j’étais à l’aise et j’avais en tête l’idée que cette
compétition était une bonne occasion pour moi d’acquérir de
l’expérience. Après avoir pris connaissance du résultat du
tirage au sort de ma catégorie, j’ai pensé que mon rêve de
récolter une médaille était très difficile car mon groupe
comprenait des athlètes d’un très haut niveau.
— En 16es de finale, vous avez battu
l’Italien S. Maniscalco, champion du monde 2004 (+80 kg) et 2006
en poids ouvert ...
— Ce match fut très difficile, d’autant plus
que Maniscalco avait remporté le titre de la catégorie poids
ouvert avant de me rencontrer. Comme j’avais perdu contre cet
homme lors du Tournoi méditerranéen de Tunisie, j’ai bien étudié
son style de jeu avant de le rencontrer cette fois-ci. C’est un
karatéka talentueux d’un très haut niveau qui fait tout au cours
des compétitions. Je sais que je ne dois pas l’attaquer durant
le match, car sa défense est très puissante. Donc, mon jeu s’est
basé sur la contre-attaque, un système qui a été très utile.
Finalement, j’ai remporté le match sur le score de 2-1.
L’Italien et son entraîneur ont été stupéfaits du résultat.
— Après ce match, avez-vous commencé à croire
que vous pouviez remporter une médaille ?
— Durant les matchs, je n’ai jamais pensé à
cette idée. Je crois que si j’avais pensé à remporter une
médaille, j’aurais échoué. J’ai considéré chaque match comme le
premier, un système qui a fait son effet. J’ai réussi à utiliser
ce système grâce à la préparation mentale que j’ai reçue. La
Fédération égyptienne a désigné, avant les Mondiaux, le Dr Al-Arabi
Chamoun pour s’occuper de notre préparation mentale. Je dois
beaucoup à cet homme qui m’a énormément aidé.
— Comment êtes-vous parvenu à ce niveau en si
peu de temps ?
— J’ai commencé à pratiquer le karaté à Sarja
(Emirats arabes unis) car je suis né là-bas. Je suis revenu en
Egypte en 1998 et j’ai intégré le club Ahli. Grâce à
l’entraîneur Khaled Fadl, mon niveau s’est nettement amélioré.
J’ai passé deux ans en entraînement sans disputer de compétition.
Puis j’ai commencé à récolter des médailles lors des différents
championnats d’Egypte. Grâce au club Ahli, j’ai acquis beaucoup
d’expérience en disputant des tournois internationaux à l’âge de
17 ans. Car selon le statut du club, tous les champions d’Egypte
peuvent disputer 2 tournois internationaux par an. En 2001, j’ai
intégré la sélection nationale et j’ai commencé un nouveau
niveau de jeu. Donc le fait de disputer des compétitions
internationales dès mon jeune âge a largement contribué à
l’amélioration de mon niveau.
— Les karatékas se plaignent souvent de la
préparation, pas toujours efficace. Avez-vous connu les mêmes
problèmes ?
— Une préparation médiocre est le plus grand
obstacle au progrès. Imaginez que nous n’avons effectué aucun
stage à l’étranger en préparation à ces Mondiaux ! Nous avons
seulement effectué deux stages de préparation, un à Ras Al-Bar
et l’autre à Alexandrie. Et nous ne participons pas à de
nombreux tournois. Or le karaté est un sport de combat, et nous
devons disputer beaucoup de matchs afin d’acquérir de
l’expérience.
— Lors des derniers Mondiaux de Finlande,
l’Egypte a remporté 7 médailles. Pensez-vous que cette
performance pourra influer sur l’avenir de la discipline ?
— Je crois qu’après ces résultats, les
responsables des sports égyptiens au ministère accorderont un
peu plus d’intérêt à la discipline. Cette dernière, malgré le
grand nombre de pratiquants, souffre du fait d’être un sport non
olympique. Mais j’espère que nous recevrons plus d’intérêt,
comme le squash, qui après avoir réalisé de bons résultats, a
attiré l’attention des responsables .
Propos recueillis par
Doaa Badr