Al-Ahram Hebdo, Opinion |  Comment sortir de l’impasse interpalestinienne
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 Semaine du 25 au 31 octobre 2006, numéro 633

 

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Opinion

 Comment sortir de l’impasse interpalestinienne

Hassan Abou-Taleb
Politologue

Les Palestiniens affirment sans relâche que l’union nationale est la ligne rouge à ne pas franchir. Cependant, les événements dont ont témoigné les territoires palestiniens durant les trois dernières semaines sont un indice dangereux. Vingt Palestiniens ont été tués et plus de 120 ont été blessés. Puis, grâce aux interventions égyptiennes, les Palestiniens sont parvenus à un document en 10 points afin d’empêcher les affrontements armés entre les deux plus grandes factions, le Fatah et le Hamas. Néanmoins, le manque de confiance entre les deux parties menace cet accord.

Les affrontements entre le Fatah et le Hamas ont été un choc pour les Palestiniens et pour tous ceux qui soutiennent la cause palestinienne, la considérant comme une lutte légitime pour mettre un terme à la pire occupation qu’ait jamais connue l’humanité. En effet, tout affrontement entre les organisations palestiniennes verse dans l’intérêt de l’occupation car il épuise la force palestinienne limitée. De plus, il retarde tout effort politique visant à raviver les négociations sérieuses autour de l’instauration d’un Etat palestinien indépendant.

Les Palestiniens ont grand besoin d’une concorde nationale, d’un programme politique unanime et surtout d’une confiance réciproque entre les principales forces. Telles sont les conditions pour que les Palestiniens puissent poursuivre le long chemin de la lutte légitime contre l’occupation. La concorde nationale requise ne signifie pas que les différentes parties renoncent à leurs convictions. Elles ont le droit de les conserver, mais elles doivent en même temps être en accord avec les autres parties pour réaliser les grands objectifs nationaux qui ne font pas l’objet de différends.

Le manque de confiance entre les parties palestiniennes peut mener à un conflit grave, ce qui portera préjudice à l’union nationale palestinienne surtout que la capacité de chaque partie à renverser l’autre semble faible. En effet, chacune d’entre elles a une réelle présence et de fait palpable dans la rue palestinienne et a des partisans à l’intérieur comme à l’extérieur. Ce manque de confiance revient à deux raisons principales. La première est la crise du mouvement du Fatah et la seconde est la crise du mouvement du Hamas. La crise du Fatah émane du fait qu’il a pris l’habitude d’être au pouvoir et n’a jamais été dans les rangs de l’opposition avant que le Hamas ne gagne aux élections parlementaires et qu’il ne forme seul le gouvernement.

Quant à la crise du Hamas, elle est plus complexe. Il y a une division entre les dirigeants de l’intérieur et les dirigeants de l’extérieur. Une division qui va empêcher le gouvernement du Hamas à prendre des décisions importantes avant d’obtenir le feu vert des dirigeants de l’extérieur. Quoi que l’on dise sur la discipline institutionnelle qui caractérise le Hamas, il est certain que les visions politiques diffèrent entre ceux qui vivent à l’intérieur sous l’occupation et qui sont menacés à chaque instant de mourir sous le joug de la machine militaire israélienne et entre ceux qui vivent relativement libres de ces pressions, mais qui connaissent d’autres pressions émanant parfois des pays qui les accueillent. En effet, ces pays peuvent avoir des calculs politiques différents de ceux des dirigeants de l’extérieur qui y vivent.

La crise du Hamas a une autre facette. Le Hamas vit une dualité entre l’action politique médiatique, dont une grande partie s’est transformée en travaux gouvernementaux officiels, et l’action militaire. En effet, chacun de ces niveaux a ses propres calculs et les facteurs qui influencent ses décisions et ses actions pratiques. Cette dualité influence certainement sa crédibilité et sa capacité de manœuvrer et de répondre aux attaques. Quant à la troisième facette, elle apparaît dans la différence entre les travaux du gouvernement et les travaux du parti car chacun a une nature différente. En effet, les cadres du Hamas ne se sont jamais essayés dans les voies gouvernementales avec tout ce qu’elles impliquent comme engagements juridiques et travaux institutionnels, financiers et administratifs. De plus, la seule expérience des cadres du Hamas se résume dans l’action partisane politique militaire sous les pressions. Par ailleurs, le Hamas subit un blocus acharné dirigé par les Etats-Unis. Un fait qui a influencé les performances du gouvernement. Cependant, le Hamas n’a pas perdu sa popularité parmi les Palestiniens.

Les conjonctures se compliquent davantage à la lumière des relations perturbées entre le président de l’Autorité, Mahmoud Abbass, et le président du gouvernement, Ismaïl Haniyeh, qui ont mené au rétrécissement de certaines prérogatives du gouvernement qui ont été annexées à celles de la présidence.

Le peuple palestinien est victime de l’occupation israélienne, mais aussi du blocus américano-européen injuste et de l’incapacité arabe flagrante. Ce qui place les palestiniens dans une épreuve difficile, surtout que la politique américaine interfère directement afin de changer la scène politique palestinienne et de la reformuler selon sa propre stratégie. Ceci s’est avéré dans le document de soutien au président Mahmoud Abbass et des forces et partis qui s’opposent à l’expansion fondamentaliste et islamique. L’objectif est de préparer de nouvelles élections parlementaires après avoir convaincu ou plutôt après avoir exercé des pressions sur le président Abbass pour qu’il appelle à des élections anticipées. Ce afin d’éjecter le Hamas du gouvernement, et si possible du Parlement.

Un plan américain

Selon le document qui a atterri on ne le sait comment entre les mains de sources israéliennes, les Etats-Unis vont présenter un financement de 42 millions de dollars par deux voies parallèles. La première voie est politique. Elle vise à réadapter le Fatah et à le sortir de sa crise institutionnelle en sa qualité de remplaçant probable du Hamas, côte à côte avec des organisations ou des partis, considérés selon les critères américains comme hostiles aux idéologies fondamentalistes et aux méthodes du Hamas. Elle vise aussi à former des journalistes locaux, dont la seule mission serait de surveiller le Hamas ou plutôt de collecter des renseignements détaillés sur lui.

Quant à la deuxième voie, elle concerne des questions sécuritaires relatives à la présidence palestinienne. En effet, les gardes de la présidence connues sous le nom de la force 17 recevront une formation spéciale de sorte à accomplir des missions déterminées comme le contrôle des points de passage palestino-israéliens, à frapper d’une main de fer ceux qui menacent la présidence et vraisemblablement à affronter les forces exécutives formées par le ministre de l’Intérieur du gouvernement du Hamas et connues sous le nom de la force exécutive.

Ce plan américain représente une ingérence évidente afin de reformuler l’Autorité palestinienne d’une manière à renverser les normes de la démocratie et des élections honnêtes au profit de critères de domination conçus pour servir la nouvelle vision américaine.

Ce plan américain profitera à certains Palestiniens. C’est certain. Cependant, la destruction de l’Autorité palestinienne, l’installation de l’hostilité entre ses factions et le renforcement de l’une de ses institutions aux dépens des autres sont à même de créer de nouvelles équations institutionnelles n’ayant aucune relation avec un quelconque régime démocratique parlementaire. Il s’agira d’un régime présidentiel aux vastes prérogatives basées sur la sécurité et la tyrannie.

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