Les
Palestiniens affirment sans relâche que l’union nationale est la
ligne rouge à ne pas franchir. Cependant, les événements dont
ont témoigné les territoires palestiniens durant les trois
dernières semaines sont un indice dangereux. Vingt Palestiniens
ont été tués et plus de 120 ont été blessés. Puis, grâce aux
interventions égyptiennes, les Palestiniens sont parvenus à un
document en 10 points afin d’empêcher les affrontements armés
entre les deux plus grandes factions, le Fatah et le Hamas.
Néanmoins, le manque de confiance entre les deux parties menace
cet accord.
Les affrontements entre le Fatah et le Hamas
ont été un choc pour les Palestiniens et pour tous ceux qui
soutiennent la cause palestinienne, la considérant comme une
lutte légitime pour mettre un terme à la pire occupation qu’ait
jamais connue l’humanité. En effet, tout affrontement entre les
organisations palestiniennes verse dans l’intérêt de
l’occupation car il épuise la force palestinienne limitée. De
plus, il retarde tout effort politique visant à raviver les
négociations sérieuses autour de l’instauration d’un Etat
palestinien indépendant.
Les Palestiniens ont grand besoin d’une
concorde nationale, d’un programme politique unanime et surtout
d’une confiance réciproque entre les principales forces. Telles
sont les conditions pour que les Palestiniens puissent
poursuivre le long chemin de la lutte légitime contre
l’occupation. La concorde nationale requise ne signifie pas que
les différentes parties renoncent à leurs convictions. Elles ont
le droit de les conserver, mais elles doivent en même temps être
en accord avec les autres parties pour réaliser les grands
objectifs nationaux qui ne font pas l’objet de différends.
Le manque de confiance entre les parties
palestiniennes peut mener à un conflit grave, ce qui portera
préjudice à l’union nationale palestinienne surtout que la
capacité de chaque partie à renverser l’autre semble faible. En
effet, chacune d’entre elles a une réelle présence et de fait
palpable dans la rue palestinienne et a des partisans à
l’intérieur comme à l’extérieur. Ce manque de confiance revient
à deux raisons principales. La première est la crise du
mouvement du Fatah et la seconde est la crise du mouvement du
Hamas. La crise du Fatah émane du fait qu’il a pris l’habitude
d’être au pouvoir et n’a jamais été dans les rangs de
l’opposition avant que le Hamas ne gagne aux élections
parlementaires et qu’il ne forme seul le gouvernement.
Quant à la crise du Hamas, elle est plus
complexe. Il y a une division entre les dirigeants de
l’intérieur et les dirigeants de l’extérieur. Une division qui
va empêcher le gouvernement du Hamas à prendre des décisions
importantes avant d’obtenir le feu vert des dirigeants de
l’extérieur. Quoi que l’on dise sur la discipline
institutionnelle qui caractérise le Hamas, il est certain que
les visions politiques diffèrent entre ceux qui vivent à
l’intérieur sous l’occupation et qui sont menacés à chaque
instant de mourir sous le joug de la machine militaire
israélienne et entre ceux qui vivent relativement libres de ces
pressions, mais qui connaissent d’autres pressions émanant
parfois des pays qui les accueillent. En effet, ces pays peuvent
avoir des calculs politiques différents de ceux des dirigeants
de l’extérieur qui y vivent.
La crise du Hamas a une autre facette. Le
Hamas vit une dualité entre l’action politique médiatique, dont
une grande partie s’est transformée en travaux gouvernementaux
officiels, et l’action militaire. En effet, chacun de ces
niveaux a ses propres calculs et les facteurs qui influencent
ses décisions et ses actions pratiques. Cette dualité influence
certainement sa crédibilité et sa capacité de manœuvrer et de
répondre aux attaques. Quant à la troisième facette, elle
apparaît dans la différence entre les travaux du gouvernement et
les travaux du parti car chacun a une nature différente. En
effet, les cadres du Hamas ne se sont jamais essayés dans les
voies gouvernementales avec tout ce qu’elles impliquent comme
engagements juridiques et travaux institutionnels, financiers et
administratifs. De plus, la seule expérience des cadres du Hamas
se résume dans l’action partisane politique militaire sous les
pressions. Par ailleurs, le Hamas subit un blocus acharné dirigé
par les Etats-Unis. Un fait qui a influencé les performances du
gouvernement. Cependant, le Hamas n’a pas perdu sa popularité
parmi les Palestiniens.
Les conjonctures se compliquent davantage à
la lumière des relations perturbées entre le président de
l’Autorité, Mahmoud Abbass, et le président du gouvernement,
Ismaïl Haniyeh, qui ont mené au rétrécissement de certaines
prérogatives du gouvernement qui ont été annexées à celles de la
présidence.
Le peuple palestinien est victime de
l’occupation israélienne, mais aussi du blocus
américano-européen injuste et de l’incapacité arabe flagrante.
Ce qui place les palestiniens dans une épreuve difficile,
surtout que la politique américaine interfère directement afin
de changer la scène politique palestinienne et de la reformuler
selon sa propre stratégie. Ceci s’est avéré dans le document de
soutien au président Mahmoud Abbass et des forces et partis qui
s’opposent à l’expansion fondamentaliste et islamique.
L’objectif est de préparer de nouvelles élections parlementaires
après avoir convaincu ou plutôt après avoir exercé des pressions
sur le président Abbass pour qu’il appelle à des élections
anticipées. Ce afin d’éjecter le Hamas du gouvernement, et si
possible du Parlement.
Un plan américain
Selon le document qui a atterri on ne le sait
comment entre les mains de sources israéliennes, les Etats-Unis
vont présenter un financement de 42 millions de dollars par deux
voies parallèles. La première voie est politique. Elle vise à
réadapter le Fatah et à le sortir de sa crise institutionnelle
en sa qualité de remplaçant probable du Hamas, côte à côte avec
des organisations ou des partis, considérés selon les critères
américains comme hostiles aux idéologies fondamentalistes et aux
méthodes du Hamas. Elle vise aussi à former des journalistes
locaux, dont la seule mission serait de surveiller le Hamas ou
plutôt de collecter des renseignements détaillés sur lui.
Quant à la deuxième voie, elle concerne des
questions sécuritaires relatives à la présidence palestinienne.
En effet, les gardes de la présidence connues sous le nom de la
force 17 recevront une formation spéciale de sorte à accomplir
des missions déterminées comme le contrôle des points de passage
palestino-israéliens, à frapper d’une main de fer ceux qui
menacent la présidence et vraisemblablement à affronter les
forces exécutives formées par le ministre de l’Intérieur du
gouvernement du Hamas et connues sous le nom de la force
exécutive.
Ce plan américain représente une ingérence
évidente afin de reformuler l’Autorité palestinienne d’une
manière à renverser les normes de la démocratie et des élections
honnêtes au profit de critères de domination conçus pour servir
la nouvelle vision américaine.
Ce plan américain profitera à certains
Palestiniens. C’est certain. Cependant, la destruction de
l’Autorité palestinienne, l’installation de l’hostilité entre
ses factions et le renforcement de l’une de ses institutions aux
dépens des autres sont à même de créer de nouvelles équations
institutionnelles n’ayant aucune relation avec un quelconque
régime démocratique parlementaire. Il s’agira d’un régime
présidentiel aux vastes prérogatives basées sur la sécurité et
la tyrannie.