Envoyer des troupes onusiennes financées par
l’Onu et non par leurs armées respectives. C’est la « solution
intermédiaire » proposée samedi par l’Egypte pour résoudre la
crise du Darfour, région de l’ouest du Soudan en proie à la
guerre civile. « Une solution intermédiaire pourrait inclure un
financement des forces de maintien de la paix nécessaires au
Darfour avec le budget des Nations-Unies, ce qui enlèverait les
pressions liées à un financement par d’autres parties impliquées
», a déclaré le chef de la diplomatie égyptienne Ahmad
Aboul-Gheit, à l’issue d’une réunion avec l’émissaire américain
au Soudan, Andrew Natsios. Aboul-Gheit a jugé que cette solution
pourrait aplanir les différences entre les Etats-Unis et le
gouvernement du Soudan, qui refuse le déploiement de troupes
onusiennes au Darfour.
Plus tôt, Andrew Natsios avait appelé samedi
à une action « rapide » pour régler la crise du Darfour, à
l’issue d’une autre réunion au Caire avec le chef de la Ligue
arabe, Amr Moussa. « Nous tentons de trouver un moyen pour
rapprocher la position de l’Onu de celle du gouvernement
soudanais », avait-il dit. Les Etats-Unis pressent pour
l’application de la résolution 1706 du Conseil de sécurité de
l’Onu prévoyant le déploiement de troupes onusiennes au Darfour
pour prendre le relais de celles de l’Union africaine,
sous-financées et mal équipées. Position soutenue par l’Union
Européenne (UE) qui a appelé vendredi la communauté
internationale à exercer « les pressions maximales » sur le
Soudan pour l’envoi urgent d’une force de maintien de la paix de
l’Onu au Darfour, « seule option viable et réaliste » pour le
maintien de la paix au Darfour. « Nous ne ménageons pas nos
efforts pour (en) convaincre le gouvernement du Soudan », a
affirmé le premier ministre finlandais Matti Vanhanen, dont le
pays exerce la présidence tournante de l’UE.
Le Conseil de sécurité de l’Onu a décidé, le
31 août dernier, l’envoi d’une force de l’Onu d’environ 17 000
soldats et 3 000 policiers pour prendre la relève de la Mission
de l’Union africaine (AMIS), composée de 7 200 hommes. Mais le
gouvernement soudanais a jusqu’ici réussi à s’y opposer. Le
président soudanais Omar Al-Béchir rejette ce scénario, et la
Ligue arabe soutient que tout déploiement de Casques bleus ne
peut se faire sans l’accord de Khartoum. Le régime soudanais
semble craindre que la présence de l’Onu au Darfour n’ouvre la
voie à des poursuites contre des responsables dans cette région
où les forces gouvernementales alliées aux milices arabes des
djandjawids sont accusées d’exactions contre les civils. M.
Aboul-Gheit avait noté cette semaine l’« importance d’obtenir un
message du Conseil de sécurité assurant le respect de la
souveraineté du Soudan, dont son système légal et judiciaire »,
en allusion à la menace d’éventuelles poursuites devant un
tribunal international.
Mais au moment où le gouvernement soudanais
affirme vouloir désarmer les djandjawids, comme stipulé dans
l’accord de paix sur le Darfour signé en mai dernier, le
représentant de l’Onu à Khartoum, Jan Pronk, a affirmé que
l’armée soudanaise tentait de mobiliser des milices liées à ces
redoutables guerriers arabes pro-gouvernementaux accusés
d’exactions contre les populations africaines au Darfour, que
Washington qualifie de génocide. « Le recours à des milices
liées aux djandjawids rappelle les événements de 2003 et 2004,
période du conflit durant lequel les attaques systématiques de
miliciens soutenus ou du moins autorisés par les forces armées
soudanaises ont conduit à des crimes atroces », a-t-il dit.
Commentant ces propos, un expert militaire soudanais a estimé
que les déclarations de M. Pronk allaient dans le sens des
pressions occidentales pour imposer des Casques bleus au Darfour,
où les combats avec les rebelles et la crise humanitaire ont
fait 200 000 morts et quelque 2,5 millions de déplacés depuis le
début du conflit en 2003 .
Hicham Mourad