Al-Ahram Hebdo,Monde Arabe | Les religieux contre la violence
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 Semaine du 25 au 31 octobre 2006, numéro 633

 

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Iraq. Des dirigeants religieux sunnites et chiites ont signé vendredi le « Document de La Mecque » en vue d’arrêter le bain de sang dans le pays. Mais leur appel risque d’être un prêche dans le désert, la violence se poursuivant sans relâche.

Les religieux contre la violence

Dans une énième tentative de mettre un terme à l’effusion de sang en Iraq, 29 dignitaires religieux chiites et sunnites, réunis à l’initiative de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI) dans le premier lieu saint de l’islam, La Mecque, ont signé vendredi un texte intitulé « Document de La Mecque ». Le document en dix points souligne notamment la nécessité de sauvegarder les biens, le sang et l’honneur du musulman, les lieux de culte des musulmans et des non musulmans et l’union nationale islamique. Le texte appelle, en outre, à la libération des innocents enlevés et des otages musulmans ou non-musulmans et à permettre aux personnes déplacées de réintégrer leur lieu d’origine. Le document appelle aussi à soutenir tous les efforts et toutes les initiatives visant à réaliser l’union nationale, la sécurité et la paix en Iraq. Il souligne enfin la nécessité pour les sunnites et les chiites d’unifier leurs rangs en vue de l’indépendance de l’Iraq et de son intégrité territoriale.

Traduisant la détermination des dignitaires religieux chiites à sauver leur pays, un dirigeant chiite, cheikh Yassine Al-Moussawi, a pressé les pays voisins de l’Iraq de l’aider à surmonter ses difficultés au lieu de lui « exporter des terroristes » : « Il est important que nos frères, qui nous ont fourni des voitures piégées et du terrorisme pendant quatre ans, veuillent maintenant nous aider à arrêter l’effusion de sang », a-t-il dit.

Selon les analystes, l’appel solennel d’oulémas iraqiens à l’arrêt des violences en Iraq risque de rester lettre morte, en raison de la mise à l’écart des groupes rebelles et l’absence à la réunion de dignitaires religieux de premier plan. A titre d’exemple, le grand ayatollah Ali Sistani, figure emblématique des chiites, majoritaires en Iraq, n’était ni présent ni représenté. Il en est de même pour le dirigeant radical chiite, Moqtada Sadr, à la tête de l’Armée du Mahdi soupçonnée de jouer un rôle de premier plan dans les violences intercommunutaires actuelles, qui n’a pas non plus participé à la rencontre. « Un tel document demeurera de l’encre sur papier. Il ne dépasse pas un engagement éthique ou moral. Les dirigeants présents à La Mecque sont les plus lucides, les plus soucieux de mettre fin au bain de sang en Iraq, mais ils ne peuvent rien faire pour arrêter ces massacres puisque les plus importants seigneurs de guerre qui détiennent effectivement les armes, et à leur tête Moqtada Sadr, n’y étaient pas représentés », affirme le Dr Mohamad Abdel-Salam, expert au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, ajoutant que l’absence de l’ayatollah Ali Sistani ou même d’un représentant de cette figure emblématique des chiites et de Moqtada Sadr est très significative.

Partageant le même avis, Abdel-Bari Atwane, rédacteur en chef du quotidien arabe basé à Londres Al-Qods al-arabi, prévoit que cet appel connaîtra le même sort que celui lancé en novembre dernier par la conférence du Caire, sous l’égide de la Ligue arabe. « Les Arabes ne pourront rien pour l’Iraq parce qu’ils veulent guérir des maladies incurables par des prières, des psalmodies et des talismans, à la manière des derviches », ajoute-t-il.

Prenant à contre-pied ces avis, le secrétaire général de l’OCI, Ekmeleddin Ihsanglu, a défendu l’initiative de La Mecque. « L’OCI n’a pas de baguette magique. Ni l’OCI, ni aucune autre partie n’ont un pouvoir sur les consciences des gens », a déclaré M. Ihsanglu.

Ramadan meurtrier

En dépit des efforts déployés par les participants à la réunion de La Mecque, l’escalade des violences confessionnelles se poursuit de plus belle en Iraq, où le mois de Ramadan a été particulièrement meurtrier. « Chez les seigneurs de guerre musulmans, le mois de Ramadan est le mois du djihad (guerre sainte). Aussi, augmentent-ils leurs attaques, en ce mois sacré, de 20 à 25 % », explique le Dr Abdel-Salam. Samedi et dimanche, la violence a redoublé dans le pays avec des attentats qui ont tué 25 civils, au moment où le président américain George W. Bush consultait ses généraux face à la situation alarmante dans ce pays. Parallèlement, des affrontements ont opposé des miliciens chiites radicaux de Moqtada Sadr à la police iraqienne à Saouira, au sud-est de Bagdad, faisant trois morts, au lendemain de heurts similaires à Al-Amara, plus au sud, qui ont coûté la vie à 24 personnes.

« Nous avons échoué à endiguer la vague de violence qui ensanglante le pays. Nous devons reconsidérer notre stratégie à Bagdad car même l’arrivée de nouveaux renforts n’a pu empêcher ce regain de violence », ont reconnu plusieurs responsables militaires américains, avouant que le nombre de morts s’était élevé à 75 parmi les soldats américains durant ce mois-ci, ce qui fait du mois de Ramadan, le mois le plus mortel depuis l’offensive américaine contre l’Iraq il y a deux ans. Samedi, le président George W. Bush a eu des consultations avec ses commandants militaires sur sa stratégie en Iraq. Ces consultations interviennent à un moment où se multiplient les appels à un changement de stratégie en Iraq et moins de trois semaines avant les élections parlementaires du 7 novembre, lors desquelles l’opposition démocrate espère prendre le contrôle du Congrès. M. Bush est donc de plus en plus pressé, y compris par des membres de son parti, de changer de cap en Iraq.

Maha Al-Cherbini

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