De sa résidence parisienne,
Ossama Khalil creuse dans l’histoire lointaine pour écrire des vers chargés de signes des civilisations et cultures diverses. Nous publions ces poèmes qui mêlent lyrisme au modernisme.L’Appel du Cèdre
Ecoute Isma’ El
Dédié au Liban
Isma’ El
Ecoute la voix de ton Seigneur
Je suis ta vue et ta vision
Ton désir et tes passions
Je suis l’image de ta monade
Le Verbe de ta triade
Le Chiffre de ta décade
Je suis la graine de ta fécondation
La tige de ton éclosion
Le Cèdre de ta fleuraison
Isma’ El
Ecoute la voix de ton Seigneur
Yesma’ El
Il t’écoute ton Seigneur
Voici le signe de notre pacte
Quand tes larmes feront océan
A la nuée
Je ferai Arc-en-ciel de mon épée
Du déluge une voie lactée
Des ténèbres une clarté
Isma’ El
Ecoute la voix de ton Seigneur
A Bab El
A la porte de ton Seigneur
Yesma’ El
Il t’écoute ton Seigneur
Voici le geste que tu accompliras
De toute ton âme tu t’y tiendras
De ma semence tu t’engendreras
De tes lèvres tu me chanteras
D’uniques paroles tu me proféreras
Vers mon Etoile tu t’orienteras
Tu y trouveras ton Nom
Et les notes de ton Canon
Au feu tu t’enflammeras
Ainsi ta brique deviendra pierre
Pour que s’en avisent les tiers
Et à Bab El
Tu en rebâtiras la Tour
La tête aux cieux
Les pieds sur terre
Isma’ El
Ecoute la voix de ton Seigneur
Au Karm El
Au Jardin de ton Seigneur
Yesma’ El
Il t’écoute ton Seigneur
Des âges des mortels
Aux âges perpétuels
Etreins mon dessein
Empreinte ton destin
Pour confondre la confusion
Et que cesse la séparation
Isma’ El
Yesma’ El à Beit El
L’Appel du Cèdre
De Bab El au Karm El
Lettre à Belkis
Passe le temps
Passent les années
Ton nom
Avant même que tu n’existes
Je l’ai porté en moi
Ton visage,
Icône signée
Dans un parchemin
Ta voix,
Verset du Miséricordieux
Son écho est louange de Dieu
Ta dote offrande,
De Salomon à Belkis
Sur les ailes de la huppe
Voyage à travers ciel
En un clin d’œil
J’ouvre les yeux
Et voilà qu’à présent
Au fond de mon cœur
Palpite ton image
Passe le temps
Passent les années
Ton nom,
Avant même que tu n’existes
Je l’ai porté en moi
Le Nom de Geneviève*
Devine mon Nom,
Dit l’écritoire
Chant de la matière
Dans la forme la mieux ordonnée
Voilà ton Nom,
Dit Shams**.
Devine mon Nom,
Dit le paravent
Parchemin de Thot déployé
Dans le temple d’Amon
Voilà ton Nom,
Dit Shams.
Devine mon Nom,
Dit l’abat-jour
Barque solaire
A l’horizon occidental du ciel
Voilà ton Nom,
Dit Shams.
Devine notre Nom,
Disent l’écritoire, le paravent
Et l’abat-jour
Charme géométrique de l’infini
Souffle unique
Aux multiples respirations
Eclair magique
A l’orée de l’invisible contrée
Voilà notre Nom,
Se dit Shams,
Quand l’œil dans la nuit
Devient soleil couchant
Et
Elle reposa ses paupières
Paris, le 1er octobre 2006
Entre doute et certitude
Entre doute et certitude
Apaise-moi, apaise-moi
Je ne vois plus sa lueur
Ondulante dans mes paupières
Je l’entends au loin
Et de ma dextre,
Je referme le parchemin
Oiseau des champs
Apporte-moi des graines d’amour
Pour me nourrir
Et dans tes voyages nocturnes
Survole les ravins de La Mecque
Le Mont Sinaï
Et dans les plaines de Jérusalem
Je te fais jurer
Par les gazelles
Par les biches des champs
Étreint Shoshan, la fleur du Lys
Car son nard
donne ma senteur
Et dans ma bouche
Mi-figue mi-olive
Sa bacchante saveur
Oiseau des champs
Reviens
Et d’elle et de moi, retiens :
Ma parole tait mes mots
Taire mes mots est ma parole
Mon remède, attise mes maux
Le délire est mon remède
Point de soins
Recouvre-moi, recouvre-moi
Entre doute et certitude
Apaise-moi, apaise-moi
* Geneviève Clancy, philosophe et poète, disparue le 11 octobre 2005, était une grande militante de la révolution algérienne. Elle militait auprès des Palestiniens dans les camps des territoires occupés et en Europe.
** Shams, surnom de Geneviève, signifie soleil.
Ossama Khalil
Philosophe et linguiste égyptien, il est le directeur de l’espace le Scribe-L’Harmattan (L’Institut des arts et lettres arabes), fondé en 1996 à Paris. Il réside en France depuis 1970 où il a enseigné dans plusieurs universités françaises. Il est l’auteur d’un essai de philosophie en arabe intitulé Al-Islam wal ossouliya al-tarikhiya (l’islam et l’originarisme historique), en 2001. Poète et critique d’arts plastiques, il s’intéresse dans ses écrits, comme dans l’espace de rencontre qu’il dirige, à l’aspect multiculturel où musique côtoie poèmes et arts plastiques.
Le scribe qui jouait autre fois le rôle d’interprète devient aujourd’hui le carrefour des arts et cultures. C’est pourquoi la démarche de l’Institut des arts et lettres arabes est celle d’un remembrement des origines ethnolinguistiques (syriaque, hébraïque, assyrienne, pharaonique, berbère, indo-persane, gréco-romaine et africaine) de cette culture et de sa diversité religieuse (mosaïque, chrétienne, mahométane …).
Son poème dédié au Liban a été prononcé lors d’une manifestation de soutien des intellectuels français au peuple libanais.