L’egypte
a été choisie pour accueillir la dernière et la plus importante
des manifestations organisées dans le cadre de l’année d’Ibsen,
à savoir la représentation du drame musical Peer Gynt au pied
des Pyramides et du Sphinx..
Le choix de l’Egypte s’explique par le fait
que c’était le seul pays extra-européen pour lequel Ibsen avait
montré de l’intérêt, comme en témoignent les lettres qu’il
écrivit du Caire lors de sa visite en Egypte en 1869 en tant que
représentant de la Norvège pour l’inauguration du Canal de Suez,
où il exprime son admiration pour la civilisation pharaonique.
De plus, comme l’une des scènes de Peer Gynt représente une
rencontre entre le héros du drame et le Sphinx, le lieu était
donc tout indiqué.
Peer Gynt a permis la rencontre et la
collaboration d’Ibsen avec une autre grande figure de la culture
norvégienne, le compositeur Edvard Grieg (1843-1907, l’année
2007 sera donc celle du centenaire de la mort de Grieg). Car
Peer Gynt fut d’abord publié par Ibsen en 1867 sous forme de
livre, et n’était pas destiné à la scène. Mais quelques années
plus tard, Ibsen remania l’œuvre pour le théâtre, et écrivit en
1874 à Grieg en lui demandant d’en écrire la musique de scène.
Pressé par les besoins d’argent, le musicien avait accepté ce
travail qu’il mena à bien non sans difficultés. Peer Gynt fut
donc représenté pour la première fois sous cette forme le 24
février 1876 à Christiania (aujourd’hui Oslo).
Sur les 23 numéros qu’il écrivit, Grieg en
tira 8 qu’il groupa en deux suites d’orchestre qui devaient lui
assurer par la suite une grande partie de sa réputation
internationale. Certains morceaux comme la Danse d’Anitra ou la
chanson de Solveig sont devenus extrêmement populaires, et la
musique de scène contribua grandement au succès de la pièce.
(Les représentations des Pyramides donneront l’intégrale de la
musique composée par Grieg).
Dans sa pièce, Ibsen met en scène les
pérégrinations tour à tour truculentes et épiques d’un fanfaron
qui ne cesse de rêver à un destin grandiose. Dans l’un des
épisodes, il fait face au Sphinx qui lui pose des questions
existentielles qui restent sans réponse. Ainsi, sur le plateau
des Pyramides, on pourra entendre le Sphinx s’adresser à Peer
Gynt en arabe.
La pièce est jouée en norvégien, avec des
sous-titres arabes et anglais. Les chanteurs de la Chorale de
l’Opéra du Caire ont dû apprendre à prononcer le texte norvégien,
avec l’aide d’une répétitrice norvégienne.
Cette représentation constitue un spectacle
total qui réunit à la fois le théâtre, la musique, le chant et
la danse. Sa préparation a duré deux ans, dont quatre mois sur
place. Elle fait appel à 86 musiciens de l’Orchestre symphonique
du Caire, à 65 choristes de l’Opéra, à des danseurs du Ballet de
l’Opéra, ainsi qu’à 16 acteurs du Théâtre national d’Oslo.
On ne peut qu’admirer la beauté de l’arrière-plan
formé par les Pyramides et le Sphinx, la qualité des éclairages
et de la sonorisation, la modernité de la mise en scène, la
force du jeu des acteurs, l’excellente prestation de l’Orchestre
symphonique et de la chorale, et la beauté de la voix de la
soprano norvégienne dans la chanson de Solveig.
Bref, ce Peer Gynt promet d’être un événement
dans tous les sens du terme, avec notamment une mise en scène et
une chorégraphie grandioses.
Sélim Sednaoui