Les feuilletons et autres émissions du
Ramadan ont provoqué un véritable tollé dans la presse. On s’y
était habitué. Pour le Ramadan, la télé a la cote. Toutes les
chaînes et celles nationales qui semblent marquer le pas
concoctent leurs œuvres les plus attirantes. La thématique,
cette année, est assez diversifiée et verse dans une sorte de
réel. Corruption, jeu de pouvoir, Histoire, politique : le menu
est très chargé. Mais l’envers du décor est différent. Plein de
batailles en sourdine. Les titres de la presse cette semaine
illustrent cet état des lieux : « La guerre des lobbies des
voilées contre Maspero (la maison de la Radio et de la
Télévision égyptiennes) », « L’art est devenu du commerce », «
L’argent des publicités place les feuilletons de société en
avant », « Les œuvres dramatiques religieuses sont en deuxième
position », « L’argent et l’art : qui est le gagnant ? », « Pas
de complots contre les feuilletons dits de voilées », « Le
réalisateur a assassiné la Cinderella », « La malédiction de
Cinderella et Halim toujours présente ». Des titres qui
témoignent du débat. D’une part, on a voulu marginaliser le
retour à l’écran des stars voilées qui, elles, ont crié au
complot. D’autre part, les soap-opéras sur la vie des anciennes
stars, comme Halim et Soad Hosni (Cendrillon) ont fait couler
beaucoup d’encre, voire suscité des appels en justice.
A la une de l’hebdomadaire Sawt Al-Omma, une
série de procès font déjà leur chemin contre plusieurs de ces
feuilletons où les erreurs historiques et autres sont à l’ordre
du jour.
Autre objet de débat : la présence de
vedettes arabes dans les feuilletons égyptiens. Certains
s’insurgent contre cette « invasion », oubliant que l’Egypte a
toujours été le Hollywood du Moyen-Orient. « Séries d’attaques
contre les vedettes arabes », titre l’hebdomadaire Al-Osboue. «
Déclaration de guerre contre Gamal Soliman », titre
l’hebdomadaire Akhbar Al-Nogoum au sujet de l’acteur syrien
devenu le prince charmant des téléspectatrices. D’où la réaction
de l’éditorialiste Imane Nour qui, dans Akhbar Al-Yom, s’étonne
et s’interroge : « Pourquoi toute cette polémique sur la
participation des vedettes arabes dans notre télévision ou même
au cinéma, comme si c’était une honte pour les artistes
égyptiens ou encore comme si ces artistes (arabes) volaient leur
gagne-pain ! ». « Nous avons échoué à mettre sur pied un marché
arabe commun, alors, est-ce que c’est trop d’espérer une union
dans les domaines de la création et de l’art ?! », poursuit
Imane Nour.
Avec une photo en couleurs grand format du
célèbre comédien syrien Gamal Soliman, l’éditorialiste Israa
Al-Hakim souligne dans le magazine hebdomadaire Nisf Al-Dounia
que « la réussite de cet acteur tant controversé, et l’amour du
public dont il bénéficie, constituent une nouvelle naissance
pour cette star syrienne dans son deuxième pays ».
Deux feuilletons ont particulièrement attiré
l’attention des critiques : Sekket Al-Hilali (itinéraire
d’Al-Hilali) et Hadret al-mottaham abi (mon père, l’accusé). «
Enjeux de pouvoir et valeurs des citoyens honnêtes en continuels
conflits », souligne l’éditorialiste d’Al-Wafd.
La Cinderella et Halim
Pour revenir aux feuilletons qui retracent la
vie des célébrités telles que le chanteur Abdel-Halim Hafez, ou
l’artiste Soad Hosni, ils avaient aussi leur part de
controverses dans la presse. « La malédiction du Andalib (Abdel-Halim
Hafez) », « Soad Hosni impossible à imiter », « Abdel-Halim
n’est pas seulement le visage ».
De nombreux éditorialistes estiment que les
deux feuilletons Al-Andalib et Cinderella sont pleins d’erreurs
et de contradictions. Le critique Tareq Al-Chennawi souligne,
dans le quotidien Al-Charq Al-Awssat, que ces deux feuilletons «
ont eu au moins l’avantage de mettre en lumière le problème de
savoir qui doit écrire les biographies ». Et le critique Rafiq
Al-Sabbane affirme pour sa part dans le même journal, que « la
Cinderella Soad Hosni vit encore dans les mémoires de ses fans,
il est donc très difficile de croire que quelqu’un d’autre
qu’elle puisse jouer son rôle ». « Cinderella et Al-Andalib
s’appuient beaucoup sur ce qui a été écrit dans les journaux.
... les deux œuvres se sont un peu trop intéressées au
maquillage, aux vêtements, et au visage », explique Azza Heykal
dans le quotidien d’opposition Al-Wafd. Sur un ton un peu
ironique, l’hebdomadaire Sawt Al-Omma titre « La Cinderella
entre les deux scénarios, l’originel et celui Made in Taiwan ».
Hanane Choumane écrit dans l’hebdomadaire Al-Fagr
: « Je vous en supplie, ne massacrez pas les célébrités avec des
œuvres trop ridicules : une fausse Cinderella, et aussi un faux
et rigolo Halim ». « Imiter les célébrités dans Al-Andalib et
Cinderella a rendu les acteurs comme juste des caricatures
burlesques », affirme Ihab Al-Torki dans l’hebdomadaire Al-Dostour.
« Ils tuent Soad », affirme Mohamad Badreddine dans
l’hebdomadaire Al-Karama.
Critiquant l’ensemble des œuvres du Ramadan,
Maher Zohdi affirme dans l’hebdomadaire Al-Arabi : « Les
feuilletons de Ramadan se suivent et se ressemblent fortement ».
Bon Ramadan et à l’année prochaine pour la même polémique.
Hoda Ghali