Permettez-moi,
tout d’abord, d’exposer les difficultés que j’ai rencontrées.
Depuis le premier jour, j’ai été surpris par la nécessité de
trouver des fonds, bien que cette mission soit du ressort du
président Abou-Mazen. Et je pense que nous avons réussi à
accomplir cette mission. Deuxièmement, j’ai été surpris par des
relations arabo-palestiniennes que j’ai trouvées très négatives,
en particulier avec le Koweït, Bahreïn, la Libye et la Syrie.
Fort heureusement, nous avons réussi à négocier tant que faire
se peut ces désaccords. Mais, pour nous rendre compte, hélas,
que les relations avec certains autres pays arabes comme le
Yémen et le Soudan sont à peine tièdes. Ces relations ont été
développées au profit du peuple palestinien.
Nous avons dû également nous pencher
sérieusement sur une question d’ordre humanitaire qui concerne
les Palestiniens bloqués aux frontières iraqo-jordaniennes et
nous avons réussi à convaincre la Syrie de les accueillir. J’ai
également dû affronter une campagne féroce de la part de la
présidence contre le ministère des Affaires étrangères. En effet,
un message a été envoyé au secrétaire général de l’Onu annonçant
la suppression des prérogatives du ministre des Affaires
étrangères. Maintenant, Abou-Mazen a rattaché toutes les
ambassades au Fonds national et il n’y a aucun contact entre le
ministère et les ambassades. Mais si le gouvernement continue
sur cette même voie, j’ai d’autres solutions.
Ensuite, nous avons frappé aux portes d’un
monde tout à fait nouveau pour nous, qui est le monde islamique.
Par exemple, en Indonésie, nous avons rencontré le président, le
chef du gouvernement le ministre des Affaires étrangères, les
présidents des Conseils législatifs et tous les responsables,
autant du côté du gouvernement que de l’opposition.
A l’intérieur même du ministère, j’ai
découvert qu’il y avait un certain nombre d’employés victimes
d’injustices et j’ai réussi à leur rendre tous leurs droits. De
plus, j’ai dernièrement formé un comité chargé d’enquêter sur
les problèmes causés par l’application erronée de la loi du
corps diplomatique. Certains diplomates touchaient des
rémunérations plus importantes que leurs collègues travaillant
dans le même cadre professionnel.
— Le chef du département politique de l’OLP,
Farouq Kaddoumi, sensé diriger les affaires extérieures de la
Palestine, adopte une position positive envers le Hamas et son
gouvernement. Pourquoi ne coopérez-vous pas avec lui pour
réduire les divergences avec le président palestinien ?
— Farouq Qaddoumi n’adopte pas de position
positive, il se cherche toujours une place. C’est la raison pour
laquelle il est toujours en désaccord avec tout le monde. Avec
nous, avec Abou-Mazen. Son désir est d’être le n°1. Je l’avais
remarqué déjà depuis notre première rencontre au Caire. Nous
nous étions mis d’accord à faire du ministère des Affaires
étrangères un outil et d’établir une coordination entre
Abou-Mazen et lui par mon intermédiaire, car ils étaient en
désaccord. Mais quand il est allé en Malaisie et qu’il a eu
l’occasion de devenir co-président de la délégation
palestinienne à mes côtés, il s’est retourné contre moi pour
s’accaparer seul de la présidence de la délégation. Cette
position s’est ensuite renforcée lorsqu’il a reçu le message
envoyé par Abou-Mazen à Kofi Annan annonçant qu’il était le
ministre des Affaires étrangères de l’OLP, le représentant du
peuple palestinien à l’étranger. Donc, je ne peux me fier à
aucun accord avec lui.
— En ce qui concerne le point de passage de
Rafah aux frontières entre l’Egypte et la bande de Gaza,
régulièrement fermé par Israël, les médias ont dernièrement
rapporté que vous aviez dit que le Hamas a les moyens d’ouvrir
ce passage et d’éliminer les frontières avec l’Egypte. Est-ce
vrai ?
— Permettez-moi avant tout d’assurer que je
n’ai jamais dit une chose pareille. J’étais en compagnie d’un
groupe d’hommes d’affaires et il y avait une personnalité en
étroite relation avec la sécurité préventive qui a déformé ce
que je disais à propos du point de passage de Rafah et la
possibilité de le transférer à Dounia Al-Watan. C’est de là
qu’est parti la rumeur selon laquelle je menaçais d’ouvrir le
point de passage de Rafah et d’annuler les frontières avec
l’Egypte.
La vérité est qu’en parlant avec les hommes
d’affaires des moyens d’encourager les investissements, j’ai
abordé la nécessité de garantir la sécurité ainsi que des points
de passage permettant d’être en contact continu et libre avec
l’Egypte et la Jordanie. A chaque homme d’affaires, il faut
garantir la sécurité et la possibilité d’exporter et de vendre
ses produits. Les points de passage constituent l’obstacle
principal. C’est pour cela que quand Israël ferme les passages,
il n’y a plus de frontières. Par exemple, lors du retrait
israélien de la bande de Gaza en septembre 2005, alors qu’Israël
avait fermé le passage de Rafah, les citoyens égyptiens et
palestiniens sont parvenus à traverser les frontières des deux
côtés, ce qui signifie qu’il n’y avait plus de frontières et ce
chaos constructif avait régné pendant une dizaine de jours.
— Les pays qui ont promis de verser des
sommes à la Ligue arabe en faveur du peuple palestinien ont-ils
tenu leurs promesses ?
— Certains pays ne veulent pas verser les
sommes à la Ligue arabe et préfèrent nous les donner directement.
Cependant, je pense que les conjonctures s’améliorent. L’Europe
a réglé une grande partie des salaires des employés des
ministères de la Santé et de l’Enseignement.
— On dit que vous contrôlez la direction du
Hamas, car vous contrôlez le flux des fonds vers le mouvement.
Est-ce que cela a créé des problèmes entre les autres ministres
du gouvernement et vous ?
— C’est une guerre psychologique contre moi.
Je parle librement dans les réunions du gouvernement. Nous avons
une véritable démocratie. Tout le monde écoute et discute. Quand
j’entends une opinion qui me plaît, je prends son parti. Nous
n’avons pas de problèmes dans l’échange des opinions. De toute
façon, ces dires n’ont rien de nouveau .
Propos recueillis par
Achraf Aboul-Hol