Commémoration d’Ibsen . 2006 est l’année du centenaire de la mort du grand dramaturge norvégien Henrik Ibsen (1828-1906). De nombreuses manifestations sont organisées à travers le monde, dont la présentation de son chef-d’œuvre Peer Gynt, au pied des Pyramides.

Une pièce hors pair

L’egypte a été choisie pour accueillir la dernière et la plus importante des manifestations organisées dans le cadre de l’année d’Ibsen, à savoir la représentation du drame musical Peer Gynt au pied des Pyramides et du Sphinx..

Le choix de l’Egypte s’explique par le fait que c’était le seul pays extra-européen pour lequel Ibsen avait montré de l’intérêt, comme en témoignent les lettres qu’il écrivit du Caire lors de sa visite en Egypte en 1869 en tant que représentant de la Norvège pour l’inauguration du Canal de Suez, où il exprime son admiration pour la civilisation pharaonique. De plus, comme l’une des scènes de Peer Gynt représente une rencontre entre le héros du drame et le Sphinx, le lieu était donc tout indiqué.

Peer Gynt a permis la rencontre et la collaboration d’Ibsen avec une autre grande figure de la culture norvégienne, le compositeur Edvard Grieg (1843-1907, l’année 2007 sera donc celle du centenaire de la mort de Grieg). Car Peer Gynt fut d’abord publié par Ibsen en 1867 sous forme de livre, et n’était pas destiné à la scène. Mais quelques années plus tard, Ibsen remania l’œuvre pour le théâtre, et écrivit en 1874 à Grieg en lui demandant d’en écrire la musique de scène. Pressé par les besoins d’argent, le musicien avait accepté ce travail qu’il mena à bien non sans difficultés. Peer Gynt fut donc représenté pour la première fois sous cette forme le 24 février 1876 à Christiania (aujourd’hui Oslo).

Sur les 23 numéros qu’il écrivit, Grieg en tira 8 qu’il groupa en deux suites d’orchestre qui devaient lui assurer par la suite une grande partie de sa réputation internationale. Certains morceaux comme la Danse d’Anitra ou la chanson de Solveig sont devenus extrêmement populaires, et la musique de scène contribua grandement au succès de la pièce. (Les représentations des Pyramides donneront l’intégrale de la musique composée par Grieg).

Dans sa pièce, Ibsen met en scène les pérégrinations tour à tour truculentes et épiques d’un fanfaron qui ne cesse de rêver à un destin grandiose. Dans l’un des épisodes, il fait face au Sphinx qui lui pose des questions existentielles qui restent sans réponse. Ainsi, sur le plateau des Pyramides, on pourra entendre le Sphinx s’adresser à Peer Gynt en arabe.

La pièce est jouée en norvégien, avec des sous-titres arabes et anglais. Les chanteurs de la Chorale de l’Opéra du Caire ont dû apprendre à prononcer le texte norvégien, avec l’aide d’une répétitrice norvégienne.

Cette représentation constitue un spectacle total qui réunit à la fois le théâtre, la musique, le chant et la danse. Sa préparation a duré deux ans, dont quatre mois sur place. Elle fait appel à 86 musiciens de l’Orchestre symphonique du Caire, à 65 choristes de l’Opéra, à des danseurs du Ballet de l’Opéra, ainsi qu’à 16 acteurs du Théâtre national d’Oslo.

On ne peut qu’admirer la beauté de l’arrière-plan formé par les Pyramides et le Sphinx, la qualité des éclairages et de la sonorisation, la modernité de la mise en scène, la force du jeu des acteurs, l’excellente prestation de l’Orchestre symphonique et de la chorale, et la beauté de la voix de la soprano norvégienne dans la chanson de Solveig.

Bref, ce Peer Gynt promet d’être un événement dans tous les sens du terme, avec notamment une mise en scène et une chorégraphie grandioses.

Sélim Sednaoui

 

Les 26 et 27 octobre à 21h, au théâtre Son et lumière.