Un parti du pouvoir aux dimensions
tentaculaires dénué de toute assise populaire, telle est l’image
du Parti National Démocrate (PND) qui lui colle à la peau depuis
sa création. C’est seulement il y a quelques mois que les
responsables du parti ont commencé à consacrer un peu de leurs
efforts à changer cette image et à donner une nouvelle vigueur
au parti. Ainsi ont-ils multiplié les initiatives envers la
population. « Notre nouvelle stratégie est basée sur le citoyen.
Nous voulons convaincre le citoyen que nous pouvons lui assurer
une vie meilleure », explique Chahinaz Al-Naggar, députée du
parti.
Dans certaines rues du Caire, d’énormes
panneaux publicitaires s’adressent aux citoyens. « Ensemble nous
pouvons construire un avenir meilleur », et sur lesquels on voit
apparaître des monsieurs tout-le-monde. Parallèlement à cette
campagne de publicité, le parti vient de créer une radio sur
Internet. En plus de son site habituel où l’on peut trouver les
dernières nouvelles et activités du parti, et participer à des
entretiens en direct avec les responsables du parti. Le site
propose en outre des annonces notamment pour les jeunes, allant
des offres d’emplois jusqu’aux jeux et concours sportifs.
Mais il n’y a pas que les jeunes, les
personnes à la retraite trouvent aussi leur place sur la toile
du PND pour discuter des décisions affectant leur pension de
retraite, ou participer au débat sur la retraite anticipée ...
Pour atteindre le grand public, le parti a créé un nouvel
hebdomadaire intitulé Al-Watani Al-Yom, pour succéder à Mayo,
une publication trop officielle que personne ne lisait. Le
nouveau journal du PND a adopté une ligne éditoriale plus
ouverte à l’opposition : il diffuse les nouvelles des autres
partis politiques et encourage leurs responsables à signer dans
ses colonnes. Ainsi, peut-on y lire des articles critiquant
quelques ministères et évoquant des cas de corruption dans
certaines instances gouvernementales. Site Internet, radio en
ligne, et hebdomadaire « objectif », tels sont les moyens
utilisés par le parti pour se démarquer du gouvernement et
prendre une liberté de parole en s’adressant aux citoyens loin
du discours officiel langue de bois. L’objectif serait surtout
de changer l’opinion selon laquelle le parti doit son hégémonie
à l’institution présidentielle et à sa fusion avec l’appareil
étatique.
Historiquement, la naissance du PND remonte à
1977, lorsque le président Anouar Al-Sadate, soucieux d’effacer
le souvenir douloureux des « émeutes de la faim », qui ont gagné
toute la vallée du Nil et de se débarrasser du très impopulaire
« Hizb Misr », descendant de l’Union socialiste arabe créée par
Nasser, décida par décret de créer un nouveau parti. Le nouveau-né
porte le nom de Parti national démocrate et va grandir dans les
fastes du pouvoir en enfant chéri du régime. Le PND a donc été
la créature du président. Et cela n’a pas changé depuis.
Après la mort d’Anouar Al-Sadate, le
président Moubarak assure la présidence du parti et durant les
années 1990, l’image du PND en tant que parti au pouvoir se
renforce. Nombre d’hommes politiques prennent conscience du
rôle-clé joué par le PND, véritable tremplin. En être membre
aide à se présenter aux élections et permet de tisser des liens
avec les responsables du gouvernement. Résultat : le parti voit
arriver dans ses rangs des membres issus de différentes
tendances. Hauts fonctionnaires, gouverneurs, responsables de
tous bords, hommes d’affaires, tous se présentent aux élections
sous l’ombrelle protectrice du PND.
« Au cours de toutes ses années et malgré sa
domination quasi totale au Parlement, le parti n’a jamais gagné
en popularité. Au lieu de s’appuyer sur une base populaire, il
s’appuie sur le soutien des hauts fonctionnaires de l’Etat et
des responsables qui sont liés avec lui par des liens d’intérêt.
Le parti tire sa force du fait que son président est aussi le
président de la République », analyse Wahid Abdel-Méguid du
Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.
Ce n’est que vers la fin des années 1990 que
les choses ont commencé à bouger, lorsque les caciques ont
commencé à céder leurs places à « la nouvelle génération ». Des
voix s’élèvent pour appeler à une réforme interne, à un
changement des critères de choix des membres investis pour se
présenter aux élections au nom du parti, à la démocratisation et
à l’assouplissement de la bureaucratie lourde du parti, etc.
Récemment, les visites de Gamal Moubarak, en sa qualité
partisane, dans plusieurs gouvernorats d’Egypte, et ses discours
où il discute des problèmes locaux de ses interlocuteurs, ne
sont qu’un exemple de plus illustrant cette volonté de s’assurer
une base populaire.
Cela dit, l’on ne sait pas trop s’il s’agit
d’une vraie volonté de s’approcher du citoyen ordinaire ou
plutôt d’une campagne de publicité désignée à donner au PND les
allures d’un parti « moderne » disposant d’un soutien populaire
.
Sabah Sabet