Al-Ahram Hebdo, Egypte | Le parti veut se refaire la face
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 25 au 31 octobre 2006, numéro 633

 

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Egypte

PND. Avec l’avènement d’une nouvelle génération de dirigeants emmenés par le chef du puissant Comité des politiques, Gamal Moubarak, il y a une volonté de donner au parti des accents populaires.

Le parti veut se refaire la face

Un parti du pouvoir aux dimensions tentaculaires dénué de toute assise populaire, telle est l’image du Parti National Démocrate (PND) qui lui colle à la peau depuis sa création. C’est seulement il y a quelques mois que les responsables du parti ont commencé à consacrer un peu de leurs efforts à changer cette image et à donner une nouvelle vigueur au parti. Ainsi ont-ils multiplié les initiatives envers la population. « Notre nouvelle stratégie est basée sur le citoyen. Nous voulons convaincre le citoyen que nous pouvons lui assurer une vie meilleure », explique Chahinaz Al-Naggar, députée du parti.

Dans certaines rues du Caire, d’énormes panneaux publicitaires s’adressent aux citoyens. « Ensemble nous pouvons construire un avenir meilleur », et sur lesquels on voit apparaître des monsieurs tout-le-monde. Parallèlement à cette campagne de publicité, le parti vient de créer une radio sur Internet. En plus de son site habituel où l’on peut trouver les dernières nouvelles et activités du parti, et participer à des entretiens en direct avec les responsables du parti. Le site propose en outre des annonces notamment pour les jeunes, allant des offres d’emplois jusqu’aux jeux et concours sportifs.

Mais il n’y a pas que les jeunes, les personnes à la retraite trouvent aussi leur place sur la toile du PND pour discuter des décisions affectant leur pension de retraite, ou participer au débat sur la retraite anticipée ... Pour atteindre le grand public, le parti a créé un nouvel hebdomadaire intitulé Al-Watani Al-Yom, pour succéder à Mayo, une publication trop officielle que personne ne lisait. Le nouveau journal du PND a adopté une ligne éditoriale plus ouverte à l’opposition : il diffuse les nouvelles des autres partis politiques et encourage leurs responsables à signer dans ses colonnes. Ainsi, peut-on y lire des articles critiquant quelques ministères et évoquant des cas de corruption dans certaines instances gouvernementales. Site Internet, radio en ligne, et hebdomadaire « objectif », tels sont les moyens utilisés par le parti pour se démarquer du gouvernement et prendre une liberté de parole en s’adressant aux citoyens loin du discours officiel langue de bois. L’objectif serait surtout de changer l’opinion selon laquelle le parti doit son hégémonie à l’institution présidentielle et à sa fusion avec l’appareil étatique.

Historiquement, la naissance du PND remonte à 1977, lorsque le président Anouar Al-Sadate, soucieux d’effacer le souvenir douloureux des « émeutes de la faim », qui ont gagné toute la vallée du Nil et de se débarrasser du très impopulaire « Hizb Misr », descendant de l’Union socialiste arabe créée par Nasser, décida par décret de créer un nouveau parti. Le nouveau-né porte le nom de Parti national démocrate et va grandir dans les fastes du pouvoir en enfant chéri du régime. Le PND a donc été la créature du président. Et cela n’a pas changé depuis.

Après la mort d’Anouar Al-Sadate, le président Moubarak assure la présidence du parti et durant les années 1990, l’image du PND en tant que parti au pouvoir se renforce. Nombre d’hommes politiques prennent conscience du rôle-clé joué par le PND, véritable tremplin. En être membre aide à se présenter aux élections et permet de tisser des liens avec les responsables du gouvernement. Résultat : le parti voit arriver dans ses rangs des membres issus de différentes tendances. Hauts fonctionnaires, gouverneurs, responsables de tous bords, hommes d’affaires, tous se présentent aux élections sous l’ombrelle protectrice du PND.

« Au cours de toutes ses années et malgré sa domination quasi totale au Parlement, le parti n’a jamais gagné en popularité. Au lieu de s’appuyer sur une base populaire, il s’appuie sur le soutien des hauts fonctionnaires de l’Etat et des responsables qui sont liés avec lui par des liens d’intérêt. Le parti tire sa force du fait que son président est aussi le président de la République », analyse Wahid Abdel-Méguid du Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.

Ce n’est que vers la fin des années 1990 que les choses ont commencé à bouger, lorsque les caciques ont commencé à céder leurs places à « la nouvelle génération ». Des voix s’élèvent pour appeler à une réforme interne, à un changement des critères de choix des membres investis pour se présenter aux élections au nom du parti, à la démocratisation et à l’assouplissement de la bureaucratie lourde du parti, etc. Récemment, les visites de Gamal Moubarak, en sa qualité partisane, dans plusieurs gouvernorats d’Egypte, et ses discours où il discute des problèmes locaux de ses interlocuteurs, ne sont qu’un exemple de plus illustrant cette volonté de s’assurer une base populaire.

Cela dit, l’on ne sait pas trop s’il s’agit d’une vraie volonté de s’approcher du citoyen ordinaire ou plutôt d’une campagne de publicité désignée à donner au PND les allures d’un parti « moderne » disposant d’un soutien populaire .

Sabah Sabet

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