La
privatisation de la Banque d’Alexandrie (BA), grande banque
publique égyptienne, ne s’est pas faite sans basculer les
pronostics et déclencher du coup une surprise de taille. Mardi
17 octobre, la banque italienne Sanpaolo IMI a en effet pris de
court ses concurrents en s’emparant de 80 % du capital de la BA,
pour une valeur totale de 1,6 milliard de dollars (9,3 milliards
de L.E.). C’est la première privatisation bancaire de cette
ampleur dans le pays, et Pietro Modiano, directeur général de la
troisième grande banque de la zone euro, ne cache pas sa joie :
« Nous avons gagné et allons déployer tous les efforts
nécessaires pour agrandir la Banque d’Alexandrie ».
La victoire de la banque italienne ainsi que
le prix de la transaction ont dépassé toutes les prévisions. Car
au départ, les candidats favoris étaient le consortium formé par
les banques jordaniennes Arab Bank et National Arab Bank, le
consortium émirati (Mashraq Bank et Dubai Investment Group) et
la CIB (Commercial International Bank), plus la grande banque
égyptienne privée. « Sanpaolo tout comme la BNP Paribas étaient
hors prévisions. Cette dernière s’est retirée tôt de l’enchère,
à 480 millions de dollars. Son directeur général a d’ailleurs
amèrement commenté ce retrait le lendemain dans le quotidien
français La Tribune », explique un participant à l’enchère qui a
requis l’anonymat.
A l’issue d’une enchère très serrée, il n’est
resté finalement en piste que la Sanpaolo et l’Arab Bank,
laquelle s’est retirée après avoir proposé 1,4 milliard de
dollars.
Quant au prix offert, il a été supérieur aux
estimations des analystes de près d’un milliard de dollars. « Le
prix de vente de la Banque d’Alexandrie est équivalent à 5,5
fois la valeur comptable de la banque. Ce taux dépasse même les
normes internationales qui varient entre 3 et 3,5 fois », a
déclaré Farouq Al-Oqda, gouverneur de la Banque Centrale
d’Egypte (BCE), lors d’une conférence de presse tenue la semaine
dernière. Il explique cet énorme montant par l’application du
système d’enchères pour la transaction. Mahmoud Mohieddine,
ministre de l’Investissement, partage cette opinion : « Les
enchères ont prouvé leur efficacité lors de la mise en vente de
la licence du troisième réseau de portable, du terrain du projet
touristique de Sidi Abdel-Rahmane et dernièrement de la Banque
d’Alexandrie. Ce système sera adopté par le gouvernement lors de
toutes les prochaines opérations de privatisation », a-t-il
déclaré, lors de la conférence de presse qui a suivi la mise aux
enchères. Par ailleurs, le ministre des Finances, Youssef
Boutros-Ghali, a annoncé que cette somme serait consacrée à la
réduction du déficit budgétaire et de la dette publique ainsi
que le financement des projets de l’assainissement d’eau, et des
égouts.
Marché rafraîchi
Les opérateurs sur le marché ont à leur tour
salué la transaction, à l’instar de Hicham Ezz Al-Arab, PDG de
la CIB. « Ce prix est une bonne nouvelle pour ma banque, car
cela signifie que si je veux vendre la CIB, je peux obtenir un
prix qui est égal à 4 fois la valeur comptable », a-t-il dit. Et
d’ajouter qu’elle rafraîchira le marché bancaire, puisque c’est
la première fois qu’une banque italienne aussi importante
pénètre le marché égyptien. Il souligne également que la Banque
d’Alexandrie profitera du savoir-faire de Sanpaolo, qui possède
une grande expérience en matière d’activité de détail (crédits
aux particuliers) et de crédits aux petites et moyennes
industries. Ces déclarations ne reflètent pas son vrai point de
vue, mais expriment, semble-t-il, les règles du jeu et les
protocoles adoptés dans les enchères. Selon un analyste bancaire
qui a requis l’anonymat, la structure du marché sera sans doute
changée en faveur du vainqueur, Sanpaolo. Il estime que cette
dernière occupera la première place du marché à la place de la
CIB, qui deviendra deuxième. Ce qui repoussera la National
Société Générale Bank (NSGB) au troisième rang.
Ismaïl Hassan, ex-gouverneur de la Banque
centrale et PDG de la banque égyptienne Misr Iran, estime malgré
tout qu’il est trop tôt pour juger des effets de l’arrivée de la
banque italienne en Egypte. « Du point de vue de l’intérêt
national, la réussite de la banque italienne dépendra de sa
capacité à introduire de nouveaux produits adaptés au marché
égyptien, ainsi que sa réussite à gérer le réseau des agences de
la banque et l’introduction du nouveau système électronique tout
en tirant parti des anciens employés », explique-t-il. Mahmoud
Abdel-Latif, actuel président de la BA, a d’ores et déjà déclaré
que la période à venir connaîtrait des négociations avec les
responsables de Sanpaolo, sur les effets de cette acquisition. «
La BA gardera son nom, tout en adoptant un plan d’expansion dans
différents gouvernorats. La banque italienne prévoit
l’augmentation du nombre d’agences de la BA, aujourd’hui au
nombre de 187 », renchérit-il. Un objectif qui n’est pourtant
pas prioritaire pour Hassan : « Il ne suffit pas d’ouvrir de
nouvelles agences, encore faut-il savoir bien les gérer ».
La BA est la quatrième grande banque publique
égyptienne, dotée d’un capital de 800 millions de L.E. Sa part
dans l’ensemble des dépôts bancaires du pays est évaluée à 6 %.
Pour la préparer à la privatisation, la BCE avait appliqué un
plan de restructuration, dont le coût a été de 1 milliard de L.E.
40 % de cette somme représentent le coût de la mise à retraite
anticipée d’une partie des employés. Par ailleurs, le
gouvernement avait versé à la banque plus de 7 milliards de L.E.,
correspondant aux dettes accumulées par les entreprises du
secteur public.
Gilane Magdi
Dahlia Réda