Ali Achour, peintre alexandrin, voyage dans
le temps avec ses « Nostalgies » qu’il présente au Centre
Français de Culture et de Coopération (CFCC) après l’avoir
présentée l’an dernier au Centre culturel français d’Alexandrie.
C’est une ode à sa ville. En fait, dans un sens général qui dit
Alexandrie dit nostalgie. On a l’impression que cette ville aux
multiples époques se dérobe toujours au regard contemporain. Le
passé y est omniprésent, qu’on le veuille ou pas, et donne
toujours un sentiment de regret et d’inaccompli. Peut-être aussi
parce que les vrais Alexandrins ont également le regard tourné
vers l’avenir. Ce passé n’est pas des chaînes qui les empêchent
d’aller en avant, mais il leur présente des perspectives d’une
Alexandrie en plein devenir.
Ali Achour, lui-même, est dans ce contexte
l’homme de sa ville. Sa peinture a ses racines dans le «
mouvement artistique libre » des années 1970. L’artiste s’est
d’abord formé à la photographie en fréquentant les maîtres
d’Alexandrie comme Kamel Moustapha, Hamed Oweis, et surtout Seif
Wanly, avant de se tourner vers la peinture. Sa nostalgie est
celle du citadin au vrai sens du terme. Construction, pierre,
passants. De la photographie, il a pris cette habitude ou ce
goût. Il prend dans son objectif le même thème en l’élargissant.
L’homme que l’on croyait seul est dans un autre tableau, entouré,
puis rétrécissant, il est de nouveau seul. La solitude
serait-elle sa vocation ? Celle de tout homme de la ville.
Celle-ci est rendue aussi avec un amour très fort du toucher. On
croit ressentir ces murs si propres à la ville. C’est un peu
cette nostalgie. Elle est profonde. Elle va au-delà de
l’apparent et du traditionnel. La mer est absente par exemple.
Mais n’est-elle pas au-delà ? Ceux qui veulent peuvent la
deviner.
Il l’explique dans un débat organisé il y a
quelques années. Ce fut un colloque improvisé avec une
discussion ouverte et spontanée. Ali Achour commence : « On ne
peut pas arrêter cette quête continuelle de l’âme d’Alexandrie.
Je tente de saisir le sens de la ville à travers mon expérience
personnelle, parce que ce sont nous, les hommes, qui la créons
en la décrivant, au fur et à mesure que passe le temps, comme un
ensemble de souvenirs et d’histoires ».
Achour, même s’il est un homme à part, qui
semble évoluer loin des cercles de la gloire, n’a pas manqué de
rayonner. Il expose son travail dans plusieurs centres culturels
étrangers d’Alexandrie et du Caire. Il représente l’Egypte lors
de la XXIIe Biennale d’Alexandrie, en 2003, expose à l’étranger,
notamment en Espagne et en Italie. Il participe au mouvement
théâtral en présentant des projets de scénographies pour
plusieurs pièces de théâtre. Les grandes institutions nationales
ont acquis certaines de ses œuvres : ministère de la Culture,
Opéra du Caire, Musée d’art égyptien contemporain au Caire. On
le trouve dans de nombreuses collections privées à l’étranger :
en France, Espagne, Mexique, Portugal, Amérique, Norvège,
Allemagne, Koweït. Au-delà et surtout, c’est sa ville qu’il
essaye de transmettre « Alexandrie est un pont avec les autres.
Une ville égyptienne qui a fait siennes les autres civilisations
».
Ahmed Loutfi