Les pressions mènent à l’explosion
Salama A. Salama
Pendant
plus de cinq ans, l’Administration du président Bush, dirigée
par les néoconservateurs, a intentionnellement renoncé à la
diplomatie traditionnelle en faveur du bâton, des frappes
préventives, des menaces et enfin de la force militaire.
Toutefois, l’anachronisme d’une politique de « cow-boy » ne
parvient pas de nos jours à résoudre les problèmes
internationaux, a contrario elle conduit, à coup sûr, à des
complications, des guerres et d’énormes sacrifices qui
déstabilisent la paix et la sécurité internationales. Sans
parler du coût exorbitant d’une telle politique pour les
Etats-Unis eux-mêmes. La crise nucléaire coréenne en est la
représentation parfaite.
L’Administration précédente du président Clinton avait
parcouru un long chemin sur la voie du rapprochement et des
négociations afin d’intégrer le régime rebelle de la Corée du
Nord dans des relations naturelles avec ses voisins. Puis,
l’Administration Bush est arrivée et a opté pour une politique
plus dure. L’objectif étant de l’obliger, par la force, à
abandonner son programme nucléaire, surtout qu’il s’est avéré
qu’elle avait vendu ses secrets nucléaires à des pays comme
l’Iran et la Libye. A travers les négociations à six dans
lesquelles la Chine, la Russie et le Japon ont été introduits,
Washington voulait convaincre Pyongyang d’abandonner son
programme nucléaire en contrepartie d’une série d’avantages.
Cependant, la Corée du Nord n’y a vu qu’une tentative de
surveillance.
Cet arrière-plan explique les raisons pour lesquelles la Corée
du Nord a tenu à poursuivre son programme nucléaire jusqu’à
réussir sa dernière explosion, ce qui signifie qu’elle a
désormais la capacité de posséder l’arme nucléaire. Ce qui
fut, de toute évidence, une surprise pour les services de
renseignements américains qui ont échoué à empêcher la
prolifération nucléaire coréenne, alors que Bush avait juré
qu’il ne la permettrait pas.
C’est ainsi qu’apparaît l’absurdité de la politique du
président américain, qui a pris l’habitude d’avoir recours à
la violence. En effet, Washington ne peut plus utiliser la
force militaire contre la Corée du Nord, qui a à sa portée 60
000 soldats américains dans les bases militaires de la Corée
du Sud.
Il est évident que l’excès de pressions mène à l’explosion. Ce
pays démuni, qui vit sur les aides alimentaires de ses voisins
du sud et de la Chine, a défié toutes les pressions avec une
insistance incroyable afin de produire cette énergie
diabolique et de se défendre contre l’hégémonie américaine.
Dans ce contexte, il faut noter que les Etats-Unis, qui ont
obligé, à travers le Traité de non-prolifération nucléaire,
les cinq grands pays nucléaires à réduire leur arsenal et les
autres pays du monde à ne pas posséder d’armes nucléaires du
tout, n’ont pas respecté cette convention. En effet, ils ont
dernièrement déclaré qu’ils allaient développer une nouvelle
génération d’armes nucléaires. De plus, les Etats-Unis ont
adopté la politique de deux poids, deux mesures à ce sujet.
C’est ainsi que sont apparus Israël, l’Inde et le Pakistan.
Dans ces circonstances, il était évident que la politique
égyptienne échouerait à appeler à une région exempte d’armes
nucléaires au Moyen-Orient. En effet, la communauté
internationale n’accorde aucun intérêt à celui qui n’a pas la
capacité d’exécuter ses demandes. Par conséquent, la
dénonciation de l’Egypte de l’explosion nucléaire coréenne n’a
pas de place.
Mais est-ce que les sanctions, que les Etats-Unis tentent
d’imposer à Pyongyang, parviendront à le détourner de ses
objectifs ?
La Chine et la Russie, malgré leur dénonciation manifeste, ne
prendront certainement pas part à des sanctions susceptibles
d’enflammer la région. Le monde verra probablement le début
d’une course à l’armement nucléaire dans le Pacifique. Une
course que les Etats-Unis ne parviendront pas à stopper.