Malgré
des pertes croissantes et l’impopularité de la guerre en Iraq,
le président George W. Bush répète qu’il n’y a pas d’autre choix
que de rester dans ce pays et l’armée américaine se dit prête à
y maintenir le nombre actuel de soldats jusqu’en 2010. « Les
enjeux sont élevés », a dit le président américain à plusieurs
reprises pour convaincre l’opinion publique de la nécessité de
rester en Iraq pendant encore un certain temps. Au même moment,
l’armée de terre américaine annonçait qu’elle se préparait à
maintenir pendant encore quatre ans le nombre de soldats
actuellement déployés en Iraq. Plus de 141 000 militaires
américains se trouvent en ce moment dans ce pays, dont 120 000
de l’armée de terre.
Même s’il a utilisé des précautions de
langage, le chef d’état-major de l’armée de terre, le général
Peter Schoomaker, a clairement laissé entendre qu’il fallait
faire une croix sur un retrait américain avant 2010. La Maison
Blanche et le Pentagone n’ont pas évoqué jusqu’à maintenant de
tels projets, alors que le mandat du président Bush se termine
en janvier 2009. Le commandant des forces multinationales en
Iraq, le général George Casey, a confirmé l’analyse pessimiste
du général Schoomaker, en soulignant que la situation était «
difficile » et risquait « de le rester un certain temps ».
Maîtriser la violence « va être un processus à long terme, on ne
va pas en finir rapidement », a-t-il affirmé. L’Iraq a besoin de
troupes étrangères pour une période indéterminée « jusqu’à ce
que ses propres forces puissent combattre la rébellion », a
renchéri le porte-parole du gouvernement iraqien, Ali Dabbagh.
Depuis cet été, les autorités américaines
tentent de faire comprendre aux Américains, d’abord sans le dire
ouvertement puis de plus en plus clairement, qu’ils doivent
abandonner l’espoir d’une réduction significative des troupes
américaines en Iraq. Pour faire face aux violences, M. Bush
avait annoncé fin juillet des renforts à Bagdad et le secrétaire
à la Défense, Donald Rumsfeld, avait prolongé pour quatre mois
le déploiement de 3 500 soldats qui avaient terminé leur
mission. Le mois dernier, le général John Abizaid, chef du
Commandement central (Centcom), qui supervise les opérations en
Iraq, a annoncé que le nombre de soldats américains en Iraq
devrait rester à son niveau actuel jusqu’au printemps prochain.
Ces tentatives d’explication sont d’autant plus difficiles pour
l’Administration Bush que des élections parlementaires auront
lieu le 7 novembre aux Etats-Unis et que l’Iraq est au cœur de
la campagne électorale. Il y a près d’un an, le gouvernement
américain avait entretenu l’idée qu’il pourrait ramener le
nombre de ses troupes en Iraq à 100 000 d’ici la fin 2006 grâce
au transfert de responsabilités aux forces de sécurité (armée et
police) iraqiennes. Mais depuis, les violences sanglantes en
Iraq n’ont cessé d’augmenter et le pays est menacé de guerre
civile.
L’armée américaine se trouve en effet en très
mauvaise posture, où elle a subi ces dernières semaines un
accroissement de ses pertes humaines en Iraq lié aux opérations
menées par les soldats pour lutter contre les violences
interconfessionnelles à Bagdad et à la poursuite des violences
dans le reste du pays. Au moins 44 soldats américains ont été
tués jusqu’en octobre. Si ce rythme est maintenu, ce mois sera
le plus meurtrier pour les forces américaines depuis janvier
2005. Tombé à 43 en juillet, le nombre de décès dans les rangs
de l’armée américaine en Iraq a augmenté en août, puis en
septembre. Le nombre moyen de décès de militaires américains en
Iraq est de 64 par mois. Le nombre de soldats américains blessés
au combat augmente lui aussi. En septembre, l’armée en a recensé
plus de 770, soit un record depuis novembre 2004, date d’une
offensive terrestre contre les insurgés à Fallouja.
Le général William Caldwell, de l’armée de
terre, a déclaré à Bagdad que cet accroissement du nombre de
décès était lié au regain de violences engendrées par le mois du
Ramadan. « Nous pensons que la violence va aller croissant au
cours des deux prochaines semaines, jusqu’à la fin du Ramadan »,
a-t-il dit. Le général George Casey, commandant des forces
américaines en Iraq, a déclaré, lui, que le niveau de violence
constaté ces dernières semaines était inégalé depuis la guerre.
En tout, 2 757 décès ont été recensés parmi les forces
américaines en Iraq depuis l’invasion du pays en mars 2003.
Selon le Pentagone, 20 895 soldats américains ont été blessés au
combat en Iraq, beaucoup d’entre eux par des explosions de mines
ou autres engins explosifs. Au moins 6 000 autres ont été
blessés dans des accidents et autres situations n’impliquant pas
de combats.
Hicham Mourad