Al-Ahram Hebdo,Monde Arabe | Washington persiste et reste
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 Semaine du 18 au 24 Octobre 2006, numéro 632

 

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Iraq . En très mauvaise posture sur le terrain et face à une violence chaque jour plus intense, les responsables américains se trouvent obligés de garder leurs 141 000 soldats jusqu’en 2010.

Washington persiste et reste

Malgré des pertes croissantes et l’impopularité de la guerre en Iraq, le président George W. Bush répète qu’il n’y a pas d’autre choix que de rester dans ce pays et l’armée américaine se dit prête à y maintenir le nombre actuel de soldats jusqu’en 2010. « Les enjeux sont élevés », a dit le président américain à plusieurs reprises pour convaincre l’opinion publique de la nécessité de rester en Iraq pendant encore un certain temps. Au même moment, l’armée de terre américaine annonçait qu’elle se préparait à maintenir pendant encore quatre ans le nombre de soldats actuellement déployés en Iraq. Plus de 141 000 militaires américains se trouvent en ce moment dans ce pays, dont 120 000 de l’armée de terre.

Même s’il a utilisé des précautions de langage, le chef d’état-major de l’armée de terre, le général Peter Schoomaker, a clairement laissé entendre qu’il fallait faire une croix sur un retrait américain avant 2010. La Maison Blanche et le Pentagone n’ont pas évoqué jusqu’à maintenant de tels projets, alors que le mandat du président Bush se termine en janvier 2009. Le commandant des forces multinationales en Iraq, le général George Casey, a confirmé l’analyse pessimiste du général Schoomaker, en soulignant que la situation était « difficile » et risquait « de le rester un certain temps ». Maîtriser la violence « va être un processus à long terme, on ne va pas en finir rapidement », a-t-il affirmé. L’Iraq a besoin de troupes étrangères pour une période indéterminée « jusqu’à ce que ses propres forces puissent combattre la rébellion », a renchéri le porte-parole du gouvernement iraqien, Ali Dabbagh.

Depuis cet été, les autorités américaines tentent de faire comprendre aux Américains, d’abord sans le dire ouvertement puis de plus en plus clairement, qu’ils doivent abandonner l’espoir d’une réduction significative des troupes américaines en Iraq. Pour faire face aux violences, M. Bush avait annoncé fin juillet des renforts à Bagdad et le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, avait prolongé pour quatre mois le déploiement de 3 500 soldats qui avaient terminé leur mission. Le mois dernier, le général John Abizaid, chef du Commandement central (Centcom), qui supervise les opérations en Iraq, a annoncé que le nombre de soldats américains en Iraq devrait rester à son niveau actuel jusqu’au printemps prochain. Ces tentatives d’explication sont d’autant plus difficiles pour l’Administration Bush que des élections parlementaires auront lieu le 7 novembre aux Etats-Unis et que l’Iraq est au cœur de la campagne électorale. Il y a près d’un an, le gouvernement américain avait entretenu l’idée qu’il pourrait ramener le nombre de ses troupes en Iraq à 100 000 d’ici la fin 2006 grâce au transfert de responsabilités aux forces de sécurité (armée et police) iraqiennes. Mais depuis, les violences sanglantes en Iraq n’ont cessé d’augmenter et le pays est menacé de guerre civile.

L’armée américaine se trouve en effet en très mauvaise posture, où elle a subi ces dernières semaines un accroissement de ses pertes humaines en Iraq lié aux opérations menées par les soldats pour lutter contre les violences interconfessionnelles à Bagdad et à la poursuite des violences dans le reste du pays. Au moins 44 soldats américains ont été tués jusqu’en octobre. Si ce rythme est maintenu, ce mois sera le plus meurtrier pour les forces américaines depuis janvier 2005. Tombé à 43 en juillet, le nombre de décès dans les rangs de l’armée américaine en Iraq a augmenté en août, puis en septembre. Le nombre moyen de décès de militaires américains en Iraq est de 64 par mois. Le nombre de soldats américains blessés au combat augmente lui aussi. En septembre, l’armée en a recensé plus de 770, soit un record depuis novembre 2004, date d’une offensive terrestre contre les insurgés à Fallouja.

Le général William Caldwell, de l’armée de terre, a déclaré à Bagdad que cet accroissement du nombre de décès était lié au regain de violences engendrées par le mois du Ramadan. « Nous pensons que la violence va aller croissant au cours des deux prochaines semaines, jusqu’à la fin du Ramadan », a-t-il dit. Le général George Casey, commandant des forces américaines en Iraq, a déclaré, lui, que le niveau de violence constaté ces dernières semaines était inégalé depuis la guerre. En tout, 2 757 décès ont été recensés parmi les forces américaines en Iraq depuis l’invasion du pays en mars 2003. Selon le Pentagone, 20 895 soldats américains ont été blessés au combat en Iraq, beaucoup d’entre eux par des explosions de mines ou autres engins explosifs. Au moins 6 000 autres ont été blessés dans des accidents et autres situations n’impliquant pas de combats.

Hicham Mourad

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