Al-Ahram Hebdo,Environnement | Moustapha Fouda
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 18 au 24 Octobre 2006, numéro 632

 

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Environnement

Réserves Naturelles. La mort de deux chercheurs à Wadi Al-Alaqi, à Assouan, jette la lumière sur les véritables moyens de ces sites dits protégés. Al-Ahram Hebdo a rencontré Moustapha Fouda, président du département de la protection de la nature au sein de l’Agence Egyptienne pour les Affaires de l’Environnement (AEAE).

« Personne ne peut nous accuser de négligence »

Al-Ahram Hebdo : Le 12 septembre dernier, le véhicule de deux de vos chercheurs tombe en panne dans le désert de la réserve naturelle de Wadi Al-Alaqi, dans le gouvernorat d’Assouan. On les retrouve sans vie, après avoir passé une journée sous le soleil, sans eau. Comment expliquez-vous ce drame ?

Moustapha Fouda : A la suite de cet accident, beaucoup ont accusé l’AEAE de négligence. Je ne peux pas nier que la vie de ces chercheurs relève de notre responsabilité. Et c’est pour cela que nous avons des règles très strictes dans les réserves naturelles, que tout le groupe doit suivre. Chaque réserve est munie d’un manuel qui explique aux rangers ainsi qu’aux chercheurs les dangers auxquels ils sont exposés dans les différents sites et comment les surmonter en suivant les règles. Quant aux véhicules de fonction, il y a une maintenance périodique pour s’assurer de leur capacité à faire de longs trajets dans le désert. Un des chercheurs qui ont trouvé la mort dans la réserve s’appelle Mohamad Omar, il a 52 ans et il sait très bien ce qu’il fait. Le jour de l’accident, lui et son collègue n’ont pas voulu attendre le guide, qui dormait. Ils ont décidé de partir seuls pour finir le travail qu’ils avaient à faire. Leur véhicule est tombé en panne et ils ont marché sous le soleil brûlant d’Assouan. Nous les avons retrouvés morts sous un petit arbre d’une vallée pleine d’arbres et de gazelles. Il y avait de l’eau à cet endroit, mais la peur et la panique ont dû les empêcher de la voir. Imaginez-vous, ils étaient à 10 km du centre de visite de la réserve, à 7 km de la route principale et à 2,5 km du poste des gardes-frontières. Ils auraient pu trouver du secours mais leur heure était arrivée. C’est un accident, qui fait mal au cœur oui, mais c’est un accident et personne ne l’a fait exprès et personne ne peut nous accuser de négligence.

— Cela montre cependant que les rangers et les chercheurs de la réserve ne sont pas bien entraînés à travailler dans des conditions extrêmes ni à prendre la bonne décision dans les cas d’urgence. Ceci ne relève-t-il pas de votre responsabilité ?

— Au contraire, tous nos rangers ainsi que tous les chercheurs sont très bien entraînés, ils ont participé à plusieurs ateliers de travail et savent ce qu’ils doivent faire mais dans une situation aussi difficile, seul celui qui garde son sang-froid peut s’en sortir. Quelques journaux ont parlé de moyens de communication par satellite existants et que les chercheurs ne possédaient pas durant leur tournée. Ce que je voudrais dire à ce propos est qu’avant l’apparition de ces nouvelles technologies, les rangers faisaient leurs tournées dans le désert et ne se perdaient pas car ils suivaient les règles. Omar et Abdel-Sattar n’auraient pas dû partir sans le guide. C’est pourquoi nous tenons à insister sur le respect des règles.

— Cet accident ouvre un dossier plus grand qui est le manque de moyens dans les réserves naturelles alors que dans le même temps vous déclarez de nouvelles régions réserves naturelles ...

— Je voudrais d’abord vous expliquer la situation dans les réserves naturelles. Quand j’ai pris mes fonctions dans ce département, il comptait 150 rangers. Aujourd’hui, ils sont au nombre de 600. J’assure que pour bien gérer les réserves naturelles de l’Egypte, j’ai besoin de 3 000 à 5 000 rangers.

Outre les rangers, nous avons besoin de programmes d’entraînement, d’équipements, d’infrastructures et bien d’autres choses. Pour réaliser tout cela avec notre budget médiocre, c’est impossible. Quant à la seconde partie de votre question, nous ne devons pas attendre la catastrophe pour agir. Nous devons déclarer toutes les régions qui le méritent réserves naturelles même si notre budget ne nous permet pas pour le moment de les protéger comme il le faut, car si on les abandonne, elles pourraient perdre toutes leurs richesses naturelles.

— Quel est le montant de votre budget ?

— Le budget total de l’AEAE est de 20 millions de L.E., dont 16 millions sont accordées à la protection de la nature. Mais pour bien protéger nos parcs nationaux, nous aurions besoin de 100 millions de L.E. Un chiffre que le budget de l’Etat ne pourra pas supporter.

— Quels sont les revenus des réserves naturelles ?

— Les revenus des réserves naturelles s’élèvent à 20 millions de L.E. par an. Ces sommes sont reversées au Fonds de la protection de l’environnement, conformément à la loi sur l’environnement numéro 4 de 1994. Mais je fais de mon mieux pour que cet argent revienne de nouveau aux réserves naturelles à travers des projets. Par exemple, le budget consacré à la réserve de Wadi Al-Alaqi, témoin du dernier accident, est de 20 000 L.E. que j’ai réussi à élever à 100 000 L.E. En même temps, nous avons construit un établissement qui nous a coûté 500 000 L.E. et un complexe d’énergie solaire qui nous a coûté 180 000 L.E. Cela montre que nous ne sommes pas restés les bras croisés, nous essayons de profiter des revenus des réserves pour le bien de ces réserves ainsi que pour le bien de notre personnel.

— D’aucuns disent qu’il existe de nouvelles offres d’investissements dans les réserves naturelles. Ces investissements ne vont-ils pas contre le principe de protection de ces régions ?

— Bien sûr que non. Nous voulons profiter des réserves naturelles et de leurs richesses sans nuire à leur nature ou à leur biodiversité. C’est pourquoi nous avons pensé accepter de petits projets d’investissements qui devront au préalable présenter des études de l’impact environnemental avant d’être approuvés. Ces petits projets créeront des emplois pour la population locale ; elle sera de même sensibilisée et entraînée, ce qui est un bénéfice indirect de ces investissements. Ainsi, la communauté locale pourra garantir la durabilité du projet qui est, à son tour, basée sur la durabilité des ressources naturelles. Cela veut dire que la communauté locale deviendra un des principaux gardiens de la nature.

Propos recueillis par
Dalia Abdel-Salam

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