A la suite de cet accident, beaucoup
ont accusé l’AEAE de négligence. Je ne peux pas nier que la vie
de ces chercheurs relève de notre responsabilité. Et c’est pour
cela que nous avons des règles très strictes dans les réserves
naturelles, que tout le groupe doit suivre. Chaque réserve est
munie d’un manuel qui explique aux rangers ainsi qu’aux
chercheurs les dangers auxquels ils sont exposés dans les
différents sites et comment les surmonter en suivant les règles.
Quant aux véhicules de fonction, il y a une maintenance
périodique pour s’assurer de leur capacité à faire de longs
trajets dans le désert. Un des chercheurs qui ont trouvé la mort
dans la réserve s’appelle Mohamad Omar, il a 52 ans et il sait
très bien ce qu’il fait. Le jour de l’accident, lui et son
collègue n’ont pas voulu attendre le guide, qui dormait. Ils ont
décidé de partir seuls pour finir le travail qu’ils avaient à
faire. Leur véhicule est tombé en panne et ils ont marché sous
le soleil brûlant d’Assouan. Nous les avons retrouvés morts sous
un petit arbre d’une vallée pleine d’arbres et de gazelles. Il y
avait de l’eau à cet endroit, mais la peur et la panique ont dû
les empêcher de la voir. Imaginez-vous, ils étaient à 10 km du
centre de visite de la réserve, à 7 km de la route principale et
à 2,5 km du poste des gardes-frontières. Ils auraient pu trouver
du secours mais leur heure était arrivée. C’est un accident, qui
fait mal au cœur oui, mais c’est un accident et personne ne l’a
fait exprès et personne ne peut nous accuser de négligence.
— Cela montre cependant que les rangers et
les chercheurs de la réserve ne sont pas bien entraînés à
travailler dans des conditions extrêmes ni à prendre la bonne
décision dans les cas d’urgence. Ceci ne relève-t-il pas de
votre responsabilité ?
— Au contraire, tous nos rangers ainsi que
tous les chercheurs sont très bien entraînés, ils ont participé
à plusieurs ateliers de travail et savent ce qu’ils doivent
faire mais dans une situation aussi difficile, seul celui qui
garde son sang-froid peut s’en sortir. Quelques journaux ont
parlé de moyens de communication par satellite existants et que
les chercheurs ne possédaient pas durant leur tournée. Ce que je
voudrais dire à ce propos est qu’avant l’apparition de ces
nouvelles technologies, les rangers faisaient leurs tournées
dans le désert et ne se perdaient pas car ils suivaient les
règles. Omar et Abdel-Sattar n’auraient pas dû partir sans le
guide. C’est pourquoi nous tenons à insister sur le respect des
règles.
—
Cet accident ouvre un dossier plus grand qui est le manque de
moyens dans les réserves naturelles alors que dans le même temps
vous déclarez de nouvelles régions réserves naturelles ...
— Je voudrais d’abord vous expliquer la
situation dans les réserves naturelles. Quand j’ai pris mes
fonctions dans ce département, il comptait 150 rangers.
Aujourd’hui, ils sont au nombre de 600. J’assure que pour bien
gérer les réserves naturelles de l’Egypte, j’ai besoin de 3 000
à 5 000 rangers.
Outre les rangers, nous avons besoin de
programmes d’entraînement, d’équipements, d’infrastructures et
bien d’autres choses. Pour réaliser tout cela avec notre budget
médiocre, c’est impossible. Quant à la seconde partie de votre
question, nous ne devons pas attendre la catastrophe pour agir.
Nous devons déclarer toutes les régions qui le méritent réserves
naturelles même si notre budget ne nous permet pas pour le
moment de les protéger comme il le faut, car si on les abandonne,
elles pourraient perdre toutes leurs richesses naturelles.
— Quel est le montant de votre budget ?
— Le budget total de l’AEAE est de 20
millions de L.E., dont 16 millions sont accordées à la
protection de la nature. Mais pour bien protéger nos parcs
nationaux, nous aurions besoin de 100 millions de L.E. Un
chiffre que le budget de l’Etat ne pourra pas supporter.
— Quels sont les revenus des réserves
naturelles ?
— Les revenus des réserves naturelles
s’élèvent à 20 millions de L.E. par an. Ces sommes sont
reversées au Fonds de la protection de l’environnement,
conformément à la loi sur l’environnement numéro 4 de 1994. Mais
je fais de mon mieux pour que cet argent revienne de nouveau aux
réserves naturelles à travers des projets. Par exemple, le
budget consacré à la réserve de Wadi Al-Alaqi, témoin du dernier
accident, est de 20 000 L.E. que j’ai réussi à élever à 100 000
L.E. En même temps, nous avons construit un établissement qui
nous a coûté 500 000 L.E. et un complexe d’énergie solaire qui
nous a coûté 180 000 L.E. Cela montre que nous ne sommes pas
restés les bras croisés, nous essayons de profiter des revenus
des réserves pour le bien de ces réserves ainsi que pour le bien
de notre personnel.
— D’aucuns disent qu’il existe de nouvelles
offres d’investissements dans les réserves naturelles. Ces
investissements ne vont-ils pas contre le principe de protection
de ces régions ?
— Bien sûr que non. Nous voulons profiter des
réserves naturelles et de leurs richesses sans nuire à leur
nature ou à leur biodiversité. C’est pourquoi nous avons pensé
accepter de petits projets d’investissements qui devront au
préalable présenter des études de l’impact environnemental avant
d’être approuvés. Ces petits projets créeront des emplois pour
la population locale ; elle sera de même sensibilisée et
entraînée, ce qui est un bénéfice indirect de ces
investissements. Ainsi, la communauté locale pourra garantir la
durabilité du projet qui est, à son tour, basée sur la
durabilité des ressources naturelles. Cela veut dire que la
communauté locale deviendra un des principaux gardiens de la
nature.
Propos recueillis par
Dalia Abdel-Salam